LIVRE TREIZIÈME
assidu des sociétés brillantes, ingénieuses, incrédules de Paris, cet habitué du monde du duc de Sully, du marquis
(le la l'are, de l'abbé de Chaiilieii, commençait à se dessiner. Il faudra compter avec lui ; l'histoire dira que ce « sublime pantalon » selon les uns S la plus liante person* nîfication du bon sens et de la raison française*, selon ceux-ci, «le dernier des hommes, après ceux qui Paimenf,n selon ceux-là maniera l'ironie avec le Ion le plus dégagé et le plus spirituel qui fut jamais. Mgr de Lorraine pouvait-il répondre qu'il n'y eût aucun acte de sa vie publique, qui provoquât ce redoutable frondeur, observateur implacable de tout ce qui se disait et se faisait de son temps? On avait, dans les rangs de la société française, lin futur Galon anticatholique, qui répétera invariablement son Delenda Carthago, surtout, depuis l'année 1750 jusqu'à l'heure de sa mort, en 1778. V prenait-on garde? ne lui fournissait-on pas matière à sarcasme?
n importe de bien séparer ce qui, dans dans les abbayes h commende, ne supposait riea do commun, quant au régime intérieur de vie, entre l'abbé d'une part et les religieux de l'autre. Ce n'était qu'une simple juxtaposition, regrettable en toute hypothèse. On en recevait rinévitable contre-coup, si c'était un abbé peu considéré ; et il était préjudiciable aussi d'élre privé des bons offices et de riiHluence spéciale qu'un abbé recommandable aurait, par sa liaule situation , exercée sur tout le mopasiére* On a d'autant plus besoin de séparer les affaires spirituelles dcRoyaumont d*avec la personne de son Altesse François-Armand de Lorraine, que, dans sa jeunesse, il n'avait pas joui, (lUdKjue abbé, de la plus pure réputation. Madame d'Armagnac, sa mère, qui se mêlait despotiquement de la maison de son mari, tirait,
• Grimm, Voy. sa Correspondance.
• La plupart des appréciateurs inadcrnc «5 de VolLaire.
• De Hais ire, Soirées de Saùit-Pétersàourg.
si l'on en croit Saint-Simon, la quintessence de sa chai|;e du gouvernement et des biens de son mari ; on la représente également avare et magnifique ; on'dit qu'eHe trailaît ses enfants comme des nè^rres, et leur refusait taul, excepté à ses filles, dont on vante la charmante amabilité. Or, François-Armand de Lorraine eut un grand mécompte par suite d'un conflit d'intérêt et d'argent avec sa méve. Ouvrons Saint-Simon :
« Tout ce qui avait affaire à elle, la redoutait. Elle noya son fils, l'abbé de Loi rame, parce qu'il voulut partager au moins avec elle le revenu de ses bénéfices, et en ayant de gros, ne pas les lui laisser touctier en entier, et dépendre d^elle comme un enfant; il avait la nomination de Porlugal, que le duc de Cadaval lui avait procu* rée; cllo;t\;iil ( n l'af^rément du roi cl de Kuiiie.
« Celte considcration n'arrêta point sa mère; elle s'en prit à ses mœurs, qui en effet n'étaient pas bonnes, elle força M. le Grand à demander au roi de l'enfermer à Saint-Lazare. Le roi y résista par bonté, il représenta à M. le Gi and, (pio, son fils ctaul déjà prêtre, il le perdrait sans ressource, par cet éclat ; M. le Grand, poussé par sa femme, insista. L'abbé de Lorraine fut misa Saint-l;aaare, et demeura perdu, sans qu'il fût plus question de sa nomination, dont Rome ne voulut plus ouïr parler, et que le Port u irai retira. Il fut assez longtemps à SainJ Lazare, et n'en sortit qu eu capiUilant avec sa mère, sur le revenu de ses bcuctices. 11 vécut depuis obscur, et bien des années, sans oser paraître S »
La nature du caractère personnel et le genre d'opinions que Ton professe, sont les deux principaux agents pour expliquer la lapidilc ou la lenteur des bommes qui veulent faire leur cbemin et s'avancer dans le monde. François-Armand de Lorraine ressemblait beaucoup à son
• MiUumves de Saml-6imvu, t. IV, p. 74, 75, édit. Uaclielte, ia-12.