‹ Histoire de RoyaumontChapitre 114 sur 263 · LIVRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TREIZIÈME

ilef dans le temps de la cuuiume. La dame, les religieux et les léiiioins signèrent l'acte de l'hommage rendu, dont il fuf délivré copie aux religieux et à la dame, après qu'on eut fait contrôler la pièce par-devant noiaire à Beaumont le 7 novembre 1751 ^

On redouble d'étonnemenl lorsqu'on s'nperçoil que, sous le long règue abbatial de Mgr de Kossel de Fleuri, on ne se préoccupa point davantage dé rendre 1 abbaye de Royaumont plus florissante et plus régulière. Et cependant, à partir de la seconde période du dix-huilième siècle, les symptômes éclataient de toutes parts, prophétiques et annonciateurs d'une secousse immense, de quelque façon d'ailleurs qu'on interprétât l'ébranlement qu*allait recevoir le vieux monde, puisque une partie de la société se croyait à une époque de décadence, tandis que, polir d'autres esprits, on était à une époque de transformation latente.

Mgr de Rosset de Fleuri, né dans le diocèse de Narbonne le 26 août 1718, était le troisièn{e fils de Jean Hercule de Rosset, duc de Kleui i * t pair de France, et de Marie de Rey% et par cela même petit-neveu du cardinal de Fleuri, qui, après avoir élevé Louis XY, était devenu son premier ministre. Celle parenté indiquait que le jeune abbé de Rosset de Fleuri devait atteindre au faite des honneurs ecclésinsti(îues. Ou n'élaii pas impunément le parent d'un ministre dont la politique , malgré ses

* Voy. au Cartulaire de Hoyauntont Messire François Moreau, procureur

nu Ch&tetet de Paris, acquiert Goarnay et rend foi et hommage à rbôiel de mesAîcurs de Hoyaumont, à Nontataire. Claude (iuciiin, capitaine des cliassos de Royaumont» avait pouvoir de l'abbé et des reli^fieux, pour recpvoir la foi et liomninfre. T,a formalité eut lieu le 8 novembre 17'20, en pré- <:eMce de Louis de Urebau, receveur de l'abbaye de KoyauinoiU. L'aveu cl dénorabrenieut se faisait sur parchenau signé du Tassai» du notaire et des témoins, dûment contrôlé; on le portait ensuite au seigneur dom'inant en son cliàteau.

* les Rosset'étaieut du Rouerjruc et de la Provence; les Flcui i, du I.nnj;iiL'dMC. Rernardin de Rosset, père de Jean Hercule, avait épousé, en lOHO, Marie de Fleuri, sœur du cardinallde Fleuri, qui fut ministre de Louis XV.

UISïOiRË D£ ROYAUMONT

^ timides sinuosités, avait toujours réussi depuis l'année 1726 jusqu'en 1740; qui, par sa coiislante confiance dans Ténergie du pays, termina, non sans gloins, la guerre contre Charles VI, obtint la Lorraine pour la France, et sut mettre tin à la guerre de 1733 par une paix qui donna quelque repos à l'Europe. Le neveu du ministre, Ifenri-Iieruard de Ilosset de Ceillies de Fleuri, fui nommé chanoine de Paris en 1 755, el abbé commendataire de Royaumont en 1734 ou 1736. Mais ce n'était pas suffisant pour le neveu d*un ministre de la France, et le temps de la pluralité des bénéfices n'était point passé. 11 eul, après la mort de Mgr lleini-Louis de Coislih, l'abkaye célèbre de Saint-Georges de Bocherville, près de Rouen, fondée au onzième siècle par Raoul de Tancarville, chambellan du duc Guillaume le Conquérant ; mais la chronique de l'abbaye de Saint-Georges dit que' Henri-Marie- Bernard deFIeuri laissa la crdsse abhalialede Saint-Georges en 1758 pour prendre le gouvernement de l'abbaye de Resbec K 11 fut tiésigné archevêque de Tours le 27 décembre 1750 et sacré ie 20 juin 1731 en présence du roi et de la famille royale. Plus tard, sous Louis XVI, il était transféré, en 1774, à l'archevêché de Cambrai, el prenait en celle qualité le titre de prince de 1 Empire el d'archevêque- uc.

Un manuscrit fait foi qu'à Cambrai comme à Tours, Mgr de Rosset de Fleuri se montra un très-digne prélat, plein de verlus et de- mérites, s occupant avec zèle de bonnes œuvres, bon et charitable ; les manuscrits ajoutent, qu'il élail « très-occupé du spirituel et trèspeu du temporel, qui était entièrement administré par un intendant*. » Mais il est douteux que le nouvel abbé de

* Esitai historique et descriptif de l'abbaye de Saint-Georges de Bocherville, par Achille Uuville, Rouen, 1827, p. 94.

