‹ Histoire de RoyaumontChapitre 104 sur 263 · LIVRE TKËlZIÈMt:. m · texte numérisé non relu

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cinquante-trois ans, et son épiscopat ne fut qu'une lutte

cpnlinueen faveur du jansénisme. Louis XIV s'élait refusé ' à en faire un évèque; ce fui sous la Régence, an mois de mars 1718, que les instances de sa famille le firent nommer à révèché de Bayeux. Le duc de Saint-Simon luimême, quoique ennemi des Lorraine, se vante d'avoir contribué, d'une manière indirecte, à cette nomination : « Je fus fàclié, dit-il, de la uiurt de l'abbé d'Estrées, qui était de mes amis, et qui, avec quelque ridicule et un peu de fatuitéy avait de bonnes choses, de rhonneur^ de la sûreté» de la droiture. M. le duc d'Orléans y perdit un vrai serviteur et me témoigna d'abord son embarras sur Cambrai. Je lui conseillai de trancher court pour se délivrer des demandeurs d'une si belle place, qui par sa situation ne se devait donner qu'avec beaucoup de choix. Je lui proposai tout de suite le cardinal de la Trémoille, sans que j'eusse la moindre connaissance avec lui. Je dis au régent qu'élant chargé des aflaires du roi à Rome, sans biens par lui-même et panier percé de plus, il avait besoin de beaucoup de secours en pensions ou en bénéfices ; que la ricliesse de celui-là suppléerait aux grâces qui coûteraient au roi ; que son personnel était sans crainte et sans soupçon quand il résiderait à Cambrai, où il éliiit apparent qu'il n'irait jamais, ainsi qu'il est arrivé. Le légent m'en crut, et sur-le-champ le lui donna. Ce pi'ésent ût vaquer Bayeux qu^il avait. L'abbé de Lorraine avait depuis longtemps fort changé de vie. Il s'était fort attaché au cardinal de Noailles, que M. le Grand aimait et respectait fort sans s'en être jamais contraint dans les derniers temps du feu roi. Le cardinal.de Noailles désira qu*il eût fia yeux. M, et madame de Lorraine en pressèrent M. le duc d'Orléans. Il le lui donna ^ » On avait tellement noirci à Rome l'abbé do Lorraine,

' Me'mires de Haiul-SùmUf t. X, p. '22, êiJit. Ilachctle, in- 12.

nommé à Bayeux, et Tabbé de Castries, nommé à Tours,

que le pape leur refusa leurs bulles. On on accuse le nonce • BentiYoglio, contre lequel un satiiitjue se décliaîne de

toutes ses forces. Saint-Simon le traite de « fou et de scélérat » et dit qu'il prit congé du roi et du régent^ après .avoir fait, ou voulu et travaillé à faire tous les maux dont les chiens et les loups enragés peuvent tMre capables. La vérité esl que le Pape, inslruit des dispositions de l'abbé de Lorraine, avait de grandes raisons d hésiter. Cependant l'abbé de Royaumont, après divers éclaircissements, fut proposé dans le consistoire du 18 septembre 1719, par le cardinal Ottoboni, et sacré à Paris, à Notre-Dame, le 5 no» vembrc de la même année, par le cardinal de Noailles*. H y avait de mesquins mobiles, de l'esprit de coterie, et le besoin de guerroyer, dans tout ce fracas. Le Journal de la Régence^ raconte qu'il y eut pour ce sacre, en l'église métropolitaine, un si grand concours de monde, une telle affluence de personnages élégants et distingués, que « Ton compta plus de trois cents carrosses aux environs « de cette église cathédrale. » Saint-Simon répand sur toute cette affaire la malice de ses révélatrices indiscrétions, m Enfîn, on fit parler si haut, dit-il , à Rome, qu a la lin, les bulles arrivèrent; le grand crime de ces deux nommés étaient leur liaison d'amitié avec le cardinal de Noailles. Tous deux s'en moquèrent devant et après; tons deux se firent sacrer par le cardinal de Noailies, 1 abbè. de Castries, à l'ordinaire, dans la chapelle de l'archevêché ; l'abbé de Lorraine, quelque peu après, dans le chœur de Notre-Dame, à la prière du chapitre, ce qui, depuis l'épiscopat du cardinal de Noailles, ne s'était fait que pour son frère, qui lui succéda à l'évêché de Chillon$^9

* Histoire dit 'itoeUe de Ba^evx^ par l'abbé Laffetay, p. 290.

