LIVRE TROISrÈME
entrait souvent au réfectoire, «c accoustuméement^ » comme s'exprimeunécrivaindutreizièmesiècle. Toutefois il lui arrivait fréquemment d'y prendre le repas frugal des bernardins. Mais quand il n'y mangeait pas, il tenait à se joindre aux moines servants, et allait à la fenêtre de la cuisine^' prendre les plats et les portait devant les moines à table. Pour un homme qui affirmait aussi carrément que saint Louis la royauté, ce n'était pas mal pratiquer la doctrine de l'égalité humaine. Quelquetois, les plats étaient trop chauds ; le fils de la « hautaine' » Blanche de Castille enveloppait ses mains avec un pan de ses habits ; il versait à boire lui-même et examinait si le vin était bon, le faisant changer s'il ne l'élait pas.
On ne soupçonnait pas, dans le royaume de France, qu'à certaines heures, le réfectoire de la nouvelle abbaye de Royaumont offrit le spectacle d'un jeune roi, plein de fierté, se livrant avec une accorte humeur aux fonctions subalternes de la domesticité. Ces belles particularités sont rapportées par les historiens du treizième siècle ; on doit citer ici la relation du confesseur de la reine Marguerite, parce que c'est une page qui consacre la célébrité historique du réfectoire de Royaumont : « — Derechef, <c H benoiez rois venoit souvent à l'abeie de Roiaumont, « et souvent méesmcment es jours de vendredi et de « samedi, il mangeoit ilecques en réfretoier', à la table « de l'abé, et li abbés seoit delez lui ; et tozoirs quant il a mangeoit ilecques, il fesoit pitance au couvent de pain <t et de vin * et de deux paire de mes de poisson ; et a estoient en cel tens cent moines en couvent de ce
* On voit encore cette ouverture dans le gros mur commun au réfectoire et à la cuisine ; c'était aussi une porte de communication ; on y dressait sans doute, au moment des repas, une planche mobile, pour y déposer les objets du service des tables.
* Expression des détracteurs de la reine Blanche. ' Au réfectoire.
* l\ envoyait des portions de pain et de vin pour les moines.
kJîcu, ou environ, hors les convers qui estoient quaa rante ou environ. Et es autres jours, quant li beuoiez « rois aministroît avec les moines ordénés à servir, et V venait à la fmestre de la cuisine et prenait ilecques les I escueles pleines de viande et les partait et les metoit dea vont les moines saianz à table; et pour ce qu'il estoient a moult de moines et pou de serviteurs, il partait si Iona giiement ei raporiait ces escueles jusques à tant que Yen « avoit servi le dit couvent de tout. £t pour ce que les « escueles estoient trop chaudes, il enveloppait aucune « foiz ses mains de sa chape^ pour la chaleur de la viande « et des escueles et espandoit aucune foiz la viande sus la « chape; et li abbès li disoit adoncques que il honnissoil « sa chape et li benoiez rois respondoit : Ne me diaut^ foi « autre *, et il meesmes aloit par les tables et versait le vin es (( hennas * des moines aucune foiz, et aucune foiz il essaioU a de ce vin à ces hennas y et looit le vin quant il estoit bon, et a âe il estoit bon ; et se il estoit aigre ou qu'il sentisl le a fust, il commendoit que len aportast bon vin. * » Ce n'était donc pas Toisive satisfaction d'un simple amour de Tarchitecture qui avait porté saint Louis à la construction de l'abbaye de Royaumont ; il voyail, dans ses murs, plus qu'une reproduction des anciennes maisons romaines ^ el plus qu'une ferme expérimentale. Le rêve de perfection évangélique que ses murailles et ses habitants reprèsentâieni, explique seul la présence et les actes du jeune prince dans le monastère de Royaumont. Saint Louis, dont l'éducation littéraire fut poussée très-haut, avait appris dans un des plus grands docteurs du christianisme,
* Il n'y pas grand mal, j'en ai un autre.
* Dans les coupes.
' Hht. de saint Louis^ par Guillaume de Nangis, et le confesseur de •« reine Marguerite éd., 1761, p. 3i4.
« La théorie très-contestable de H. de Chataubriand [Études hUionqu^t insinue que l'abbaye n'était que la maison romaine d'autrefo^ a^ec ?^ dépendances.