‹ Histoire de RoyaumontChapitre 110 sur 263 · LIVRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TREIZIÈME

caveau Royaumont marcha sur leurs Iraces. Mgr François-Armand de Lorraine fut jaloux d'avoir sa place à Fombre dn clottre de Royaumont. Royaumont travailla,

comiue Aancy, à grouper, par ordre, d'augustes restes inanimés. Qui ne se livre à de tels projets, quand le soir de la vie se fait, et quand l'existence a été agitée et dépensée dans le tourbillon? On réve le repos au terme de la vie. Nous portons le besoin de l'arrangement et des classifications jusque dans la mort, et nous appliquons les châteaux en Espagne jusqu'aux questions de cercueil; lerrible témoignage de l'infirmité inhérente à toute combinaison humaine I Mgr Armand de Lorraine, en prétendant allonger à Royaumont le cyde des tombeaux des membres de sa race, comptait sur la permanence indéfinie du domielle funèbre. Les Lorraine se croyaient à jamais abrités à Royaumont. Mais, les modernes le savent, rien ne peut assurer en ce monde que la postérité respectera l'asile de nos cendres. On était en 1728,. quand Mgr de Lorraine rendait le dernier soupir et venait prendre place dans la

* La construction de la chapelle-ronde à Nancy remonte au régne du duc Charles III, surnonuné le Grand; il en fit jeter les fondements dans l'enclm du eoavent des cordeliers, à l'angle septentrional du cfacear de relise, où déjà se voyait le tombeau de son bisaïeul René fondateur de ce monastère, ainsi que ceux de plusieurs autres souverains, princes et princesses de la maison de Lorraine, brandie de Vaudemont. Achevé sous le régne de Henri II. ce monumept 8épul<9«t fut, tm ^ècle plus tard, enrichi de mausolées, de bas-reliefs, d'inscriptions, par la pieuse munificence du duc François l!f, vin^t-soptièmc et dernier souverain de la dynastie ducale fondée par Gérard dWlsace.

Aux dépouilles mortelles de ses glorieux ancélres déjà rassemJblés dans le ca?eau de la chapelle-ronde, ce prince fit réunir, en 1743, celles qui pins anciennement avaient été inhumées dans l'église collégiale de Saint-Georges, aussi (!o f Huhitiou ducale, monument qui, à cette époque, fut démoli, le chapiti'o ayant été supprimé. Pareille translation eut lieu en 17(>'2, de l'église de Vaudemont dont le chapitre venait d'être réuni à cciui Ue Bouxières. Les restes du prince Henri, fondateur de cette collégiale, ainsi que ceux d'Isabelle de Lorraine, son épouse, d'Antoine, comte de Vaudemont, et de Marie d'Harcourt, épouse de ce dernier, furent solennellement transférés au caveau des cordeliers à Nancy. [Voy. le Provis-verùal de la tramlatUm des dépouilles mortelles des anciens souverains, princes et prineetta 4» la mtàmm de lammie, en iSSS.) %

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chapelle de famille, l\ ( ùté du comte d'Harcourt. Gomment prévoir alors que 1795 disperserait au vent ce qu'on recueillait avec tant d'amour en 47^28? Tontefois, les

restes de Mgr Armand de Lorraine vinrent reposer dans le sanctuaire de Royaumont; on grava sur son cercueil cette inscription : « Cy gist, très-haut et très-puissant prince Mgr François-Armand de Lorraine, abbé de Notre- Dame des ChatelKers, de Saint-Faron et de Royaumont, évùque de Baveux, décédé le 9 juin 1728, âgé de G5 ans. Bequiescat in pace. » Le R. P. abbé dom Guillaume Sallé de liruyères avait été le dernier abbé régulier qu'on ensevelit à Royaumont. Mgr François-Armand de Lorraine fnt le premier abbé commendataire dont l'inhumation eut lieu dans l'abbaye fondée par saint Louis; on verra (ju'il on sera aussi le dernier.

Cependant on avançait dans ce dix-huitième siècle, si gros de tempêtes et que le régent, ce grand apôtre de la décadence, avait inauguré. Charles-Henri Phelipeaux de Pontchartraîn devint abbé deRoyaumonl en 1728 jusqu'en 1734; après Pontcbai train, Fabbaye de Royaumont eut pour abbé commendataire, Henri-Maria-Bernardin de Rosset de Geilhes de Fleuri, qui l'ut successivement archevêque de Tours et de Cambrai , et dont le règne abbatial dura près d'un demi-siècle de 17S4 à 1781 . En traversant l'histoire des destinées de l'abbaye de Royaumont, pendant le ré^ne de ces deux abbés, on est frappé de deux singularités qui résument la période historique de 1730 à 178^; l'une qui est Vimmortalité prétendue inexpugnable des institutions monastiques, sur laquelle on semble compter à Royaumont avec une quiétude béate qui élonne ; l'autre qui consiste dans les symptômes sinistres et incessants de catastrophes prochaines qui se préparent, de bouleversemenis qui semblent devoir changer fout le système de la société.

