LIVRE NEUVIÈME. S
factioa à l'opinion publique ; on devait tenir compte en même temps des douloureuses réalités des temps nouveaux et des eomplications qu'avaient produites les misères du quinzième siècle. Ce problème était difficile, ardu. Néanmoins, il demandait une soluliou. L absoiublée de Citeaux la donna; llyiiibert, abbé de Cîleaux, et dom Jean de Cirey, abbé de Mézières, furent chargés, en 1475, d'aller porter celte solution à Rome, au nom du chapitre général. On aurait pu décréter une mesure énergique, une de ces mesures héroïques qui sauvent dans les crises suprêmes. Le cbapitre général vota pour la mitigation. U croyait à riiiipossibilité de faire observer la régularité dans un temps si misérable, du moins avec toute son ancienne rigueur. Uymbert et Jean de €irey iirent donc le voyage de Rome pour demander au pape de leur accorder quelque dispense de cette grande abstinence de viande à laquelle leurs régies et leur constitution les obligeaient. Ilymbcrt et le chapitre général se trompaient peut-être; ils se méprenaient sur la profondeur du mal. lis adoptaient de ces demi-mesures où chacun se retrouve, où la mollesse de tous est sauvegardée. Leur mesure avait le tort de n'être pas une de ces mesures orgaia([ues, puissantes, qui détruisent la racine du mal et rendent la santé florissante. '
Ce n'est pas une raison d'injurier le R. P. dom Uymbert et de mettre en suspicion sa bonne foi ; ce ne serait ni de la charité ni de la justice de rappeler « un homme sensuel qui aimait la bonne chère S » qui imagina d'introduire l'usage de la viande dans tous les monastères de Citeaux, en s'abritant derrière une autorité souveraine qui ne pût être contestée, comme on imaginerait de ces • aventures de flibustier, tentées si souvent de l'autre côté . de FAtlantique. L'histoire ne saurait admettre que l'abbé
* C'est une des aménités de h pînme aigre- douce de dom Geryaise, écrivain exagéré du dix-huitième siècie, à radresse de Vàbhé de Citeaux.
de Citcaux, un hommo an iiioiiis roisoiuialile, ail trnitft avec ce laisser-aller les desUnées et la réputation d'une vaste agglomération d'hommes ; on ne peut le présenter comme un capricieux apMredu relâchement systématique, allant solliciter Tabolttion de ce qui avait fait jusque-*là la gloire des bernardins. Sa requête demandant une dispense générale, autlientique, de quelques-unes des austères abstinences ordonnées dans les règles de Saint- Benoit, n'était pas l'impudente réclamation d'une race dégénérée, faisant sanctionner sa déchéance : il y avait delà raison et de l'honnêteté dans la demande de dom Hymbert, et nullement de Tinsolence ou de la ruse. On peut discuter les raisons qu'allégua le représentant de Clteaux à Rome, on ne doit pas insulter les personnes. Assurément, c'était faiblir de la part des bernardins; l'idéal de saint Êtienne et de saint Bernard n'était pas absolument conservé. Adopter des mitigations, diminuer l'austérité, som])lait s'éloigner du but et des lormes de rinslilulion primitive, puisque, pour des bernardins qui ne se mélajent pas activement aux populations par l'en* seignement et les œuvres populaires, foute leur mission consistait à présenter, dans leur vie, un type d'élévation morale, et que ce type ne pouvait se révéler au monde que par le renoncement à quelques douceurs de la vie matérielle, et par l'exactitude à certaines privations im- • posées à la nature. Hymbert se trompait donc peut-être sur la portée de la démarche de 1475. Néanmoins, il allégua avec bonne foi des raisons plausibles, et il se proposa un but immédiat, qui était ïuniformité^ ou une exemption générale de cerlaines abstinences. î/abhé de Cîleaux allégua : 4" la faiblesse de la complexion naturelle des moines de ce temps-là ; les tempéraments auraient dégénéré, disait-il; ils n'étaient plus capables de ce que pouvaient leurs anciens pères. Il représenta 2^ la pauvreté des monastères, dont quelques-uns étaient absolu-