LIVRE TROISIÈME
chevelure blonde tombait en boucles sous une toque de velours ponceau ; ces détails, du reste, sont formellement consignés dans les chroniques du treizième siècle ; en voici le récit, par le conlesseur de la reine Marguerite, à la suite de Guillaume de Mangis : « Ëncores, comme (« l'en feist un mur en Tabeie de Roiaumont, le benoiez a rois qui demoroit en cel temps en son manoir d'Âsniè* « res (ancienne maison royale) qui est assez près de la « dite abeie, venoil souvent à celé abeie oïr la messe et a Tautre service, et pour visiter le lieu : et comme les a moines ississent, selon la coutume de leur ordre de a Gistiaux, après heure de tierce, au labour et à porter « les pierres et le mortier au lieu où l'on fesoit le dit mur, « li benoiez rois prenoit la civière et la portoit charchiée « de pierres, et alait devant, et un moine portoif derrière; a et ainsi en cel temps li benoiez rois fesoit porter la « civière par ses frères, monseigneur Robert, monsei- « gneur Âlfons et monseigneur Challes, et avoit avec « chascun d'els un des moines desus diz a porter la cia viere d'une part; et ce meesme fesoit fére li sainz rois « par autres chevaliers de sa compaignie. Et pour ce que a ses frères voloient aucune foiz parler, et crier, et jouer, « li benoiez rois leur disoit : a Les moines tiennent oren- « droit silence, et aussi le devons nos tenir. » Et comme « les frères du benoict rois cherchassent moul leurs ci- « vieres et se vosissent reposer et mi la voie, ainçais que « ils venissent au mur, il leur disoit : « Les moines ne se ce reposent pas, ne vous ne vos devez pas reposera »
Il y avait, dans ces occupations priricières, plus qu'un caprice d'enfant : il y avait une révélation de tendance; Vàme de saint Louis, la sponlanéité de sa foi, sa piété innée et agissante, se montraient à quatorze ans, comme elles devaient être dans Tîige réfléchi de la maturité.
' Histoire de saint Louis, par Guillaume de Nangis, et le conresscur de la reine Marguer'itei édition de 1761, p. 334.
144 HISTOIRE DE BÛYAIJBIONT.
L'abbé de Saint-Pierre-sur-Dive s'était étonné, en 1145, de voir des princes, des seigneurs puissants, des hommes d'armes e^ des femmes délicates, plier leur cou sous le joug, traîner de lourds fardeaux, transporter de la chaiu, des pierres et autres matériaux pour les ouvriers*. De telles merveilles reparurent à Royaumont, quand on jetait les fondations de ce monastère considérable.
L'éducation de saint Louis se fit surtout à une école sévère. Après qu'il fut couronné, les barons de Francedemandèrent à la reine qu'elle leur donnât de grofides terres; et parce qu'elle n'en voulut rien faire, dit Joinville, tous les barons s'assemblèrent à Corbeil et prirent la résolution de c( jeter hors l'étrangère, » de s'emparer du roi et d'inaugurer le véritable gouvernement féodal de leur façon. L'énergie morale de saint Louis se forma dans ces épreuves : le saint roi n'oublia pas, de loute sa vie, le guetapens que lui avait tendu le comte de Bretagne, Pierrede Dreux, lorsque Blanche de Castille fut obligée, avec son cher Loys, de se cacher dans les souterrains de Montlhèry, d'où la population entière de Paris vint les délivrer; il le rappelait souvent au bon sénéchal de Champagne *. Mais il y eut des épreuves plus cruelles pour le cœur du fils : ce furent les excès ou les barons ambitieux furent entraînés par les passions politiques. Comme la conduite habile et courageuse de la régente déjoua tou6 les plans insu^re^ tionnels de la coalition féodale, les seigneurs furieux ne pouvaient pardonner à Blanche de Castille son talent de reine. La haute intelligence de la reine concevait et dirigeait les mesures gouvernementales, mais elle en doail, dit-on, en partie, l'inspiration au cardinal Saint-Ange. Le légat avait toute sa confiance et la méritait par ses lumières, par son dévouement : il fut le véritable ministre delà
* ilaimo» abb. S. Pétri super Divam. » Mabillon, Ànn, are. S. Boni» l. VI.
* V. Joinville.