LIVRE TablZlÈME
tombe par l'intarissable bavardage de ses Mémoires :
« C'était un homme très-bien fait, dit-il du prince Camille, très-adroit dans tous les exercices, qui avait de resprit, du sens, des vues, même du Guise, mais triste, sombre, particulier, silencieux , dédaigneux, extrême* ment glorieux. Las de sa pauvreté, encore plus du joug domestique, à son âge, d'un service militaire qui ne le menait à rien, solitaire par son goût au milieu du monde, il trouva moyen, comme on a vu, de s'accrocher en Lorraine, d'y avoir la première charge de cette petite cour, ' avec une subsistance de commodités très-abondante, outre vingt-quatre mille livres de pension ou d'appointement, et seize mille livres qu'il tirait de Fraïu e, moilié % d'une pension sur rarclicvêché d'Auch, moitié d'un don du roi sur les litières. L'ennui le poursuivit en Lorraine comme ailleurs. 11 aimait fort le vin et la table: mais il y était sans agrément aucun, comme partout. On a vu que M. de Vaudciiiont lui tomba dessus comme une bombe, avec cette préséance que M. de Lorraine lui donna immédiatement après ses enfants et ses frères. Camille s'absenta toujours pendant les séjours de Vaudemont ; ce dégoût lui rendit son état fort triste ; il ne fut point marié, et ne fut regretté de personne, pas même de qui que ce fût de sa tamilie \ »
Une autre vie s'éteignit trois années après, à Royaumunt; c'était le comte d'Armagnac lui-même, M. le Grand, père de Tabbé de Royaumont et du prince Camille. M. d'Armagnac mourut à Tabbaye même de Royaumont le 15 juin 1718, dit le père Anselme, comme le comte d'Uarconrt y élait mort également d'une attaque d'apo* plexie.On trouve dans Saint-Simon la relation de celte particularité: « M. le Grand, dit-il, mourut en 1718 àRoyau-^ mont| abbaye depuis longtemps dans sa famille, dont son
' Mémoires de Saint-^imon, l. VIII, p. 320.
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père et lui avaient fait leur maison de plaisance, et où il
élail allé prendre Tair à près de soixanle-dix-sept ans, à même âge et môme maladie que le feu roi * . » Le décès de M. le Grand étail un nouveau et frappant témoignage du vide où aboutissent nos interminables fracas pour de vains triomphes d'amour-propre. Les d'Arma* gnac-d'Harcourt n^eurent pas seulement les dêboires dc reutreprise a^aiit pour objet de se poser en rivaux des princes du sang; d'autres tourments avaient été créés à ia iamiiie par des disputes de préséance avec les Lorraine eux-mêmes de la cour de Nancy*
Il faut apprendre de Saint-Simon, qui aimait tant à pêcher dans l'eau trouble, les agitations, les artifices, les allées et les venues de la maison de Lorraine, du prince de Yaudemonl et des autres en 1707. Il s'agissaii.dans la petite cour ,de Lorraine de satisfaire les petites vanités ainsi que les désirs de préséance entre divers membres de la parenté, oncles, neveux. « Le duc de Lorraine déclara Vaudeniuiit souverain de Coniincrcy: sur ce, le duc de Lorraine déclara M. de Vaudemont, Tainé, après ses enfants et leur postérité de la maison de Lorraine, lui donna le rang immédiatement après ses enfants et les leurs, et au-dessus du duc d'Elbeuf et de tous les princes de la maison de Lorraine. Avec cet avantage et cette souveraineté, M. de Vaudeinont, si bien étage en France, ne douta plus (lu succès de tout ce qu'il s'était proposé, et que, y précédant désormais la maison de Lorraine sans difficulté, il n'en trouverait plus, et par le droit et par sa souveraineté, à atteindre au rang le plus grandement djstmgué.
« Son affï^ire faite en Lorraine, il y précéda le prince Camille, fils de M. le Grand, peiit-fils du grand comte d'fiarcourt, qui s'y était établi depuis quelques années
' Mémoires^ l, X, p. 44