Distraction surprenante en des hommes graves, disUnguès et observateurs I II ne vint pas en idée à l'abbô'de

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Poutchartrain, que Fabbaye de Royaum ont pouvait mourir, tout a un terme ici bas, tout finit ; les institutions des hommes, les empires, les ouvrages de nos mains, meurent

comme les fleuves tarissent, commes les fleurs se tlessccheat. ii n'y a que la grande société religieuse qui possède des promesses d'immortalité sur la teiTe : tout le reste étant infirmeetcaduc, Royaumont pouvait mourir,au cas quel'abo baye fât abandonnée à un souffle délétère. L'abbé de VontcliarUam ne se demanda môme pas si Royaumont était dans ce cas; il semljlait participer à la maladie générale de répoque,à unequiétude béalc dans la persuasion indolente, d'un éternel statu quo* L abbé de Poutchartrain, homme d'une véritable valeur, était vicaire général de Bourges, docteur en théologie delà faculté de Paris, fils de Jérôme Phelypeaux, comte de Pontcharlrain, baron de Maurepas, conseiller d'Étal, commandem' des ordres du roi, et de Ghrétienne-Éléonor e de Roye de la Rochefoucauld de Roucy . La science et les vertus avaient devancé en lui les années ; et, en 1751, le 23 mai, n'étant encore âgé que de vingl- Imil ans, le roi l'avait nommé pour succéder à révêclié de Blois, après la mort de Mgr de Caumartin*. Nulle part on ne découvre une trace d'une idée réflexe de l'abbé de Pontcharlrain, sur la question par exemple de la légitimité ou de rillégtmitéde Pinstitution des commendaf aires par rapport aux abbayes. Quand on avait de la foi, de Tintelligencc et de la cuubcicncej il y avait à se dcmauder s'il était loyal et équitable de rester à l'état d'abbé coinmendataire, et si ce n'était pas faire subir à l'abbaye de Royaumont le supplice de Mazeppa, si on n'attachait pas un vivant à un mort, pour qu'à la longue, dans ce voisî-, nage d'un cadavre, le mort saisit le vif, et l'abbaye vint à s atrophier dans une étreinte glacée.

Ce jeune prélat, évêque nommé de Blois, mourut le 24 juin de la mémo aiiiiée. 1731. — Uistoire mamiscriti' fh' FFr/hw de lilvis, h \\'\èdn) de Blois, — et Diciioumire des scieuces ecciaiastiqueSt pa^-' te U. P. tUcliard, article Blo».

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11 n'était que trop vrai que Tordre de Giteaux était dé? chu des hauteurs oû l'avaient élevé autrefois les exemples

de vei lu qu'il duiiaail primitivement au monde, sa péni- . tence surtout, ses persévérants labeurs, le fidèle accomplissement de la mission qu'il avait reçue de défendre partout les intérêts du saint-siêge, et de combattre les éléments d'erreur et dë division que les siècles cherché^ reiit à introduire dans le corps chrétien. Oui, il avait perdu cette utile et glorieuse influence qu'il exerçait dans l'Église et sur la société, dans les conseils ^es papes, comme à la cour des rois, au manoir du seigneur et spus la cabane du pauvre. On pouvait expliquer les faits en assignant des causes diverses. Selon une opinion respectable', qu'on a exposée dans les livres précédents, l'origine de la décadence aurait historiquement pour date préme l'époque du malheureux abandon qui fut fait de la dkrnie de chanté^ statut fondamental de Tordre, au treizième siècle. Tout à la fois, la déduction philosophique et les faits confirmeraient Tassertion que la décadence de l'ordre de Citeaux trouve son origine première dans la , Clémentine. Jusqu'alors, Tordre vraiment florissn ut illuminait le monde par la splendeur de sa sainteté et de ses vertus. A partir de Clément IV, il ne fait que déchoir. Ne pouL-ou pas en conclure que la décadence provenait de ce qu'où avait déserté le drapeau du premier institut? L'étude de ranciernie et de la nouvelle constitution, au chapitre vital de VÈleeiion des abbés^ et des Relations des ahbayes entre elles ^ n'achèverait-elle pa3 d'établir que l'altération de l'ordre tenait à l'altération de la constitution primitive? Les coutumes et les usages conli aires qui prévalurent portèrent peu à peu leurs fiiiits, et prirent des proportions immenses. Peu à peu, le niveau religieux de l'ordre baissa; son tempérament affaibli par un dévc-

