LIVRE TROISIÈME
prennent de restituer dans son premier style ; on y voyait une rangée unique de svcltes colonnetles monolithes, supportant seules la retombée des voûtes et leurs hauts pla* fonds en arceaux ornés d'arabesques.
Le Calent de Pierre de Montreuil s'était distingué dans la conception de ce réfectoire ; il dut combiner son plan de telle sorte que l'effort principal de la voûte fut rejeté surtout sur les murs et sur les piles externes, afin de laisser entière, aux frêles colonnettes médianes, leur ténuité et leur délicatesse extrême. Aussi, la puissance de résistance et la force de support de ces colonnettes minces et hardies était devenue suffisante, quoique leur volume fût énormément réduit, parce que la charge n'agissait plus que dans le sens vertical. Ce réfectoire, si digne aujourd'hui, à tant d'égards, de l'admiration des archéologues, présentait une longueur de 40 mètres 70 centimètres, une largeur de 13 mètres 50 centimètres, sur une hauteur de 9 mètres 40 centimètres. Divisé en deux nefs et en six travées, il était éclairé par neuf grandes fenêtres, formées chacune par deux baies ogivales et une rosace, donnant en tout une hauteur de 5 mètres 60 centimètres, sur 3 mètres 75 centimètres de largeur. On*admirait la chaire du lecteur, pratiquée dans . le mur occidental du réfectoire, et qui ornait la quatrième travée ; elle présentait plutôt Taspect d'une tribune par ses dimensions et par sa largeur qui était de 2 mètres 12 centimètres. C'était la tribune où se faisait la lecture pendant le repas des moines. Lorsque l'escalier qui conduisait à cette chaire sera complètement dégagé et que rornementation ancienne de la chaire elle-même sera rétablie, il sera aisé de comparer le réfectoire de Royaumont à celui existant encore du prieuré de Saint-Martindes-Champs à Paris ' et qui passe pour un des plus beaux
* Le prieuré de Saint-Martin des Champs, à Paris, situé dans la rue Saint- Martin, est devenu, depuist 708, le Conservatoire des arts et métiers. L'église
i56 HISTOIRE DE ROYÂUMONT.
débris de Tari gothique que Ton possède en France. Le réfectoire de Royaumont et celui de Paris sont du même architecte; l'analogie de la forme est complète; quoiqu'il y ait quelque différence dans les dimensions, leffet d'ensemble est le même; le poids des voOtes ^pose dans l'un et l'autre sur une rangée unique de colonnetles qui coupent le réfectoire en deux nefs, et dont le mince volume étonne. La chaire du lecteur est , dans Fun et dans l'autre, d'une ampleur et d'une originalité remarquables.
On racontait une particularité bizarre du réfectoire d*un autre monastère de bernardins. Comme l'abbaye de Morimond élait bâtie sur les confins des trois évèchés de Langrès, de Toul et de Besançon, cl appartenait à plusieurs États, on assurait que la moitié du réfecloii^ était sur les terres de Lorraine, tandis que Téglise était sur le sol de France. De la sorte, on priait, on chantait en France, mais on mangeait en Lorraine ^ La particularité du réfectoire de Royaumont ne consistait point dans la bifurcation gëc^raphique des exercices de la journée ; elle était d*i]o autre ordre. Quand le roi ne devait pas manger à l'abbaye, il
sert de salle d'exposition des machines, et le réfectoire^ 'regardé l'oBUTre de Pierre deMontreuil, est aiyourd'hui, une bibliothèque yioïJ^f^. Grâce à la direction intelligente et au scrupule extrôme de l'ardiitecir V.Vaudoyer, on a réparé ce beau morceau dans son ancien style, y oomprb lespeintures, dorures, vitraux, etc. Il donne l'idée du réfectoire de RoTaumoiit par la raison qu'ils sont identiques. Les Oblats refont l'escalier de lacbaire . quelques débris les ont mis sur la trace des ornements qui rembellissakvt.
Louis Silvestrc et Galoche, de l'Académie royale ^e peinture, a^^ent petot les actions principales de la vie de saint Benoît, pour le réfectoire deSaiot- Hartinnles-Ghamps. On y voyait aussi un tableau bien composé et bien «lessin. de Poilli, élève de Jouvenet, représentant Jésus-Clirist servi par les an^;^» après la tentation du désert. On ignore si les princes de Lorraine attirerai des peintres à Royaumont, pour y décorer Tattique du lambris da réfpctoire, et peindre la vie de saint Louis et de saint Bernard. L'inventaire «^ objets pour la vente de Royaumont, en 1791, mentionne quelques tableaoi de paysage, et quelques portraits d'abbés, sans indiquer s'ils proTetuiieit du rétcctoii'e ou de la maison des hôtes.
* Fleurt monoêtiquei, par Max. de Nontrond, ancien élève de l'École ées chartes.