LIVRE TREIZIÈME
père; il avait,* par éducation, des manières affables et
polies; jaais, au fond, son caractère était brutal et emporté. Natnrellemenl M. et madame d'Armagnac s'étonnaient que la mitre se lit attendre pour leur tils ; mais Louis XIV, obéissant à de hautes considérations d'Étal, redoutait de confier Padministration d'un diocèse à un homme d'un caractère si impétueux et si hardi dans ses oignions. Celle nature se révèle assez dans ses poi liaits*; son portrait peint jeilète un personnage ayant de la distinction, mais il n'y a pas la moindre révélation de génie sur cette figure. Cependant François-Armand de Lorraine avait le front large et haut, que dissimulait la chevelure longue et abondante, selon la coutume de ce temps ; son visage, d'un ovale non vulgaire , paraissait majestueux sous cette pompeuse coiffure; ses grands yeux ouvcrfs, brillants, mais sans profondeur, une physionomie décidée, semblant provoquer le péril, des lèvres grosses et néanmoins pincées, tous ces traits inspireiaicnt des inductions à M. Sainte-Beuve et à M. Dargaud, ces deux physiologistes phrénologues de l'histoire. C'était une grosse et grasse figure, n'annonçant aucunement l'ère des austé* rités et les nouvelles habitudes de la solitude de Port- Royal. Son nez, en s éloignant du point de naissance, se prononçait en s'avançant piuniplement et fortement; et son portrait, nullement indicateur d'une grande intelligence, laissait découvrir plutôt Texpression générale de cette obstination qu'ont les esprits médiocres, quand ils s'exaltent pour une idée ou pour un parti. Somme toute, il y avait de la noblesse dans sa personne, et on a pu dire, en prenant les choses au point de vue mondain , que c'était « un bel homme, un vrai prince de Lorraine. »
Ml y a un portrait peint de Mgr de Lorraine, dans la fraleric dos ëvôqucs de révôclié de Baycux. Il existe aussi de belles gravures du temps, que nous avons trouvées assez conformes à la toile de Bayeux; nous avons vu l'une d'elles dans la précieuse collection de M. de Lap.., qui nous a été montrée avec une complaisance parfaite.
Par suite de Téclat que Vùhhé de Royaumont avait eu avec madame d* Armagnac, sa mère, on comprend le silence et l'obscurité clans lesquels il s'enferma plusieurs années. Il pensa n'avoir mieux à faire qu'à se concentrer dans Tadministralion du temporel de iioyaumonl. Lorsqu'il était à Paris» il avait deux habitations; il demeurait comme abbè en « son hôtel de Royaumont, rue du Jour, près la paroisse Saifit-Euslache, » hôtel consistant « en a quanliié de grands i)àlimenls, basse-cour, et un autre « grand logis, vis-à-vis et de l'autre côté de la rue, le « tout estimé valoir par an 2,800 livres derevmu*. » Il avait également un logement à Thétel d'Harcourt, h Paris, rue de Grenelle, paroisse Saînt-Sulpice'; c'est là qu'étant depuis peu abbé commendataire de Ro^amnont, il recul, le 51 décembre 1690, la foi et l'honimage que vint lui porter, comme vassal de Royaumont, messirc Nicolas Binot. Ce personnage, dont il a déjà été question, chevalier des ordres royaux de Notre-Dame du Mont-Garmel et de Saint- Lazare, écuyer, conseiller secrétaire du l oi, maison-couronne de France et de ses finances, gcnlilhomme de sa maison, demeurait à Paris, rue Richelieu, et élail seigneur des fiefs de Touleville et de Giboydet, situés à Asnières, qu'il avait acquis l'an 1677, du sieur de la Gave et de dame Louise de Joigny, son épouse*.
On peut ajouter que M. Krançois-Annand de Lorraine avait un troisième logement ; puisque un acte de Tannée 4747, inséré au Cartulaire^ nous apprend que « Son Altesse Mgr l'abbé de Lorraine, nommé en 4748 par le roi à l'évéché de Bayeux, demeurait à Paris, faubourg Saint- Honoré, paioisse Sainte- Marie-Madeleine de la Villel'Évéque \ » Mais c'est Royaumont surtout qui voyait lié-
* Cartuloire de Hoyatmmtt IV, J>. i€M.
* ibid., t. I, p. 352.
Ibùi.
* Carifilaire de nojjaummt, t. IV, p. 1430.
