‹ Histoire de RoyaumontChapitre 105 sur 263 · LIVRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TREIZIÈME

mourut à Paris, le 1) juin IT'^S, à Vàge de soixaitlivlrois ans; elRoyaumont, en l'iiiH rivant dans le catalogue de ses abbés, pouvait le qualifier de nullité ou de neutralité^ h rencontre de la province du Calvados, à laquelle il se révéla à Tétat de médiocrité violente et tracassière.

Aillant de bruit n'aurait point retenti autour de sou nom et de sa personne, s'il avait mis à l'ordre du jour des thèses à présenter, des investigations à ùii'e, sur les germes intimes d'affaiblissement et de décadence que Tordre cistercien portait dans son sein, depuis le treizième siècle, et sur les moyens efficaces d'y porter remède ; toutefois, il aurait pris rang parmi les modestes et sincères amis du bien et de Thumanité, dont la phalange est tout autrement honorable. La vaine et sonore popularité du moment ne vaut pas le petit recoin que la postérité impartiale vous assigiif, dans les rangs des humbles et consciencieux serviteurs des saintes causes. 11 y en a qui pensent qu'au treizième siècle, en changeant la méthode de l'élection des abbés où chefs de chaque maison, en altérant les rapports des abbés-fils et des maisons-mères, on avait sapé par la base l'édifice, on avait posé une cause qui, dans Tavenir, devait nuire à la tenue régulière chaque année du chapitre général, affaiblir sou autorité, et tuer ainsi peu à peu la vie dans- tout le corps cistercien. Comment ne venait-il pas à l'esprit remuant et inquiet de l'abbé de Royaumonl de sonder ces problèmes?

François-Armand de Lorraine tit fausse route ; il sacrifia, à des convictions aussi jOiottantes que celles du cardinal de Noailles, le repos de sa vie^ l'approbation du chef de l'Église, la faveur du roi et l'assentiment de presque tous ses collègues. Après sa morl, il a laisse, d ins le Calvados, il bayeux et à Caen, des souvenirs et une mémoire douloureux. Quand on apprit son décès, le chapitre do Bayeux s*abstint de prescrire des prières pour son évèque

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défunt ; cependant «n service funèbre fut célébré à la ca- Uiédiale. A Caen, l'irnage de M. de Lorraine fut lacérée par des hommes du peuple; un dominicain fil en chaire, à Téglise, le procès à sa mémoire. Elle fut attaquée dans un écrit où on lui reprochait la dissipation et l'effronterie de ses regards en présence des saints mystères, le tumulte scandaleux de ses visites paslorales, dans lesquelles le peuple était repoussé avec le sabre elle hàton, sa chienne qui raccompagnait à Tautel» Mais Fabbaye de Royaumont ' n'entra pas dans ces acharnements de la vengeance et t ' dans ces excès de réactions païennes que conseillent trop les passions religieuses surexcitées. Mgr Armand de Lorraine avait reçu, dit-on, los derniers sacrements du vicaire de la Madeleine, à Paris, qui entendit conséquemmenl la rétractation de ses égarements et de ses erreurs. Royaumont fut plus hospitalier pour sa cendre, il amnistia le passé de son abbé commendataire, jeta un voile de inisi'ricorde et de pardon évangélique sur ce que 'Dieu avait et lacé, et accueillit ses restes mortels sous les dalles de sa basilique.

Le traité de Montmartre de 1662, sur lequel les Lorrains s'étaient basés pour leur prétention en France, avait été déchiré plusieurs fois, ne serait-ce qu'en 4670, alors que la France prit le parti de dépouiller Charles iV de ses États. Il est vrai que Léopold P avait été rétabli par le traité de Ryswyk (i697). Mais quant aux sépultures des princes de Lorraine à Royaumont, elles avaient perdu toute signification politique. On continua toutefois, dans la famille et dans la descendance du côlèbre cumlc d llarcourt, de considérer Royaumont comme le lieu consacré pour recueiUir les dépouilles mortelles des Lorraine d'Uarcourt. Ce que l'abbaye de Saint-Denis était pour les cen* dres de nos rois, ce que la Gharlreuse de Dijon était pour les dncs de l^onrgogne, et la vieille église des Cordeliers et la noble chapelle ronde à Nancy pour les souverains de

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Lorraine, lioyaumont le devenait pour les Luiiaiiic ti iiar- 4X)url-(l'Armagnac.

