LIVRE TREIZIÈME. S
avoc une grosse pension de M. de Lorraine ; et dès qu'il eut ainsi pris possession de ce rang, il accourut en France pour y en brusquer les fruits avant qu'on eût le temps de se reconnaître.
a Cette double élévation de M. de Vaudemont, si peu attendue du gros du monde, fit à la cour toute l'impression qu'il s'en était proposée, avec un grand bruit, et, parmi les gens sensés, une grande surprise et beaucoup îiii delà. En elTet, il n'y a qn'à voir cv i\[n vient d'OIre . cxjiliqué do la naissance de M. de Vaudemont d'une part, et de la consistance de la seigneurie de Commercy de Vttutre, pour ne pouvoir comprendre ni la souveraineté, ni le premier rang dans la maison de Lorraine. Un seul aussi de celte maison le fit échouer sur Tun et l'autre point.
a Le grand écuyer en furie (le père de l'abbé de lioyanmont, M. le Grand), et accoutumé à tout emporter du roi d'assaut, alla lui représenter Tinjustice que M. de Lorraine leur faisait, lui dit qu'ils venaient tous de lui en écrire, et ajouta avec force cris et fofce flatteries sur la différence du roi au duc de Lorraine, qu'il comptait bien que son équité et sou autorité ne se soumettraient pas aux nouvelles lois qu^il plaisait à ce dernier de faire, et qu'il ne se figurerait jamais que par complaisance pour liff. de Lorraine et pour M. de Vaudemont, il voulût leur 'plonjrcr 11 tous le poignard dans le sein.
« Avec cette véhémence, le droit, la raison, la faveur personnelle, M. le Grand tira parole du roi, que ni la souveraineté nouvelle, ni Je rang nouveau que M. de Lorraine venait de donner h M. de Vaudemont ne changeraient rien ici (à la conr de France) an leur, ni à son état.
« M. de Lorraine tint ferme, dans sa réponse aux princes de sa maison, à ce qu'il avait décidé. Eux Iriomplièrenl, M. le Grand surtout, de ce qu'il avait obtenu du roi, et M. de Vaudemont fut arrêté tout court dès son arrivée. M. de Lorraine avait écrit au roi qu'il avait donné à Vau-
HISTOIRE DE ROYADMONT.
demont le premier rang dans sa maison et la préséance sur tous. Le roi lui répondit qu'il était le maître dérégler chei lui tout ce qui lui plaisait. Il ne lui en dit pas davantage , mais en même temps il fit entendre à Vaudemont que, ni sa nouvelle qualité de souverain, ni sa nouvelle préséance sur la maison de Lorraine, ne changerait rien à sa cour, où il avait le rang de grand d^Ëspagne, comme il Tétaity et qu'il était à propos qu'il n'imaginftt pas d'y en avoir d'autre» ni aucune préférence au delà m rien.
a On peul juger de la rage, du dépit, de la honte, de la douleur de l'oncle et des nièces, d'une pareille issue. Us comprirent tous qae le mal était sans remède, et en prirent, extérieurement du moins, leur parti. M. de Tau-
demont s'ùta toute chiuière de la tôte. Mais tout eela ne put apaiser les Lorrains, (jui rompèrent ouvertement avec lui, et qui tous, excepté sa sœur, ses nièces et la duchesse d'Ëlbeut', sa' belle-mère, c'est-à-dire de sa femme, et qui demeura neutre, cessèrent tous de le voir, et ne l'ont jamais revu depuis. Ses nièces en demeurèrent brouillées avec eux tous, et M. le Grand ne cessa de jeter feu et flammes.
« L'affront qu'il prétendait que son fils (Camille) avait reçu en Lorraine, par la préséance de Vaudemont qu'il y avait essuyée, l'outrait d'autant plus que, brouillé luimême avec M. de Lorraine, par la hauteur avec laquelle il avait arrêté ici tout court les prétentions de Vaudeinout, et dont il s'était élevé contre sa préséance sur eux, il lui devenait fort embarrassant de laisser son fils à la petite cour de M. de Lorraine, et encore plus amer de lui faire perdre quarante mille livres de rente qu'il en recevait, eu le faisant revenir, et ne voulant pas l'en dédommager. Après bien des fougues, madame d'Armagnac, bien moins indifférenle que lui à se soulager du prince Camille aux dépens d'autrui, fit en sorte qu*il demeurât en Lorraine,