‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 95 sur 288 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

du chapitre de liteaux ne se faisaient que sur les notes rapportées de la visite annuelle de tous les monastères de l'ordre. Royaumont se pouvait- il mettre en opposition si flagrante avec les règlements de l'ordre, dans une matière importante? Était-ce les années 1232 ou 1235* qu^on aurait choisies pour introduire une pratique de relâchement, alors que les abbés de tous les monastères cisterciens réunis, y compris l'abbé de Royaumont, décidaient pour la pratique : « S'il y a la moindre irrégu- « larité dans la vie et les mœurs d'un moine, il faut im- « média tement y porter remède et réforme ; à la moindre « velléité de tiédeur, il faut rallumer le feu sacré dans « l'âme des religieux; si quid fuit in fratmm moribus spia nosum^ comburatur^ si quid tepidnm vel frigidum^ accen- « datur. » (Anno 1235*.) On ne peut donc expliquer que par une erreur matérielle le récit du confesseur de la reine Marguerite, qui ne doit pas surprendre, parce que son attention, en cette circonstance, portait sur la touchante condescendance du saint roi à servir les moines, plutôt que sur la nature et la qualité des plais qu'il servait'.

Un document contemporain du treizième siècle acliève d'éclaircir ce point : le Journal des visites pastorales de Rigault, archevêque de Rouen, qui a noté scrupuleu-

tentiie quod nec episcopis, nec aliis personnis, intra septa abbatisB, nec in domibus contiguîs, carnes aliquatenus ministrentur vcl coinedere permittantur. nisi graviter iniinnentur. » (Martène» Thesauru» anecdoior.f t. IV, p. 1351.)

' En 1235, l'assemble générale de l'ordre décrétait ime nouvelle mesure, pour que tous les antiques points de la règle cistercienne, tussent strictement observés.

* Statut, capitul. gênerai, ordin. cisterc. ...apud Martène, Ttiesaur. anecdot., t. IV, p. 1561.

* Undesmeilleurs'historionsde saint Louis, dans ces derniers temps, ne s'y est pas trompé ; quand il rapporte le fait de saint Louis se faisant pauvre volon ta ire au réfectoire de Royaumont, il l'exprime ainsi: aAurélectoirc, saint Louis se mêlait aux frères servants, venant à la fenêtre de la cuisine et prenant les écueSles pleines de viande {nourriture assaisontiée), » Uist. de sahU Louis, par Félix Faure, 1. 1, p. 565; ainsi U. Félix Faui^e a compris que le mot du texte viande t devait être interprété par nourriture queiamque assaisonnée, *

sèment, sans en taire un seul, tous les monastères de Normandie, dans lesquels il avait appris que le précepte de l'abstinence était enfreint, ne mentionne jamais Texistence de cet usage à Royaumont, où il avait vécu et séjourné à diiTércntes reprises ; ce témoignage négatif est péremptoire ^ Et il n'eût pas été possible d'introduire à Royaumont l'usage de la viande, à une époque où l'ordre était régulier observateur de Tabstinence, et lorsque, naguère encore, le chapitre général de Citeaux rappelait les antiques règles à cet égard. L'impossibilité devenait plus grande à un autre titre, si Ton pense que l'abbaye de Royaumont avait toute la vigueur d'un institut naissant, et que lacceptation d un adoucissement dans le sens de la mollesse eût été un sacrilège, du vivant d'un monarque qui était le premier à donner l'exemple de la pénitence et des rudes* traitements corporels. Il n'y avait pas cent ans que saint Bernard était descendu dans la tombe*, et on ne comprendrait pas que si peu de temps après la mort de ce grand homme et de ce saint austère, la prohibition de la viande fût tombée en désuétude. La ferveur était générale dans les monastères cisterciens au commencement du treizième siècle; ce n'est qu'au quatorzième qu'on commença à remarquer un affaiblissement de discipline relativement à l'alimentation.

Lorsque dans les destinées collectives et dans les destinées individuelles arrivent des époques de repos, on est tenté d'interpréter ces haltes, et l'on croit entrevoir que la Providence invité à reprendre des forces pour les vicissitudes nouvelles. L'espace de temps qui s'écoula entre les années 1234 et 1242, eut ce caractère et ce rôle; ces années furent pour Tabbaye de Royaumont et pour saint

' Eudes RigauU n'a pas manqué de signaler dans son hegestrum tiàlati&num, par exemple, que let moines de iMlande-Patry en Normandie, mangeaient de la viande^ et que cela était contraire aux consUtutions ed Tordre.

* Mort en 1153.

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