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quemment le prince de Lorraine» grandement attaché à ce charmant séjour; il travaillait de toute façon à en embellir la résidence. La fierté des Lorraine, qui avait fail élever le !)rillant mausolée en 1 honneur du grand capitaine du dix-sepLièmc siècle, réclamait un complément. Sou Âltesse Mgr François- Armand eut l'idée de faire construire et orner» dans Téglise de l'abbaye, une chapelle à son goût, celle-là môme oii reposaient les restes de son grandpère, le comte d'Harcourl. L'abbé de Lui Jiiine, en grand seigneur qui aimait les arls et s'occupait d'architecture, voyait Louis de GottC) un des arctiilecles distingues de répoque, de l'académie française d'architecture, un de ceux qui tentaient avec Oppenord, Meissonnier, la rénovalion de l'art^ etdoîil le père, Robert de Colle, élève de Mansart, avait achevé la chapelle de Versailles et fait In colonnade ioniquedu grand Trianon. Puisque le mausolée du comte d'flarcourt embellissait l'église de Royaumont, pourquoi la chapelle où il était placé n'auraif-elle pas une orneineiitation assortie an mausolée el di^nedes Lorraine? D'a})rès ses ordre?, de CoUc construisit 'une riche chapelle, qu'on appella la chapelle des (VHarcoiirty à Uoyaumont; elle était dans le goût de la lin du règne de Louis XIV ; deux cotonnes en marbre vert soutenaient un fronton triangtilaire incrusté de marbre rouge. Au centre du fronton, de Cotte avait mis les armes de Lorraine i pardessus s'élevait la croix *,
* En ouvrant le recueil de» hoinnies sortis de la négence, Oppenord,- Heisiionier, de Cotte, etc., on voit qu'ils entrevirent, tentèrent une grande chose : féemider Vart par te nalure, marier avec charme les formes si di-
. verses de la végétation et de la vie marine* [Unis XV, par Hichelet, p. 436.)
' On voit trois dessins coloriés de cette chapelle, aux estampes de la biblitttluMjuc Riclicliou, (lortyiit les numéros 578, 579,580. Ces trois dessins ne varient que pur le i-omuict du Ironton ; l'arcliitecte avait présenté un plan de iVonton triangulaire et un autre de forme demi-circutaire ; rauire variante est dans les urnes, placées au sommet des deux colonnes qui supportent le fronton; la forme des urnes varie. An bas du dessin, eotc 580, ou lit, écrits à la main, ces mots : Parafé au désir du marché ^ de cejourd'Aiii, 27 juin 1705, L.-Z).
ôuO HISTOIRE DE nOYAUMONT.
Quand il doit y avoir un chnngement dans les institu* fions civilfîs, religieuses, politiques d*un pays, quand tout Tordre socid doit être changé, ces transformations ne
s*accomplisscnl pns du jour au lendt inain ; toujours une révolution silencieuse dans le monde moral, disait Burkc, précède la révoltUiati politique et la prépare. L'ancien ordre de choses avait sa formule : jonissms de 'ce qui est^ emUtnuon«, sans rien corriger ou réformer ; à côté de cela, une uuli o lonnulese fait entendre : examinons^ voyons s'il ii* y a rien à rlimuier^ dans ce a été, et dans Tinlérét de Tavenir. La Ibruie monaicliiii^ue du pouvoir public, les anciennes traditions^ le? privilèges de la noblesse, le clergé et ses richesses, les couvents avec leurs possessions territoriales et séculaires, voilà ce que la France offrait au commencement du dix-huitième siècle. Monarchie héréditaire, christianisme dans les croyances religieuses, institutions monastiques qui couvraient toute la surface du territoire, ordre des cisterciens qui comptait plus de dix mille Français, telleétait la possession juridique, ce qui avait été jusque-là. Mais, cet ordre pouvait-il durer sans quelques améliorations? n'y avait-il rien à changer? voilà les questions que se posait le monde à cette époque , parce que l'opinion publique commençait à se demander si ces institutions, qui avaient dans le passé leur raison d'être, devaient conserver leur forme actuelle, immuablement inviuialile. C'est pourquoi l'on voudrait voir une connexion réelle et un lien étroit entre le jansénisme que le prince François-Armand de Lorraine embrassa avec ardeur, et la perfectibilité intime, morale, de l'abbaye de Royaumont. Quelle bonne fortune, si, après avoir visité, à Royaumont, l'abbé de Lorraine, on s'en retournait édilié, amélioré, comme au sortir de telle autre retraite, à viqgt lieues de Saint-Germain, de Versailles ^ ! « Quoique enfant, dit un grand seigneur célèbre
* La Trappe, créée au dii-septiëme siècle.
