LIVRE TROISIÈME
Simultanéité des deux croissances de saint Lonis et de Tabbaye de Roysumont. — Le chftteau-forteresse d'Asnières-sur^ise. — Les fontaines d'Asnières. — L'éducation de saint Louis. -^ Les étangs de Comelle. — Le château de la reine Blanche aux étangs. — Le jeune prince travaillant de les mains à la constmclion de l'abbaye. — Descripticm générale de Royauqiont et de ses dépendances immédiates. — Réfectoire gothique de Royau* mont. — Le semblable, du môme architecte, Pierre de Montreuil, au Conservat&ire des arts et métiers à Paris (ancien prieuré Saint-Martin des Champs). — Actes mémorables de saint Louis au réfectoire de Royaumont. — Description du cloître de Royaumont. — Colloque avec le sire de Jôinvillc. — Preuve que Ton faisait toujours maigre à Royaumont du temps de saint Louis. — Mariage du jeune roi avec Marguerite de Provence. — Dédicace et consécration solennelle de l'église de Royaumont en 1235. — Blanche de Gastilie et la jeune reine à cette cérémonie. — Description de Végtise de Royaamont; sa splendeur architecturale et sa célébrité jusqu'en 1792. — Ses dimensions. — Période d'action. — Concile convoqué à Rome par Grégoire IX. ^ Ses démêlés avec Frédéric II. — Deux abbés cisterciens, emprisonnés par l'empereur.-^Contre-coup à Royaumont. — ^La campagne de Guienne en 1242. — Bataille de Taillebourg. — Saint Louis, de retour à peine de Taillebourg, assistant à la cérémonie du ÈUnuié à Royaumont. ^ Influence de l'abbaye siu> saint Louis.
On ne peut raconter l'histoire des premières années et de la croissance de Tabbaye de Royaumont, sans raconter en même temps les jeunes années et le temps d'enfance du saint roi *. C'est le privilège de l'abbaye de Royaumont, que son développement ait été parallèle de celui de saint Louis; cette totale fusion de deux adolescences et de deux croissances constitue, pour ainsi dire, à Fétat de camarades le roi Louis IX et la nouvelle abbaye bernardine, et consacre en même temps, de la manière la plus accentuée, le relief historique de Royaumont.
Les premières années de la vie de saint Louis se passé-
* Saint Louis était né en 1215.
rent alternativement dans les diverses résidences royales ou Blanche de Castille transportait successivement sa cour, l'hiver au Louvre, et dans la belle saison, au château de Vincennes, à Pontoise, à Poissy où Louis IX était né et avait été baptisé, à Fontainebleau, à Compiègne, à Asnières-sur-Oise. Mais une modification se fit sentir dans les habitudes de la royale famille, à partir de 1228; on vit la reine Blanche et le jeune souverain, plus habituellement encore, au manoir d'Asnières-sur-Oise, où les appelait la construction de l'abbaye de Royaumont. On doit excepter de c^tte distribution régulière de l'année les temps trop fréquents où Blanche de Castille et son jeune fils se rendaient précipitamment à Paris ou dans les provinces, parce qu'il prenait fantaisie aux grands barons de proclamer leur mécontentement et de lever Tétendard de la rébellion envers la reine-régente.
I/enfance et l'adolescence du jeune monarque furent tour à tour bercées d'austérité, de poésie et de religion.
Les heures de poésie sont revendiquées en grande partie par les époques de séjour à Asnières-sur-Oise*. Du haut de Tune des tours du château, que Ton nomme encore aujourd'hui la chambre de saint Louis^ le jeune prince voyait descendre des flots de soleil et de lumière sur une campagne, sorte de vrai bocage, péle-mèle de champs, do moissons, de prairies, de marécages et de bois, et qui semblait avoir résolu le problème : a avoir de majestueuses forêts et une culture perfectionnée, de beaux ombrages et de belles moissons. »
Louis aimait l'exercice de la chasse, qu'on regardait
* Des moines ou chapelains faisaient le service de la chapelle du château royal d'Asniëres du titre de Sninte-Anne. Une estimation des domaines d'Asnières-sur-Oise, tirée d'une Assiette du douaire de la reine Jeanne de Xa- Vfirre, troisième femme de Charles le Bel, de l'an 1332. mentionne une somme afft^ctée aux chapelains du château royal d'Asnières : c Item^ aux « moines de la prieuré duchastel d'Asnières, à l'Ascencion, en cloz es xiii 1. (i II s. dessus dis, XX s. » (Arch. impér., Rég. P. 26 cote cxiv. Douet-d'Aroq, p. 212.)