‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 87 sur 288 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

régence. Les ennemis de la reine ne s'y trompèrent pas; ils les confondirent dans les mômes sentiments de haine ; ils avaient organisé contre elle un système de calomnie propre à la flétrir dans Tesprit public. Avant de l'attaquer parles armes, ils cherchaient à raffaiblir en ruinant son honneur. Ce n'était plus seulement le comte de Champagne qui était son com<plice, le légat lui-même était mis en cause. L'histoire doit rapporter ces bruits odieux, dit un critique consciencieux, ellejse gardera bien d'entreprendre la défense de Blanche de Gastille. Les calomniateurs ne réussirent à tromper que la foule ignorante, et encore pour un moment ; les contemporains éclairés ne se laissèrent point abusera

Nul besoin d'assurer que Tadolescence de saint Louis fut bercée de religion; il ne faut môme user qu'avec réserve de cette dernière et molle locution; de bonne heure, le jeune prince fut initié aux mâles sentiments d'une forte piété, comme toute sa vie et sa foi Tattestent. Mais Royaumont est le point du ciel*, pas assez connu, sous lequel l'harmonie religieuse se façonna et se consolida dans l'ùme de Louis. Là, les premiers psaumes s'exhalèrent de sa poitrine; là, le clocher, sous lequel il dit ses premières hymnes à Dieu ; là, cet endroit chéri où il sentait plus que partout ailleurs, au-dedans de lui-môme, l'InGni vivant. Il faut marcher sur les pas du jeune roi, et considérer, dans ses détails, ce monastère récemment construit ; allons-y quand les premiers moines l'habitaient, quand la vie commençait à animer et à peupler ce cloître. Plu-

* Voir V Histoire de saint Ijouis par M. de Villeneuve-Trans et celle surtout par M. Félix Faure.

* Snmt Louis, qui avait excellemment la mémoire du coeur, n'oublia jamais qu'il était né et qu'il avait été baptisé à Poissy; il signait : Ijouisde Poissy. Mais Royaumont grava dans son âme un autre genre d'impression. Les souvenirs des choses d'autrefois, où nous avons nous-mêmes eu un rôle nous touchent tout autrement que le fait d'une réjouissance et d'une cérémonie, dont nous étions l'occasion et l'objet, sans en avoir la conscience.

sieurs historiens ont soigneusement observé la présence fréquente de saint Louis à Royaumont, soit lorsqu'on bâtissait le monastère, soit depuis : il y a dans cette assiduité un indice qu'il faut dégager. « On remarque, par divers actes, « datés de Beaumont ou de Royaumont même, disait a Tillemont au dix-septième siècle, que saint Louis esioU m souvent en ce monastère ou aux environs, durant qu'on « le batissoit, soit pour presser les ouvriers, spit pour s'y « reposer dans la solitude et dans la compagnie des relier gieux. Il y vint plusieurs fois d'Asnières aider les reli- « gieux à bâtir un mur; il y travailloit en silence et y « faisoit même travailler les princes ses frères et ses <r chevaliers ; il y fit faire pour lui un corps de logis dans « la grande cour, qui s*yvoyoit encore au commencein^t et du dix'Septième siècle. Un abbé commendataire le fil « détruire pour se loger plus commodément (Alphonse a de Lorraine, fils du comte d'IIarcourt). Saint Louis prit «f outre cela une chawbre^ dans le dortoir des religieux a avec un escalier dégagé pour se retirer même de ses do- K mêstiques et pouvoir assister la nuit au service*. »

Pour se rendre compte de ces lieux et de ces bâtiments de Royaumont, où saint Louis portait si fréquemment ses pas, dès sa tendre jeunesse, on doit procéder par ordre; voir d'abord, dans une vue d'ensemble, l'ordonnance générale, se représenter la place respective de chaque fragment de l'abbaye dans le plan total ; on arrivera ensuite à une description plus utile des détails de chaque pièce : synthèse et puis analyse, telle est la méthode qu il faut imposer au regard, afin d'obtenir plus de clarté dans les tableaux, et plus de netteté dans l'œil qui perçoit les perspectives. Que l'on se représente un vaste carré de bâ-

* Nous avons pu retrouver cette cl^ambre, grftce aux explorations qife nous a facilitées le R. P. Fayette. C'est une belle chambre qui était ctiitrf«; prise à l'extrémité du dortoir, elle était contigué au mur de réfriise ^ touchait justement à l'escalier par lequel les moines se rendaient à Vé^oc

* Tillemont, Vie de êaint Ijouù, t. !•% p. 493.

Page 1