‹ Histoire de RoyaumontChapitre 123 sur 263 · II · texte numérisé non relu

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418 lliSTOlRË DË ROYAUMONT.

siècie^ Gautier Cornut, archevêque de Sens, celui-là

mêrnc qui, d'après la plupart des historiens, bénit le mariage de saint Louis^ Ce Gautier Cornut était fils de Simon Cornut, sire de Villeneuve, près Monlreuil, d*une dés plus anciennes familles de la Brie, et de Marguerite d'Aubusson, petite-fille du maréchal Clément du Mez. Il avait été aumônier et secrétaire des rois. Phtlippe*Âuguste et Louis VllI.

L'épiscopat français regardait ce prélat comme une de ses lumières ; la Bibliothèque historique de France cite plusieurs écrits de Gautier Cornut, entre autres : « Bistoria suàeeptîonis eoronk spine», » 11 mourut vers iâ40. Or, les Cornut de Ballivières, gentilshommes de Normandie, de famille ancienne, se rattnrhaient à ces Cornut de la Brie. Mais, ce qui est à remarquer, c'est que tandis que le mariage de saint Louis avait été célébré par Gautier Cornut, troisième du nom^ qui mourut en 1242, on vint justement à découvrir, au milieu du dix-huitième siècle, le tombeau de ce môme prélat, au moment où Ton lit, en 1775^ les fouilles pour 1» caveau de M. le Dauphin. A côté du cercueil de ce Gautier Cornut, était celui de Gilles F' Cornut, son. neveu et son successeur. Les corps de ces deux prélats furent trouvés revêtus de leurs habits puulitîcaux, ayant leur crosse et un jcalice. Il arrivait donc qu'au bout de 531 ans, un rejeton de saint Louis prenait dans les régions sépulcrales la place du prélat qui avait marié saint Louis ; mais, par une triste progression de ' coïncidences, tontes les extrémités de Koyaumont allaient se rencontrer dans l'abbé deBalliviéres, l'un des descendants de cette famille des Cornut, dont un membre èminent, au treizième siècle, avait assisté aux débuts si glorieux de la royale abbaye.

* B'après quelques historiens, Louis IX aurait loulu qu'Anselme, évé-

que de Laon» le mariât et couronnât Marguerite, comme pour réoompeaser en ptiMat do l'opposition qu'il avait eu la fermeté de faire aui riolences de Henri de Dreux» ardievêque de Reims.

L'abbé de Ballivières, dernier abbé commendataire, de« vint rexpressioii la plus complète do cette contiiiiice inviléchie, que Fou craint d entrevoir daas les religieux de Royaumontf à la Teille des grandes crises de la France. On verra ce nouvel abbé entreprendre à Royaumont des constructions considérables, prétendre è des résidences pî incières, et s'engager à des échanges relatifs aux immeubles que la manse abbatiale possédait à Paris môme. L'architecture et la bâtisse sont en générai les passions de ^ l'homme^ dans Tàge mûr : c'est dans l'âge mûr et à la fin de la vie, queThommeest saisi du besoin delà construction, » comme si le besoin de se perpétuer, de se constilucr en [)crmancnce sur la terre, trouvait une sorte de satisfaction par l'érection des monuments matériels. Uuiconque bâtit, fait, sans en avoir la conscience, une déclaration d'immortalité; et c'est ce qui est étrange, dans l'abbé de Royaumont, pour l'époque où il a vécu. On ne va pas balir, quand les générations, qui sont les forces nouvelles de la société, ne pensent qu'à démolir. 11 semblerait que, pour les moines de Royaumont et pour Tabbé commendataire, la marche du moiide, avec ses tendances menaçantes, eût dû inspirer d^ sombres pensées. Repuis quelques années, l'opinion devenait assez radicale, relativement aux abbaye?; on ne demandait plus si les moines étaient aussi utiles à l'Église qu'au commedcc' ment de Tére chrétienne ; on contestait même leur raison d'être, d'une manière absolue; un religieux, enfermé dans un cloître, était un iiidivitlu iuiililo au monde, enseveli dans son suaire d'égoisun spirituel ; on allait plus loin : c'est à cette époque que Ton soutenait les thèses de la dépopulation de la France, pat le célibat des monastères^ Les religieux sont nuisibles à la société : tel était le nou*

* Les ëoononiistes sont bien revenus de oette accusation qui rendait les

moines responsables du défaut d'accroissement de la population. On se plaint aii^ouni'Uui, au contraire, de Vexcéê de population; et ce n'est pas

veau point de vae, adopté par les écmaios français. Cest

cet état (le Fopinion, dont on aurait pu tenir plus de compte, à lioyaumont, bien qne des éclairs etdes pressenti menls vinssent de temps à aulie traverser le monastère.

L*abbé de Royaumont présenta, en sa personne, un phénomène commun à cette époque; tout à ]a fois l'abbé de Bailivières voyait et ne voyait pas venir la révolution. C'est que lorsque les événements se succèdent avec trop de rapidité, lorsque i'esprit d'iimovation arrive au pas de course, l'impression de beaucoup de citoyens ressemble à celle de gens hébétés qui ne comprennent pas ce qui s'accomplit sous leurs yeux, tant leurs idées et leur routine sont dépassées. Quel besoin de se- demander ce que M. de Bailivières pensait du travail de sécularisation qui gagnait du terrain en 1 l ance, lorsque l'abbé de Bailivières était très-sécularisé It^-méme? 11 attisait Tincen* die. Voyail-il le déisme français suivre les mêmes phases de déclin et de décomposition que le déisme anglais? Après que lord (ihcrbnry eut, le premier, formulé systématiquement le déisme, de 1624 à 1645, Antoine CoUins, qui vécut jusqu'en 1729, avait été moins timide que luf. Cherbury prétendant que la religion naturelle, avec ses faits intérieurs gravés dans Tâme de tous les hommes, suffisait iMitièrement à l'homme, avait Uni par passer du dogmatisme au dontc. Collins se hâta de conclure et de passer au naturalisme et à l'athéisme; il doutait de l'immortalité, et la vie future disparaissant, le principe déiste des peines et des récompenses s'ébranlait, et avec lui le devoir, la vertu, la loi morale. Chubb, qui se prolongea jusqu'en 1747, avait poussé aux conséquences extrêmes; son déisme était devenu le pur naturalisme, la déification de la nature et la négation de Dieu. C'est que s'il est si

l'institution monastique qui e^t chargée de rétablir l'équilibre. On aurait, paraît- il. en dciiors de la théorie de Malilius, des pratiques peu morales p9\ir reâtreiudre l'essor de la population.

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