LIVRE TROISIÈME i
sont ies hommes indiqués dans les chroniques, comme surveillants des études de Louis ; on les chargea de l'initier à l'art de la guerre et aux autres connaissances, base principale, à cette époque, de Téducalion dLe tout prince du sang. Pour Clément du Mez, on lui attribue là fonction spéciale de gouverneur du prince. Et, quant aux éludes littéraires et classiques et au côté moral de la direction de saint Louis, ils furent confiés par Blanche à un homme éminent dont il a été question dans le livre premier, et que Ton connaissait dans l'école sous le nom de Père Pacîfiq»e. Le Père Pacifique, gentilhomme italien, auquel la noblesse de son origine assurait une belle position dans le monde, s'était engagé dans un ordre religieux, en sortant d'un sermon de saint François d'Assise ; il avait été touché par la grâce. Ce précepteur n'était pas seulement un homme d'un savoir profond, d'un rare talent et d'une vie austère : il avait rapporté, du monde où il avait brillé, un goût prononcé pour la poésie et la musique, qu'il épura en les consacrant à Dieu, et dont il communiqua le goût à son royal élève.
Les heures d'austérité, pour le jeune Louis IX, comprennent les moments sérieux de ses études et les douloureuses épreuves du premier temps de sa carrière politique, pendant la régence de sa mère; on remarquera la teinte sévère qui colora son adolescence et sa jeunesse. Le principal instituteur de saint Louis fut, en définitive, sâ mère la reine Blanche; il pouvait tout apprendre d'une telle mère, profondément versée dans la politique européenne. Mais lorsqu'on cherche le théâtre où s'accomplirent les évolutions qui président au développement du caractère, les exercices qui ont été la manifestation et la formation du tempérament moral, l'abbaye elle-même de Royaumont apparaît comme le foyer et le lieu de cette éducation de Louis IX. Les goûts et la nature de saint Louis se faisaient jour dès sa treizième année. En 1229 et
en 1230, on continuait de iravailler aux constructions du monastère de Royaumout ; or, le jeune prince aima à s'employer lui-même, en simple ouvrier, à cet édifice. Il était plein de zèle pour transporter la chaux ou le mortier, pour voiturer ou fendre les pierres.
Les jeunes adolescents de douze ou de treize ans ont des goûts capricieux ; ils s'éprennent de jeux fatigants, ils s'y passionnent, parce que l'initiative leur en appartient. On les leur imposerait comme un travail, ils le repousseraient aussitôt et le trouveraient exorbitant et intolérable. Louis IX parut s'attacher à la construction de Royaumont par une idée précoce de haut exemple d'habitudes laborieuses dû à la nation, par je ne sais quelle inspiration de conscience. Déjà l'idéal royal, mais un idéal austère, planait dans cette jeune intelligence, et lui faisait préférer des goûts sérieux à des « esbattements ordinaires. » De là, celte propagande enfantine qu'il exerçait sur ses jeunes frères, le prince Robert, le prince Alphonse et le prince Charles, que les jeux ordinaires de » leur âge sollicitaient plus vivement. Louis leur citait alors, pour les exciter, Texemple des moines de Royaumont, pour lesquels il faisait bâtir le monastère ; il les leur montrait travaillant sans relâche et les invitait à les imiter ; ce qui réussissait effectivement. Il est historique que, pendant le séjour de Blanche de Castille au château dWsnières-sur-Oise, Alphonse, comte de Poitiers, ainsi que les princes Robert, comte d'Artois, et Charles, comte d'Anjou, reconnaissant la supériorité d'âge de Louis et subissant son autorité, quittaient leurs jeux et venaient travailler à l'achèvement de Royaumont, portant la civière préparée pour eux par les soins de Louis.
On se représente saint Louis travaillant à la construction de Royaumont, et chacun s'émerveillait à la >iie de ce gentil prince, à taille svelte, à physionomie prévenante* drapé du mantol orange, rouge et or, et dont la iDDgut