‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 90 sur 288 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

mont se confond avec Phistoire; chaque salle est marquée par un événement relatif à saint Louis ; on ne peut faire un pas dans Pabbaye naissante et s'y mêler à un groupe de moines sans y assister à quelque trait admirable de l'existence du saint roi, à quelque action dévotieuse, à quelque acte vertueux de ce monarque incomparable. Lorsqu'on arrivait daAs Tabbaye, par la belle grille qui précédait la vaste cour cTentrée S après avoir admiré les beaux étangs de Royaumont, paisibles nappes d'eau dans lesquelles l'abbaye se mirait à l'ouest et au sud, lorsque ensuite on avait laissé à sa gauche la splendide église du monastère qui dominait, comme un géant, par-dessus toute cette vaste épopée de pierres, on n'avait pas de peine, en traversant la profondeur de la maison des hdtes^ à gagner le cloitre. Or, saint Louis vint souvent sous les Toutes de ce beau cloitre ; il aima à y voir passer les moines blancs, silencieux et recueillis, traversant comme des ombres ; il y abrita aussi ses heures de méditations solitaires. Joinville, qui a rapporté, avec une candeur naïve, une célèbre conversation qu'il eut avec le saint roi, probablement avant la première croisade, sur une matière théologique et dans le cloitre d'un monastère, n'a pas dit le nom de ce monastère. On ignore si les deux interlocuteurs étaient à Royaumont ; mais le splendide cloitre de notre abbaye eût été un digne lieu pour cette scène. Saint Louis, interpellant Joinville, lui 3it : « Sénéchal, quelle « chose est-ce que Dieu? — Sire, c'est si souveraine et a bonne chose. que meilleure ne peut être. — Vraiment, a c'est moult bien répondu, dit le roi, car cette réponse c< est écrite en ce livret que je tiens en ma main. » Saint Louis fit une autre demande à laquelle le sénéchal

* On voyait, jusque dans les derniers temps, à gauche de la grille d'entrée de Royaumont, un vieux pavillon gotbi€[ue, réparé plusieurs fois, mais portant des marques non équivoques d'antiquité. Hiliin estimait, en 1790, que ce pavillon était du treizième siècle. Là, demeurait, en 1789, les der^ iiiers fermiers des moines, H. et madame Cemois.

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de Champagne répondit franchement avec une hardiesse qui eût scandalisé les pierres du cloître de Royaumont.

a — Lequel vous aimeriez mieux, continua le roi, être <( lépreux et ladre, ou avoir commis et commettre un « péché mortel I — Et moi^ raconte Joinville, qui oncques a ne lui voulus mentir, je lui répondis que j'aimerais a mieux avoir fait trente péchés morfels que d'èlre lè- « preux. » Saint Louis, qui venait s'instruire au monastère, y eût laissé un exemple admirable de douceur et de condescendance, par son attitude en face de cette repartie si peu grave : l'impression de ce libre discours sur le bon roi saint Louis eut une conclusion, non de coupable tolérance, mais de douceur incomparable et attirante. Tout roi el tout saint qu'il était, il ne se fâcha pas de la réponse du jeune homme ; il laissa les moines se retirer et ne réprimanda Joinville que lorsqu'ils furent seuK sans témoins. Cette patience délicate, ce soin à ne pa^ humilier les personnes, est uiî trait qu'on devrait mettre dans les panégyriques de saint Louis ^

Le dialogue de saint Louis et de Joinville, sous les cloîtres majestueux de Royaumont, aurait emprunté une particulière éloquence de la sainteté du lieu. Ces doitres de Royaumont étaient d'un admirable effet ; la parole ne pouvait rester grossière, ni la pensée terrestre, quand on les parcourait. — On prendrait ces cloi très, qui sontda beau style du treiziènîe siècle, pour un salon de grani: destiné à des causeries immortelles. Ces cloîtres, «It même architecture que Téglise, qui était gothique, avaient leurs voûtes supportées par des faisceaux de colonoettess rangeant autour d'un massif cannelé ; chaque group comprenait onze colonnettes. Ajoutons que le cloître v-*

* Nous avons toujours été frappé de cette particularité de saint lim^ N. Villcmain n'esl pas le seul qui ait observé qu'on H^avaitéiijammi rru dans les éloges oniciels qui se faisaient de lui, depuis cent ans, i 1 ^ demie.

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