< Voy. ua écrivain cistercien de noire époqoei tWeur des AmuUes iPAi=^ gueOeÙe»

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loppement trop rapide, ne fût plus de^nature à supporter

le régime énergique que lui avait imposé saint Étienne. Sans doule, la ferveur régnait, la régularité et la discipLiue n'avaient reçu nulle part aucune grave atteinte, maïs l'antique simplicité de Tordre avait disparu; la va« mté> l'ambition, le désir de dominer, l'amour du faste et de la grandeur, l'orgueil déguisé sous le masque de la dignité personnelle, avaient trouvé accès dans le cœur de quelques abbés.

Bien que cette explication du phénomène de décadence cistercienne soit à la fois scientifique et historique, ce n'était pas la seule raison par laquelle un observateur pût se rendre compte de ramoindrissement de Royaumont. C'est dans l'esprit du temps peut-être qu'il fallait cliercher . surtout rexplicatioii de l'état intérieur des monastères au dix-huitième siècle. La phalange sacrée ne pouvant grossir ses rangs c|ue par des recrues , ne sait*on pas quels élénicnls iciViictaires apportail le dix-huitiènie siècle, et quel caij on coinmenrait à faire dans le iiiuiide des vœux monastiques ? Pour que des plantes prospèrent et grandissent, il faut un sol qui leur soit' sympathique, il faut le climat que la natui'e leur assigne. C'est justement cet esprit du temps, avec lequel Fabbé de Royaumont ne songeait pas le moins du monde qu'on eût à compter. Hétait jeune quand il eut la commende de Royaumont; à peine atteignait-il sa vingt-deuxième année; mais il était decette famille desPhelypeaux, illustrée depuis le seizième siècle par onze secrétaires d'État et par un chancelier, et dans laquelle le secret des grands expédients politiques semblait héréditaire; il était le petit-fils de Louis Plielypeaux, comte de Pontchartrain, dont le président Uénault . vante les talents supérieurs, et que Louis XIV avait nommé chancelier de France pour le récompenser d'avoir comblé le gouftic des caisses épuisées de l'État, en spéculant sur la vanité française, en vendant des charges nouvelles

IlISTOlUE DE HOYAUMOI^T.

et des lettres de noblesse. Gomment l'abbé de PpntchartraîÀ ne se demanda-t-il pas ce que l'on pouvait et devait accorder à l'esprit du temps, dans quelle mesure on le pouvait? Y avait-ii à réagir, et en avail-on la puissance ?

L'abbé de Pontchartrain vit, dans Tordre de Citéaux, une petite querelle de juridiction, résolue devant les parlements, mais ayant pour objet une question d'admt-

nisiration soulevée par le zèle des études. 11 élaiUlécidé que toute agitation ne mènerait qu'à des conclusions stériles. Une produisit le jansénisme de Mgr de Lorraine? On s'agita beaucoup en 1750 et jusqu'en 1755, pour Taffaire de Pancien collège de Saint-Bernard, à Toulouse. I! avait là un bon symptôme et un mauvais symptôme. La jircucrnpation, chezl al>l>e de Cîtcaux, défaire relleurir les éludes dans le corps des bernardins, était d'un bon au* gure ; mais le côté regrettable était de retrouver, dans un corps religieux qui avait eu tant d'éclat dans le passé, une nouvelle querelle de susceptibilité, un nouveau conflit de jui iiiiclion. Autrefois, les religieux répandus dans iesdifiëreuts monastères deGu venue, de Languedoc etdcNavarre, venaient faire leurs études au collège renommé de Saint-Bernard, à Toulouse. Lorsque ï'rançoisi'', de retour de sa prison, à Madrid, fit son entrée solennelle à Toulouse, un incendie se déclara sur un point de la ville, par suite des réjouissances publiques, et, le feu s'étant communiqué au collège, on dispersa les étudiants; et, depuis, le cours d'études était demeuré suspendu pendant cent ans. On avait songé à rétablir ce collège en 1625. L'abbé de Ponti^^^ny, député à cet effet, se réunit à d'autres abbés de la province méridionale, dans le monastère de Bolbone, et porta, en 1627, une ordonnance de rétablissement du collège de Saint-Bernard de Toulouse. Selon lui, une certaine ignorance qu'on remarquait dans les membres de l'ordre provenait de l'interruption des cours; et

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