‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 91 sur 288 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

frait neuf baies de chaque côté, ayant jour sur le préau. Ces baies, autrefois divisées par un meneau de deux colonnettes, supportant deux arcatures trilobées et une rosace, devaient être de la plus grande élégance avec une admirable sobriété d'ornements. L'ensemble du cloître

offre une longueur de 195 mètres sur. une largeur dans œuvre de 4 mètres 75. Malheureusement les ogives accouplées d'autrefois ont disparu; on n'en voit aujoufd'hui que la naissance, et néanmoins, avec leurs arcades agrandies, quel chef-d'œuvre encore que ces cloîtres I Comme ils semblent provoquer les grandes pensées et les nobles discours ! La conclusion du célèbre dialogue de saint Louis et de Joinville eut quelque chose de Ihéologiquement splendide et de vraiment claustral; elle était digne de celui qui, au rapport des historiens anciens, venait passer des moi^; entiers k Royaumont : a Quand les moines furent départis « de là, (c'est Joinville qui continue son récit), il me « rappela tout seulet et me fit seoir à ses pieds et me dit : « Comment avez-vous osé dire ce que vous avez dit ? — « Et je lui réponds que encore je le dirais. — Et il va me €( dire : Ha I fou musart, musart, vous y êtes déçu^ car a vous savez qu'il n'est lèpre si laide que d'être en péché a mortel. Et vous prie que, pour l'amour de Dieu pre- « mier et pour l'amour de moi, vous reteniez ce dit en « votre cœur*. »

Une porte mettait en communication immédiate le cloître et le réfectoire de Royaumont ; il n'y avait qu'à descendre deux ou trois marches, le sol du réfectoire étant au-dessous du niveau* de celui du cloKre. Et si l'on veut décrire ce qu'était, aux belles années de Royaumont, ce remarquable réfectoire, on n'en peut pas séparer la description d'avec les souvenirs historiques qui se rattachent également à la personne et à la jeunesse de saint Louis ;

* Hiiioire de saint IjOU/s, par Joinville, texte rapproché du français moderne, par M. >ataUsdc Wailly, p. 1i

tant Royaumont fut, à la lettre, la chose de soinl Louii, autant qu'elle était eelle des moines bernardins.

Au dehors, le gouvernement de saint Louis, ou plutôt de la reine sa mère, s'affermissait au point de vue administratif ; il s'efforçait, par l'énergie et l'habileté, soit de meltrc à la raison la turbulence féodale d'une aristocratie inquiète, soit de se constituer lui-même en équilibre, au sein des tiraillements les plus complexes. Hais, lorsque en plein orage politique, on retrouve saint Louis à Royaumont, ce prince ps^raissait tellement distrait des préoccupations de la politique, malgré l'impressionnabilité de sa jeunesse, qu'on eût dit un personnage totalement diffèrent. A Royaumont, on a le spectacle touchant d'une foi profonde et sincère et du sentiment religieux le plus prononce dans un prince. Quand Louis IX s'échappait de la capitaiecl de ses troubles, il se faisait tellement Thomme de son abbaye, que tout son être participait de ladoucesëréuitéde ces éternelles solitudes ; tout son bonheur était de manger au réfectoire dés moines ou de servir lui-même les moines à table. Le réfectoire de Royaumont, un des plus charmants morceaux d'architecture gothique, que de grandes fenètre> ogivales inondaient dé lumière, vrai chef-d'œuvre digne de l'auteur de la Sainte-Chapelle ^ présentait un aspecl sévère et imposant quand les moines s'y rendaient, •• l'heure de leur frugal repas ; ces austères costumes, ce> physionomies graves, ces mets réduits, cette alimentatiuo du corps qui permettait à toutes ces âmes de voltiii^r sous ces hautes voûtes, cette figure solennelle du réurend Père abbé; enfin, ce roi déjà grand malgré Si» jeune âge, et déjà humble et modeste malgré ses grandeurs, qui venait oublier les pompes royales dans ^ séjour de Tégalité chrétienne, dans cette démocratie du cloître surmontée par un saint abbé, tout cela était beau. On peut encore, de nos jours, admirer ce réfectoire i- Royaumont, que des disciples pieux de saint Louis enlrt-

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