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par son esprit satirique, au dix-huiticme siècle, M. de la Trappe eut pour moi des charmes qui m'attachèrent à lui, et la sainteté du lieu m'enchanta. Je désirai loujours d'y retourner, et je me satisfis toutes les années, et souvent plusieurs Ibis, et souvent des huitaines de suite; je ne pouvais me lasser d'un spectacle si grand et si touchanty ni d'admirer tout ce que je remarquais dans celui qui l'avait dressé pour la gloire de IKeu et pour sa propre sauclificalion et celle de tant d'autres'. »
Messieurs de Lorraine, sans rivaliser avec monsieur de la Trappe, eussent pû être saintement distingues. On les disait des abbés florissants, des seigneurs fort aimables pour le monde, des courtisans «t parfaits, quoique noblement, » des courtisans « du grand air; » qu'étaiont-ils pour le iroiivernenient de l'abbaye? Plus que jamais, on abusait du système des commendes; la noblesse appauvrie mordait aux évéchés et aux abbayes, comme aujour* d'hui les générations nouvelles mordent à l'Australie et à la Californie, pour se procurer des rentes. Celait une chasse en règle qu'on faisait^aux abbayes commenda taire?; on assiégeait le roi et les ministres, pour en obtenir, et, quand messieurs de Lorraine prirent possession de Royaumont» il est inutile de demander s'ils y venaient pour rétablir la vie ancienne de saint Bernard dans toute son austérité. N'y arrivèrent-ils pas, avec les préoccupations de tous les commendataires, uniquement ambitieux d'avoir onze ou douze mille livres de rente, sans s'inquiéter guère de laisser de quoi vivre aux pénitents qui se rassemblaient dans la retraite? Il parait
' Le duc de Saint-Simon et Tabbc do Rancû. [Mémoires de Saint-Simon, 1. 1, p. 19.) Saint-Simon n'étail pas aussi édifié à son voyag:e en Espag^iie, versil^t, au siijetdes religieux dominicains de Notre-Dame d'Atocha, ù
Madrid, « moines si gros, si grands, si .^ros.siors. si rognes, l'oipueil U-ur sortoilpar les yeux... leur arrofrancc et leur cltrontorie jusqu'à la bruta-
lllé » {Mémoires, t. XII, p. 244.) Quelle langue que ce Saint-Simou,
qnand on ne lui plaisait pas !
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difficile d'admettre que l'idée dominante de Mgr de Lorraine, en embratisant le jansénisme, ail été d'entretenir
la régularilé et Tesprit d'austérité ù Rovaumont. Dans l'ordre de la vie mui ale, le jansénisme s'annonça avec des tendances et un esprit qui ne lurent peut-être pas sa principale séduction aux yeux de Taristocratique abS>é ; mais, sous un autre aspect, on a également de la répugnance à penser qu'Armand de Lorraine se fût passionné puur les grandes thèses doctrinales que le janséniNUie souleva sur la grâce et sur les puissances réelles delà liberté humaine ; le jansénisme était un parti, un parti d'opposition, un parti de chicane théologique, un parli d'indépendance ecclésiastique, un parti de rancune yis-kvis de Rome ; n'est-ce pas plutôt ce côté qui avait fasciné l'iuipétueux Armand de Lorraine? Sa grande intimité avec le cardinal de Noailles n'avait-elle pas engendré sa complicité dans le jansénisme? '
Sous le rapport de la valeur intrinsèque des opinions soutenues par les jansénistes, le public moderne a delà peine à comprendre Pimportance qu'on y attacha au dixseptième et au dix-huitième siècles. La querelle du jansénisme remontait plus haut que le dix-septième siècle, elle pi ovenait du mouvement scientifique très-prononcé, que provoqua la lutte contre le protestantisme. Au seizième siècle, Michel Baius, professeur de théologie à Louvain, toucha aux questions de la grâcCy sur lesquelles le concile de Trente n'avait donné aucune décision défini* tive. La Sorbonne censura quelques-unes des propositions avancées par Baius ; la matière en effet est très-scabreuse; mais on avait la tentation d'y regarder alors, parce qu'il y avait de la sève; une grande activité iiitellcctuelle régnait dans le monde théologique, la théologie passionnait. Pie V, en 1567, Grégoire XIII, en 1579, condamnèrent diverses affirmations doctrinales de Baius sur le libre arbitre, le péché originel, la nature régénérée par le Christ,
