‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 94 sur 288 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

qu'il était de l'essence du religieux de pratiquer une philosophie divine : « Les religieux, dit saint Augustin, ne cessent d'aimer les hommes, quoiqu'ils aient cessé de les voir, s'entretenant avec Dieu et contemplant sa beauté '. » Saint Louis voyait dans tout monastère une école de haute perfection morale où, sous l'empire d'une règle sévère, on mettait en pratique des prescriptions destinées à dompter les mauvais penchants de la nature. ■ Conseillé par la philosophie antique, enseigné dans les instituts de Pythagore et de Platon, qui servirent d'introducteurs profanes à l'Ëvangile, » le principe de la tendance à ta perfection fut définitivement inculqué par le christianisme et présenté perpétuellement au regard de l'homme. C'est ce que saint Louis considérait, dans l'érection de ces murailles de pierres : le Royaumont moral, plus que le Royaumonl matériel, attachailcettejeune âme méditative; Royaumont lui paraissait la conséquence et l'application logique de la tendance à la perfection, proclaiaée par la doctrine chrétienne, en même temps que la satisfaction accordée aux ardentes aspirations de l'homme vers le ■ beau, l'idéal et l'infini *.

Un médiocre détail, Irùs-secondaire dan^ le récit du confesseur de la reine Marguerite, doit être cependant relevé, parce qu'il semble inconciliable avec d'autres données historiques, et qu'il ne peut être qu'une inadvcriance de la part de Thislorien du treizième siècle; sa relation sur le réfectoire de Royaumont ferait entendre que la viande entrait dans le système ordinaire des repas des bernardins; c'est une erreur. Nul besoin d'entamer une controverse pour venger la convenance thèologique d'un détail alimentaire et de montrer que, .dans le précepte de s'abstenir li-' In viiinilc, hi question n'csl pas do

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160 IHSTOIRE DE ROTAUMONT.

savoir si ce que Ton mange peut souiller l'âme et présenter quelque chose de commun avec la dignité de la conscience. Au fond, celui qui est sincère et qui raisonne, ne peut nier les rapports de la chair et de l'esprit ; et la volonté humaine est tout autrement dégagée, alerte et libre, selon qu'elle est ou qu'elle n^est pas, selon un mot célèbre, « appesantie par le poids des viandes et du vin. » Surtout quand il s'agit d'un religieux, la question du maigre devient une question d'honneur, d'émancipation de rame; c'est demander si le moine, dans un détail déterminé, abandonnait Tempire à son corps, ou bien si son âme et les appétits spirituels prédominaient. Or, on a des témoignages positifs qu'on s'abstenait de viande à Royaumont à cette époque. Le passage du cardinal Jacques de Viiry, qu*on a cité au livre précédent, où il est question des cisterciens des premières années du treizième siècle, est formel : « Ils ft se sont interdit, dit-il, Tusage des viandes, » et encore : « ils ne mangent de la viande que dans les grandes mala- « dies *. »

On est forcé de reconnaître que le chroniqueur aura employé le mot de viande pour terme générique de nourriture quelconque, si peu qu'on veuille se souvenir de Tarticle troisième de l'un des statuts proclamés dans lechapitir général de Citeaùx, tenu à peine en l'année 1252; cet article disait : « L'antique règle, qui défend de manger de « la viande hors de l'infirmerie doit être sévèreniesl « maintenue; on ne peut servir de la viande, ni aux é\fo ques, ni à quelque personnage que ce soit, dans Tinttc( rieur de l'abbaye ; et quant aux appartements attenai.t a à l'abbaye, il faut le cas d'une indisposition grave pou: « servir à manger en gras '. » Les délibérations gênéraltr^

* Voyez VHisioire occidentale, par le cardinal de Vitry, écrir«in t. treizième siècle (Hist. littéraire de la France, t. i8).

* « Anliqua sententia de carnibus extra inflrmitoria non cMnedendi- " navibuB et in omnibus aliis locis, Urmiter observetur. Adjungitur bute ^-"^^

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