LIVRE TROISIÈME
méraiion des divers bâtiments du monastère sera complète.
Toutefois, il faut mentionner une sorte d^hôtel construit à part, dans la grande cour d'entrée, et qui était distinct de la résidence abbatiale. Le roi saint Louis lavait fait bâtir pour y loger lui-même, à Tépoque de ses nombreux séjours à Royaumont ; il avait, outre cet hôtel, une chambre et une edlule du dortoir, lorsqu'il voulait participer aux offices des moines pendant la nuit et se dérober aux regards de ses domestiques. Le petit hôtel du roi, situé dans la cour de Tabbaye, a subsisté pendant des siècles ; il ne fut démoli qu'au dix-septième siècle, par un abbé commendataire. A eux seuls, cet hôtel, cette chambre et cette aellule, que le jeune moparque s'était réservés, sont une lumière; ils témoignent des affinités et des attractions de Tabbaye de Royaumont pour le jeune prince. On dirait, pour employer une langue spéciale.
léroent, l'habitude de nommer cette tourelle < V oratoire de saint JjôuU. j» Ce n'était pas son oratoire, il serait plus rationnel d'appeler celte tourelle la prison du monastère, comme on en voyait habituellement dans les anciennes abbayes; sans cela, cette tour, qui est à l'eitr^mité de la maison du prieur, n'aurait pas de signification. On voit une meurtrière au sommet de celte tourelle, avec laquelle le prieuré communiquait. Une meurtrière ne s'expliquerait pas sur un oratoire, à moins de rappeler ces canons braqués qu'on voyait présente^ leur gueule menaçante au-dessus de l'inscription : U^ertéf égalité, fraternité. Mais l'on voit la raison d'être d'une meurtrière au-dessus d'une prison. Le mur de la tourelle a 55 centimètres d'épaisseur. Quand il se présentait des Taits graves, il fallait punir les coupables ; l'abbé, qui avaitun grand pouvoir disciplinaire, jugeait du châtiment. Lorsqu'il fallait une punition éclatante, il en référait au chapitre général. Il existait des cas pour lesquels les coupables étaient séparés de la communauté, dépouillés de leur capuce, quelquefois excommuniés. Au douzième siècle, la magie, la nécromancie faisaient essentiellement partie du code des crimes et des délits. Un châtiment très-sévère était réservé aux criminels : on entendait par criminels les voleurs, les faussaires, les incendiaires et les homicides. Us subissaient la réclusion dans une étroite prison toute leur \fe. (Voyez Réflexions sur les prisons des Ordres religieux, par dom Mabillon.) Dans chaque abbaye, dit M. Chaillou des Barres, ancien préfet, il existait des prisons solidement construites, et d'où il était impossible de s'échapper. Ces prisons commencèrent au treizième siècle, justement en Tannée 1229, d'après un statut du chapitre général de Clteaux de cette même année.
150 HISTOIRE DE ROYilUMONT.
qu'il avait contracté avec elle des noces spirituelles. 0 ; respira la foi, il y alluma cette flamme de charité et de justice dont il devait être embrasé... Voici, en effet, ce qu'écrivent de graves historiens du dix-septième siècle: « Saint « Louis, disent-ils, fit faire pour lui un corps de logis dans « la grande cour de Royaumont qui s'y voyait encore il y a « quatre-vingts ans ; il prit outre cela, une cellule ou « chambre dans le dortoir des religieux, avec un escaiier <i dégagé pour s'y séparer même de ses domestiques et « pouvoir assister à V office de la nuit *. » Pierre le Nain constate cette particularité, à la suite de Tillemont et de Gaignières.
Comme parlicularité purement descriptive, on ajoutera que le bâtiment du prieuré, qui ne manquait pas d'importance, fut construit sur un cours d'eau*. Le prieuré, où l'on comptait 29 mètres 70 centimètres de longueur, avait au rez-de-chaussée trois voûtes dans le sens longitudioal. La voûte du milieu, plus étroite, mais fièrement solide, reposait à son tour sur la voûte qui recouvrait le canal ; les deux autres voûtes ressemblaient à celles du cloître. Le canal, qu'une eau limpide traverse encore, régnait sous la maison du prieur, et allait passer ensuite sous le pavillon abbatial '.
La vue d'ensemble amène nécessairement et appelle rinspection des détails; mais, chose remarquable! la description des divers bâtiments conventuels de Royau-
* C'est ce qu'écrivait, en 1697, le R. P. Dom Pierre le Nain, 80us-prK*'Tr de la Trappe, dans son Essai de Fhistoire de f ordre de Cilemta^ t. I\. p. 293. Voyez aussi Tillemont, Vie de saint f/ms^ cité quelques pages pVx< haut, et de Gaignières, dans V Abrégé du carî, de Boy,
* Le Prieuré est éclairé, au rez-de-chaussée, par six fenêtres goUiîque« svr chaque côté ; il a une largeur de 15 mètres 30 centimètres.
> « Ceux qui voudront voir la descripUon des grands bâtiments que srtîm « Louys fit faire à Royaumont, pourront consulter, dit dom Pient? levain. « ce qu'en a écrit le P. Dauvray, religieux de cette abbaye. » Mais les Vèmoâr^ de dom Dauvray ayant disparu, l'indication de P. le Nain est inutile; fortr*nous a été d'y suppléer en donnant nous-mêmes une description des liAtiment« de l'abbaye.