Le temps oumarcliaïit l'ait tomber nos intrigues et couche dans le lit de L'oubli nos petitesses et les absurdités qui nous fascinèrent ; il y avait plus de quinze ans que les bizaiTes tentatives des Lorraine, souverainement envieux d'enlreprendrc sur les droits de préséance des du-

♦ chesses *dc France, avaient échoué. La priiicesse dllarcourt) <îur le conseil du chevalier de Lorraine, avait commencé à faire valoir leurs prétentions nées du trailé de i662; madame d'Harcourt et madame d'Armagnac, dés 1699, devenaient trés-liargneuses. Ce qu'on employait d'artifices et de mensonges pour élendre et agrandir le rang qu'on pouvait occuper est incroyable. A une réunion chez la duchesse de Bourgogne (6 janvier 1699), la prin-

. cesse d'fiarcourt dit à la duchesse deRohan, qui, étant arrivée la première, était la première à droite, d(; passer à gauelie; proposition qui surprit la duchesse de Bolian. Vers celle époque également, M. le Grand, après s'élre agité avec ses frèreS) se plaignait au roi de ce qu'à l'audience - du matin, madame de Saint-Simon avait pris la place de madame d'Armagnac et s'était mise au-dessus d'elle. Toutes ces eulreprises d'envahissement retombèrent contre madame d'Armagnac et ses liiieâ. M. le Grand fut outré et humilié ; mais déjà les années avaient emporté ces puén\es agitations. La mort se glissa dans les rangs de la famille de Lorraine. Le prince Camille de Lorraine, Tun des frères de l'abbé deRoyauiuoiit, et qui élail établi à la cour du duc de Lorraine depuis 1 702, était mort à Nancy en 1715. Son cœur, enfermé dans une boite en plomb en forme de cœur, fut envoyé à l'abbaye de Royaumont et déposé près la tombe du comte d'Harcourt, son grand- * père; de même que quarante ans auparavant, le 19 janvier 1675, par les soins de madame Arniande-Hcnrietle de Lorraine, on avait trausl'éré à Notre-Dame de jSoissons le II. 24

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cœur de madame Marguerite du Cambout, comtesse douairière d'Harcourt, de même aussi qu*en 1669, Fabbesse

(Je Soi^sons avait réclaTné comme relique, au nom de sa piété filiale, le cœur du comte d'Harcourt son père. Ce prince Camille, d'humeur assez bizarre, non marié, une fois couché dans le cercueil, passa bien vile de toutes les mémoires; on oublie si vite en ce monde, même les plus caressés.

On n*a qu'à entr'ouvrir les Mémoires de Saint-Simon, cette aristocratique gazette de la médisance, pour se convaincre de Texistenoe contre-carrée du prince Camille de Lorraine. £n voici le portrait avec les débuts de sa fortune : « Carlingfort, milord irlandais, qui avait été gouverneur de M. de Lonaiiie, de la main de l'Enipereur, à qui il était fort attaché, avait suivi son pupille dans ses États à la paix de Ryswyk ; il était grand maître de sa maison et à la téte de son conseil. Devenu feld-maréchal de Tempe* reur, il désira retourner à Vienne. M, Le Grand, qui avait beaucoup d'entants et pe\i de palriiuoine, trouva jointure à mettre le prince Camille à la place de Carlingfort pour la charge et pour de plus fortes pensions encore. Il le lit trouver bon au roi^ et le prince Camille s^alla fixer en Lorraine (vers 4702), oii il ne fut pas plus goûté qu'il ne Tétait ici. C'était un hoiiiiiie de peu d'esprit, fort glo-

• l ieux, particulier, qui avala toute sa vie beaucoup de vin fort tristement ; une espèce de fagot d'épines, mais ru*minant toujours à part soi la grandeur de sa maison, et qui n'avait, des Guise qu'il regrettait, que la valeur et la volonté; il avait toujours servi et n'était point marié» du reste honnête homme *. »

L'épitaphe du prince Camille à Royaumont était courte :

* a Ici est le cœur du prince Camille de Lorraine^ mort en 1715* » Mais Saint-Simon a suppléé à ce laconisme de la

^ Mémoires de Saini'^immt t II, p. 352.

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