* Journal de la Bégencet par Jean Buvat, i, I, p. 460» publié par N. Émile

Campardon

Mémires du duc Saint-Simon, édition Ilacliette, de 1 858, t. XI, p. 1 7ft

Lis M TKËIZIKMË. 365

L'histoire de Royaumont n*a point à suivre Mgi Fran-

rois-Armand de Lorraine dans sa carrière d'évèque, parce quelle ne (ouclie pas à notre abbaye; imu^ elle déplore que tant d activité déployée dans le diocèse do Bayeux ait été en pure perte; moins que cela, qu'elle ait été mise au service d'une théorie théologique erronée^ d*unc coterie, et de mesquines rancunes. Le jansénisme n'apportait à l'Iuiuiiiiiitê aucune grande idée dogmatique; le côté doctrinal n'est pas ce qui le recommandai l uu monde. Sa manière d'entendre le péché originel, la déchéance complète de la nature» l'impuissance radicale de la volonté, Ta prédestination enfin, n^aurait pas donné une grande influence à la secte née à Porl-Roynl. Pourquoi Mgr de Lorraine s' était-il donc engagé sous de tels drapeaux? Il est plus honorable de penser que l'esprit et le tond de la tendance janséniste, qui était de relever la pratique religieuse, séduisit notre évèqu'e. Dès lors, puisqu'il rêvait, piiiir les autres, une manière d'être chrétien plus en lianaunie avec Pidêal, il était plus logique et plus simple qu'il eût commencé lui-môme à porter dans sa religion personnelle « plus d'esprit de réflexion et d'approfondissement ; qu'il se liât d'avantage de ses liens sacrés'. »

Il est permis de trouver quelques beaux côtés au jansénisme. Le mélange de certameb exagérations du caractère français avec le catholicisme, produisit la tendance janséniste, mais on ne doit pas moins la réprouver parce qu'en soi, elle serait la pétrification du cœur humain si on lui cédait Tempire; le jansénisnie séduit lès aines p;ii ijuelques aspects, mais il r^ iiute, suus d'autres i ap|>oi 1^, ()arce qu'il méconnaît la plus noble partie de noire être, le côté affefAueux. Quand on est catholique, d'ailleurs, on doit avant tout respecter ce qui est l'essence du catho-

* Cq que Joubei't foyail dans le jauscimme.

m UI^XOiUK DE ROYÂUMONT.

Jicisme, son organisation autoritaire, c^est-à-dire TadhAsion au chef de l'J.glise qui est le point central et le sommet de la vie hiérarchique; la iaute énorme de i evêque de Bayeux était d'oublier que, pour être évéque, il faut avant tout être catholique. Ënân, cette manière d'indiquer à la morale et aux actions humaines un mobile unique et divin, à la façon qu'on l'entendait dans la secte, pouvait boui u e aux caractères énorrriqucs, aux héros et aux héroïnes de la Fronde, par les maximes sévères de piété auxquelles elle conduisait et par un grande exaltation religieuse : mais Tabime du fatalisme n'était pas loin. Au lieu de risquer de rompre l'unité de la foi ét l'unité de coiuuiunioii au sein du catholicisme, l'ahbé de Lorraine avait mieux à faire. Ses essais individuels . d^amélioration auraient été mieux placés, en s'appliquant à 1 étude de la question des monastères.

Le savant père Helyot venait à peine d'achever sa gij^antesque Histoire des ordres re\i(jieux^ et à la tête de Tordre de Citeaux, il y avait un abbé général qui était profondément rempli de l'esprit de son état. Dom£dme Perrot, qui gouverna sagement tout l'ordre, pendant treize ou quatorze ans, jusque vers 4725, se montrait favorable à tout ce. qui était réforme. Pourquoi ne pas profiler de ces ci icuu> lances propices? On élaità une heure critique pour la société clirétienne en général; et relativement à la fondation de saint Ëlienne et de saint Bernard, il était visible qu'on avait à rechercher pourquoi, après quelques années de restauration intime, on retombait toujours dans le rèlàchenient. Il fallait étudier pourquoi ces altei'natives de ferveur et de défjiillance, et s il n'y avait point une altération cachée dans les rouages eux-mêmes de l'administration cistercienne. En un mot, l'abbé deRoyau* mont aurait mérite de la sociélé française et de l'Église^ s'il avait cherché la raison des dégénérescences périodiques des bernardins à travers les siècles* Il ne le ht point. 11

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