LIVRE TROISIÈME
confime militaire et chevaleresque ; il montait chaque joui* à cheval avec son gouverneur, il allait rejoindre sa mère aux étangs de Comelle^ où Blanche possédait un manoir gothique, flanqué de trois tourelles, et appelé encore aujourd'hui « châtea^u de la reine Blanche et des Loges *. » Ces manoirs, éparpillés à distance, lui permettaient de se fortifier dans l'exercice de l'équitation, de goûler le plaisir de la chasse au cerf et autres bètes fauves dans le bois
* }jes étangs de Gomelle et le château de la reine filanche se trouvent d^ns la forêt de Chantilly, à 40 kilomètres de Paris. Ces étangs, au nombre de quatre, sont séparés par des chaussées, qui laissent écouler l'eau de Tunà l'autre; la petite rivière de la Thève, qui prend sa source près de Morfontaine, et \a se jeter dans l'Oise près de Royaumont, les alimente. La pêche en est louée 1 ,000 francs ; elle se fait tous les ans. Le brochet, dont on n'a pu se délivrer, y détruit une quantité de poissons considérable. Le château de la îjoge ou de la reine Blanche, est un petit édifice flanque de tourelles, construit par le duc de Bourbon, en imitation du style ogival, sur une construction plus ancienne. Cet édifice sert de moulin. — Selon d'anciennes traditions, la reine Blanche, mère de saint Louis, avait en ce lieu un petit château construit vers 1227. La mère et le fils y venaient, pendant leur séjour à Âsnières-sur-Oise et à Royaumont. Ce petit manoir, réparé en i333. fut ensuite négligé pendant plusieurs siècles. Un moulin s'établit plus tard sur ses ruines; et, en 1826, s'élevait de nouveau une coquette et gothique imitation du château du moyen Age. Il forme un agréable accident de perspective, au milieu des verdoyantes forêts qui entourent les étangs. Ces ruines furent converties en une fabrique gothique du meilleur goût, sur les dessins de M. Dubois, architecte de H. le duc de Bourbon. Rien de plus pittoresque que ces vastes étangs d'eau, resserrés entre des coteaui entièrement boisés et terminés dans le lointain par cette fabrique gothique.
Quant à la tradition du séjour de Blanche de Caslille dans un château lui appartenant, au bord des étangs de Gomelle, elle est plutôt orale qu'écrite. Les vieux manuscrits que nous avons parcourus se taisent sur ce détail ; mais â partir des derniers siècles, la tradition apparaît dans les monuments écrits. Joseph Gambri, fondateur de l'Académie celtique, écrivait, en 1803, après une visite des étangs : « Je ne connais point en France de site plus noble, plus sauvage... Je me crus un moment transporté dans un des beaux vallons des montagnes de Suisse, et sans exagération le site français ne perdait point à la comparaison. Rien de romantique et de champêtre comme le moulin établi sur les ruines d'un vieux château qu'habitèrent la reine Blanche et saint Ijmis, au fond de la vallée, au milieu des eaux et des bois. Avant la Révolution, j'avais vingt fois visité Gliantilly, traversé la forêt ; personne ne m'avait indiqué ce site, qu'on voyait avec indifférence sans doute ; il me frappa d'autant plus que je le vis sans avoir été prévenu de sa noblesse et de sa majesté. » [Descrip. du dép. de l'Oise, par le citoy. Garabry, t. II, p. 90, édition de l'an XI. — NDGGCIII.)
de Boyaumont et dans la forêt de Chantilly. Il aimait également la chasse au vol, la chasse au faucon, à répenier. Le séjour d'Asnières-sur-Oise offrait donc au jeune prince Tagrément de se pouvoir dilater dans un pays dont les deux extrémités longitudinales étaient formées par deux grandes forêts ; le château d'Asnièrés s'adossait au sud* ouest de la forêt de Carnelle, qui formait son parc; et les étangs de Comelle étaient à peu de distance en sens opposé, dans la direction nord-est et en pleine forit de Chantilly. On pouvait donc largement converser avec la grande âme végétale de ces forêts, dont les parfiims étaient les pensées ; les ravins sombres ou riants, les accidents de paysages, le creux des vallons, les petites collines qu'on escalade, les pentes douces que l'on descend, tels étaient les éléments d'impressions sylvestres, dans la forêt de Carnelle, à travers laquelle passaient les écureuils, les renards et les cerfs effarés, et où quelquefois des poulains échevelés galopaient et hennissaient dains les clairières. Les étangs de Comelle se trouvaient, à leur tour, dans une vallée très-retirée et d'un aspect infiniment pittoresque. Au pied des coteaux qui bordent les étangs, la végétation est Irès-puissante. On pouvait y errer dans les futaies de chênes et dans celles de très-beaux hêtres aux racines d'un prodigieux développement. Ces étangs étaient au cœur même de la forêt de Chantilly, là oii les futaies « se multiplient, s'inclinent et se ramifient en courbes renaissantes, en croisements inépuisables, où les arbres au tronc robuste s'élevaient à 30 pieds d'un seul élan. »
Henri Clément du Mez, maréchal de France, fds de l'ancien gouverneur de Philippe Auguste, Robert Clément du Mez, a plein d'expertise du faict de la guerre, » le sire Jean de Nesle, surnommé « le privé chevalier du monarque,» le connétable dcMontmorency et le chevalier Guérin\
* Du moins, jusqu'en 1230, terme au delà duquel MonUnoreoqr ^ ^ chancelier ne paraissent pas avoir vécu.