LIVRE TREIZIÈME
Toutefois, la préoccupation du mouvement universel
de i opiiiion n'interdisait pas aux moines do lU v iuukhiI de faire face à des nécessités d'urgence f|in se déclaraient dans leur monaslèro. Avant tout, ils devaient s'inquiéter de la marche du philosophisme qui s'organisait dans tout Vempire, et devenait une puissance redoutable en l)ravnnt Ions les pi incipes. C'était un signe alarmant d'apprendre que de toutes parts des associations elaiideslines réclaniaient la liberté et se faisaient légitimer par Je gouvernement du duc de Ghoiseul et de madame de Pompadour'* Néanmoins, outre le cours régulier des choses, le couvent de Bovaumont eut à aviser à des Hènemenls locaux et à des atfaires imprévues. Rien de plus louable que le soin apporté aux reslaui ations de Tabbaye an dix-huitième siècle. On plaça à Ja porte principale d'entrée de la maison des hôtes une porte grillée, assez élégante, dans le goût du temps, et qui se voit encore dé nos jours. On y dislingue deux crosses en fer qui étaient
* Le mouvement de la mode et rengoucincnt étaient arrivés a l'apogée. Le pbilosopbisnie, protégé à la eour, triompha dans la capitale, s'accrédita
dans les provinces, entraîna coiuiiio un torrent toutes les classes de sujets. 1,3 manie philosopliisto travailla lonfés les têtes; c'était commr Tinn épidémie. Comme 1 iiomine de lettre et 1 acadénilcion. le grand seignoui' cl 1 abbé de loUeUe se disent philosophes par principes ; d'autres le sont par air et par imitation; et comme il serait du ton iMurgeois de ne l'èire pas, il faur au moins apprendre a l'être. Los livres ne suffisent plus à l'ardeur des disciples; comme on n « m» mnître fiante ou d'escrime, on veut avoic son docteur en pliilosupliio; point d'iiôlcl ({ui n'ait le sien. Aucune table î-plendidè que ue doive égayer un philosophe; aucun cercle léger, point de soctéié de femmes où ne dogmatise un philosophe, et. surtout, point d'éducation distinguée (jue ne dirige un pliilosoplic, l ord AValpole, chargé d'affaires d'Angleterre aupns du goiivcrnfiiieiit li aiigais. ('rrivait, eti ITt'».*», nu i'eld-maréchalCouway : a Vous parler ûes phtlogophc^ cl de leurs sentiments, vous paraîtra tua doute une étrange dépèche politique. Hais saves-vous ce ({ue c'est que les pAi/MORAei, ou bien ce que ce mot veut dire? D'abord, il désipiitî mpreftque tout tr monde; en serniid lieu, il sigiiinc des liornmcs qui, sous prétexte de •^nei i p qu Us font au catholicisnio, loiuleiil, les uns a la subversion de toute religion, les autres, et en plus grand nombrc à la destruction du pouvdr monarchique. » (Lettre du 98 octobre 1765.) Il n'est pas jusqu'aux portraits de Voltaire et de Bousseau quii n'excitassent une vogue maladive en France. Leurs buptos, dit un personnage du dix-huitiènif? siècle, avaient remplacé les .signes religieux qu'honoraient nos pères dans
410 HISTOIRE DE ROYAUHOKT,
peut-être dorées à cette époque, ainsi que deux ëeassons
qui portaient les armes de Tabbaye, mais dont il ne reste aujourd'hui que les cadres ovales. Les armes de l'abbaye de Royaumont étaient d'azur à trois fleurs de lis d'or 2 et i écartelé de gueule à trois tours crénelées d'or 2 et i ^ Les moines du dix-huitféme siècle furent moins bien inspires dans les modifications qu'ils firent subira la distribution des appartements dans- la maison des hOtes. On. y voit un bel escalier en pierre ; malheureusement on employa pour cet escalier les pierres des tombes où Ton distingue encore des inscriptions et des effigies. VA du reste Ton ne paraissait pas comprendre mieux en 1 705 qu'en 1672 la nécessité de renoncer à i'arcliitecture grecque et romaine dans les restaurations à faire aux édifices de style gothique ; on n'avait pas plus d'horreur des grossières disparates. Est-ce à dire qu'il faille tout. blâmer dans ce qu'entreprirent les religieux de Royaumont à cette époque? Non assurément; ils firent preuve
leui's salons, dans leurs cabinets et leurs oratoires. £t que n'avait pas droit de présager le sage sur la destinée d'une nation, où il voyait les savants en
délirn et les grands ab&tardis, le grave magistrat et la femme de qualité raffoler de pareils hiitriojïs, dit In inAiiiP pcrsonnnp-o, les proclamer leurs docteur^, pâlir sur leurs écrits, idolâtrer leur efli^^ie? [TaMcan des causes nécessiiantes dii la Mvolulion.) Tel fut l'empire de la mode, que i engouement de la philosophie, ayant gagné toutes les classes de la société française, devint contagieuxà l'étranger. OnappeUaitaj^en/j» littéraires, h PHris, l'espèce d'amli:\ssa(}eurs que les princes étrangers entretenaient aiîi)rès de b puissance philosophique. D'Alembert se plaignait de succomber sous le poids de cette augusic correspondance, jour et nuit occupé à expédier, pour des princes et des seigneurs, des instituteurs des gouverneurs, des secrétaires et des intendants, des directeurs de bihliothèque t t des fondateurs d'aeaf}«'nii»'s P A leuihert comparait les souverains, qui abjuraient la religion pour sa piuiusupliie, à un clmpelet qui se défile. — Voltaii'e, qui voyait encore mieux que lui le diapelet se déliler, lui répondait : < Nous avons pour nous rimpiânitrlee Catherine, le roi de Prusse, le roi de Danemark, la reine de Suède et son fils, beaucoup de princes de l'Empire et toute l'Angleterre. » (Lettre à d'Alembcrt, du 25 nov. 1770,) — Il écrivait au roi de Prusse : « Pour l impéraU-ice de llussie, la reine de Sué<ic votre sœur, le roi de Pologne, le prince Gitttsve, lite de la reine de Suède, j imagine que je sais ce qu'ils pensent. » (Lettre au roi de Prusse, du 21 nov. 1770.)
' ! (///. Gravures de In Bibliotliètiue impériale, et Dictionnaire nènHAO" gique^ héraldique f chronologique et historique de la Chênaie.