LITRE NEUVIÈME. ' S
quelles sui vivait le mnd nom de saint Bernard; les particuliers et les souverains, la France et l'Espagne, tout le monde ût entendre des vœux et des plaintes. Les souverains pontifes avaient répondu à cet appel de l'opinion publique, et avaient supplié, avec une instance paternelle, les chefs de Tordre de mettre activement la main à l'œuvre de réparation et de réforme ^ Mais Ton se trouva devant trois difficultés simultanées, devant trpis causes ou trois faits accomplis. Premièrement, un >^ commencement de sécularisation, dont on ne pouvait neutraliser les effets du soir au lendemain; secondement, une cherté excessive et une grande disette de toutes les choses nécessaires à la vie; troisièmement, les ditiiculiés que la cherté des choses créait par rapport à l'observation du maigre et des abstinences, et les entraves qui naqui* rent d'un défaut d'uniformité et de discipline dans Falimentatioa des monastères.
L'histoire ne certifie que trop la mauvaise influence qu'eurent les guerres et la dommatioa anglaise sur l'état intérieur des abbayes ; la sécularisation, avec ses conséquences, est un fait avéré*. Il est constant que les fureurs de la guerre et l'insolence des soldats furent telles qu'on ne respectait pas les asiles de la solitude et du recueillement. Des indignités furent commises à l'égard des personnes qui habitaient les cloîtres. Ni religieux ni religieuses n'étaient épargnés, ce qui obligea beaucoup de
* Le pape Martin V avait fait étudier la question sur les lieux par rabbô de Salsbourg, cardinal de Saint-Pierre aux-Liens. Son bref, de 1427, tendait à sauvegarder les ciatertsi^s d'une déroute oompl^. la pape Eugènn IV avertit, en 1444, l'abbé de Cîioaux elles autres abbés de l'or îie des plaintes ([ui hiî venaient de France et d'Espagne, et leur inculquait la nécessité de travailler à la réforme des mœurs cistorcienues et de faire refleurir l'antique régularité. NieolasV insista, en 144S, pour qu'on s'appliquftt avec plus de soin à presser cette réforme, et à faire mieux observer à l'avenir les cunstitutions apostoliques et les observances des diapitres généraux.
* Le P, Hélyot et dom Gervaise en conviennent.
moines de Cîteaux d'abandonner lem s monastères pour se réfugier dans les villes; ce séjour des villes eut de grands inconvénients, l'esprit mondain entraîna plusieurs iudividualités faibles ou troublées. Une autre oonsêquenoe fut la grande difficulté de se nourrir d'aliments maigres. Les guerres, qui durèrent des siècles, causèrent en effet dans la suite une si irrande .cherté et une si grande disette de toutes les choses nécessaires à la vie, qu'elles contraignirent, d après l'autorité d'un historien foit grave, plusieurs religieux cisterciens à manger de la viande qu'ils trouvaient plus commodément que d'autres choses, et à se constituer ainsi en dehors d'une observance séculaire de Tordre de Citeaux'. 11 y eut d'autres inconvénients. Tous, dans les monastères, n'obéissaient pas aux mêmes errements ; une sorte de variété anarcbique pénétra dans les vieux sanctuaires de l'harmonie et de l'unité ; tandis que les uns mangeaient de la viande, les autres plus scrupuleux s'en abstenaient, mais ils refusaient les charges de cellerier, de procureur, et les autres oflices qui les pouvaient obliger à sortir du monastère, à cause que, partout où ils allaient, soit aux c^mps, soit à la ville, ils ne' trouvaient pour leur repas que de la viande (des viandes communes). Un historien donne à ces faits des proportions considérables. « Les biens et les revenus des monastères se perdaient ainsi, dil-il, faute d'y avoir l'attention nécessaire. Cependant les nécessités augmentaient, et le délaut de nourriture rendait plusieurs religieux malades, et ceux qui restaient en santé étaient si faibles que ni les uns ni les autres ne pouvaient observer ni leurs règles ni leurs statuts. »
Le chapitre pfénéral s'émut île cette siluatiuu. Un avait à ré'-oudre i nnniense problème de faire revivre l'ancienne ferveur des premiers cisterciens ; il fallait donner satis-
'V. iritr. ûiê onhretreUg., du P. H61|ot.