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les rappoi'ts des bonnes œuvres et de la grâce. Cependant les lètes travaillaient ; des religieux défendaient une opi« nion, tandis que d'autres se jetaient dans des opinions d^un excès opposé. Pendant que Baius soutenait que la nature déchue, privée de la grâce divine^ est absolument incapable de tout bien, d'autres vouIaiiL se consliluer les dclenseurs de l'énergie restée encore à notre nature après le naufrage, se jetaient dans une extrémité contraire, en exagérant la portée de nos forces naturelles ; le pélagianisme était ressuscité. Toutefois lorsque Ton crut le débat terminé, un jésuite espagnol, Molina, rallumait vers 15^58 les controverses qui avaient éclaté entre les jésuites et les dominicains; il souleva la question du rapport de la grâce divine avec la conversion. Les partis reparurent aussitôt sur ce nouveau champ de bataille, et le pape Clément VIIl, sollicité par les deux partis, eut à résoudre cette délicate question : lliomme peut-ily par ses forces naturelles, contribuer en quelque chose à sa conversion et accomplir de bonnes mvresf Ce problème, qu'a • vait soulevé Molina, était décidé par les jésuites aflirmativement.
On dut mettre une mi«ui( o au molinisnie, et teiiipérer l'absolutisme de chaque opinion ; on en était à ce point depuis 1615, lorsque la controverse moliniste fut de nouveau soulevée par un écrit du jésuite Garasse, contre lequel s'éleva l'abbé Duvergier de Saint-Cyran, et qui détermina un des amis de Saint-Cyran, Jansénius, alois professeur à Louvain, à examiner derecbcl la doctrine de saint Augustin sur la grâce. Janséni^is, évéque d'ïpres, résuma le résultat de ses recherches dans un livre qu'il intitula Augastinus; ce livre parut après sa mort, en 1640, et suscita une polémique ardente; il répétait des affirmalions que déjà Pic V et (iré^oire Xlïï avaient blâmées dans le siècle précédent. Un lit, vers lti4U, un extrait de cinq propositions du livre do Jansénius, qu'on soumit à Rome,
5U UlSTOiRË ROYAUMONT.
b Iravers les agitations et 1rs li n iblcs; ces propositions, ou étaient textuellement dans i AïKjHHlintiSj ou faisaient la base et râme du système de Jansénius, comme parle Bossuet ; elles furent condamnées par la bulle du pape In* nocent X^Crim oceastane^ du 51 mai 1655, qui fut reçue à peu près universellement en France.
Après la condamnation des cinq propositions de VAth yustinus de Jansénius, ses adhérents posèrent la question : « L'Église est-elle infaillible dans la détermination d'un fait historique, par exemple du sens d'un livre? Son înfaillibilitc ne se restreint-elle pas aux dogmes? » On fit la célèbre distinction entre la question de fait et la question de droit, et l'on dit : Sans aucun doute, les cinq propositions condamnées sont condamnables, mais elles ne se trouvent pas, avec le sens condamné, dans le livre de Jansénius. C'était de la subtilité, mais une déplorable subtilité puisque, en admelianf une telle distinction, on consacrerait Tannihilalion de rintaiiUbilité elle-même qu'on admet. Au point de vue révélationîste, ceci est rigoureux comme les mathématiques. Si l'Église a été divinement investie du privilège de ne pas errer, il faut bien qu'elle puisse se préserver des fausses doctrines. Or, elle ne pourrait pas s'en préserver, du moment qu'elle serait incapable de décider, si telle erreur a été enseignée par tel docteur, si elle es^ renfermée ou non dans tel ou tel livre. Ët cependant des hommes d'un grand esprit, entraînés pai la niaiiie de l'opposiliuii, Aiiloine Ai iiaiid, Nicole, Pascal, se réfugièrent dans ces chicanes, etr se constituèrent les champions du jansénisme. Porl-Boyaldes*Ghamps, dont Tabbesse^ Angélique Arnaud, avait été formée par Tabbé deSaint-Cyran, fut comme le centre de tous les mouvements jansénistes; ain§i, des femmes recomninndablcs par leur grande piété, servirent avec cette aptitude qu'ont les femmes à la propagande, à la rapide diffusion d'une doctrine édifiée sur un subterfuge.