*Cel intendant se nommait Prado ; il fit trop valoir les bien^ ; ce qui ocrasioniia des murmures et diminua la considération dont jouissait N. de Fleuri, principalement dans la partie autridiienue du diocèse.

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Royaumont eut cotte forte et \ij^oureuse stature morale, que réclamait la difficnlté des temps. Il était de la race des Fleuri ; le cardinal Fleuri, son oncle, avait montré un esprit iranquUley qui lui faisait craindre les esprits actifs et profonds qu'il écartait trop des affaires. L*abbé de Royaumont acheva des constructions d'hospices à Tours, reçut dans son palais archiépiscopal et nourrit les hahitants de la campagne, à l'époque de l'inondation de la Loire de 1755, travailla dans le Nord, avec son chapitre, à la réforme du bréviaire de Cambrai, et prit des mesures soit pour faire fleurir Téloquence évangélique, soit pour régénérer soucie rf(é au luojen de retraites ecclésiastiques annuelles*. Mais sa placidité, relalivenient à l'abbaye de Royaumont, fut trop grande. C'est un redoutable spectacle de voir, à cette époque, la profonde ou du moins l'apparente quiétude des représentants de l'ancien ordre de choses, pendaul que, de tous cotés, l'état social était miné. Sous Louis XV plus rien ue tenait. A l'extérieur, le gouvernement avait les mêmes moyens de forces ac« quis pendant des siècles ; mais le prestige de la monarchie baissait visiblement à tous les yeuic. Il se fait dans les choses, à certains moments de riiisloirc, uue combinaison telle, que leur cours prend une direction différente de celle qu'elles avaient auparavant. On continue d'aller, quoique en cheminant sur un terrain miné ; un jour, un événement quelconque fera que l'enveloppe qui dérobait la vue du nouvel ordre, sera percée ou déchirée. N'y avait-il pas, sous Mgr dellosset de Fleuri comme sous son successeur, à l'égard de Royaumont, connue à l'égard de tous les monastères^ cette confiance irréfléchie qui perd tout, en tenant ceux qui jouissent bien persuadés

* Il réunisstiit les prôtres de son diocèse; et un [nrdicalour aposloiique leur rappelail avec feu la hauteur de leur mission au sein des peuples, 1» grandeur el le détail des devoirs du saint ministère, la nécessité d'y rti> pondre et la manière efUeace de réaliser ridéal du prêtre évangélique.

m HrSTOlRE DE BÛYAUMONT.

qu'il n'y a qu'à continuer? Mgr de Rosset de Fleuri, qui fut à la tête de l'abbaye pendant un demi-siècle, aurait pu régénérer l'ouvrage de Louis IX, s'il ne venait dans la série des mouvements de l'humanité des époques de slaf^naiion générale où les fortes initiatives périssent partout.

Qu'à partir du milieu du dîx-huitième siècle, on fût ar- , rivé à une époque . où l'approche de changements considérables en toutes choses sous des formes vaguement ' pressenties, fût visible et sensible à tous, cela est historiquemonl certain. 11 s'était formé une sorte d'opinion commune qui, croissant peu à peu, se répandait partout, ' sans qu'on pût trop en démêler la première origine, mais dont on apercevait les progrès. 11 y avait, sous le nom qu'on voudra employer, l'insllnct d'une réformation indispensable, les symptômes d'uu chan^rement, d'une révolution qui se préparait. Entrainéb sur ou ne sait quelle pente, tous les esprits étaient portés à discuter le passé et te présent, la royauté, là reiigioa; il fallait que bien des abus resles de la barbarie, des traditions féodales, de la superstition et du fanatisme, fussent balayés du sol français. Dés 1750, V Encyclopédie commença à paraître. Cette ^'iganlesque publication, accueillie chaleureusement en Europe, malgré son alliage de vrai et de faux, était le symptôme d'une ère de transition très-marquée, en même temps quVUe était une machine de guerre.

Toujours l'humanité olïrira deux ;^iaiKlL> nuances d'hommes et de partis : le parti dos idées et le parti de l'action. Quiconque se Halte d être un homme de bien, devra dans sa mesure, être à la fois l'homme de ces deux partis. L'avait-on bien compris, à rhôtel abbatial de t!oyaumont, ainsi qu'aux palais archiépiscopaux de Tours et de Caiid>rai ? Des 1750, il était évident que la France était entraînée dans un grand et double mouvement d'idée et d'action, et il n'était loisible à aucun Français, ec-

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