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Alexandre VII, pour couper court aux subtilités, confirma la bulle Giim occasione de son prédécesseur, par la bulle A(i %acram^ qui déclarait manifestement que les cinq propositions étaient» par le fait, ^Ko&XAu^tïtm de Jansénius, et avaient été condamnées dans le sens où elles s'y trouvaient. Sur la demande des évèqucs français, le pape envoya, enind-), un formulaire que le cîergô devait souscrire sans équivoque. Bossuet et li'ènélon s'étaient
. ciçpliqués. Leurs sages avertissements portèrent les évéques opposants à souscrire le formulaire, sous le pontificat de Clément IX, en ce sens qu'ils garderaient ce qu'ils appelèrent un silence respectueux. On en était là, lorsque gyandissail François-Armand de Lorraine; il tut élevé au milieu de tout ce bruit de disputes d*école ; enfin, arrivé à sa maturité, il assista à la reprise plus vive de la vieille querelle. On avait eu, 'dans le diocèse auquel Royaumont appartenait, deux excellents (Hcques, Mgr Nicolas Clioart de Buzanval, de 1651 à 1679, et le cardinal de Janson-
• Forbin, depuis 1679 jusqu'en 1713. C'étaient des hommes pleins de zèle et de foi ; mais comme le Beauvaisis avait pris part dans la querelle, deux camps hostiles, Tun à l'autre, s'étaient formés dans le pays : et l'on s'obslina à tenir pour suspecte Forlbodoxie de ces évèques.
Quesnel, père de 1 Oratoire, fil parvenir la controvci se janséniste à son apogée. Il avait publié, en 1671 et 1687, ses Réflexions morales sur tout le Nouveau Testament, ouvrage écrit avec un profond sentiment religieux et une véritable profondeur de pensée. 11 émut les chrétiens et devint leiu^ lecture liabituellQi le cardinal de Noailles, évéque de Chatons, en 1685, le recommanda dans une lettre pastorale ; d'autres prélats éminents le vantèrent. Cependant, à la longue et en y regardant de près, on y découvrit des erreurs; le pape étal)lit une commission d'examen coiuposée de dominicains. Le résultat fut la conslitution (JiUgenUiis^ donnée en 1715, qui condamnait cent et uue
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propositions des Réflexions morales. Le cardinalde Noailles, arclicvèquc de Paris, depuis 1695, révoqua, le 28 septembre 1715, l'approbation qu'il avait donnée, étant évôque de Chàlons, au livre de Quesnel ; mais il s'arrêta en chemin de sa rétractation. Une nombreuse assemblée d'évêques avait été convoquée à Paris : tous acceptèrent la bulle avec ou sans coiiiiiieiitairc. Sept ne vuuhirent ni de la I)uUe ni des coninienlaires. Le cardinal de Noailles se mit à la téte des sept, et ordonna, par un mandement du 25 février» de rejeter la constitution Unigentim. Louis XiV irrité lui défendit de paraître à la cour. La bulle fut enre- ^'isti'ée par la Sorbonne et par le Parlement.
C'est ici que l'on rencontre François -Armand de Lorraine, dans ses longues Iréquenlations avec le cardinal de Noailles. Après la mort do Louis XiV, les oppo* sants à la bulle Unigenitus relevèrent la téte; ils en appe^ lèrent au futur concile ; de là, leur nom d'appelants ; et l'histoire couslale, avec regret, que quelques abbayes du Beauvaisis, celle de Sainl-Lucien et de Saint-Quentin, se rangèrent dans ce parti. Royaumont ne suivit pas Mgr François*Ârmand de Lorraine, dans ses sympathies jansénistes. H n'y avait aucune solidarité dMdées et de pratiques cuire l'abbé de Lorraine et les iiiuiuos qui Jiabitaicnt Royaumont au commencement du dix-huitième siècle ; il est opportun de rappeler ici le mur de complète séparation que l'abbé commendataire avait élevé luimême entre les intérêts afférents à sa personne et ceux de la personne morale de l'abbaye, ii lie pouvait rien y avoir entre les moines et l'abbé, quant aux préoccupations d'ordre moral et quant au jansénisme ; on avait sépare jusqu'aux intérêts matériels eux-mêmes; François de Lorraine marqua son règne abbatial par la claire délimitalion de la manse abbatiale et de la manse conventuelle, afin que chacun vécût indépendant dans sa sphère. L'histoire de celte négociation peut aider à se rendre compte