LIVRE TUEIZIÈME
des récits prophétiques sur ce qui devait arriver. La même opinion se retrouvait chez les Grecs et chez les Romains. Cicéroii rapporte que la mort d'Alexandre le Grand avait été prédile par un esclave sur le point de mourir. Patrocle, dans -le seizième livre de VlHadey-àU' nonce la mort dllector^ et celui-ci prédit, dans ses der* niers moments, la mort d*Achille par la main de Pâris. La même croyance se reproduit dans les ouvrages de Virgile, qui fait prédire la mort de Mczence par Orodc, qu'il \enait de blesser à mort « Qui que lu sois, lu ne joui- « ras pas longtemps de la victoire ; ma mort va être
vengée; une destinée semblable à la. mienne t'attend, « et bientôt tu viendras me rejoindre. » L'abbé de fialltvières était-il le représentant d'un mourani, d'une inslilulion qui allait crouler d'une autre sorte; allait-il périr dans la décadence de Royaumont, et possédait-il, à ce titre, une certaine faculté de prophétie, on ne sait quelle intuition ou pressentiment? Il pouvait dans ce cas s'écrier comme John Graunt, dans Richard II de Shakspeare, avec la vague émotion delà deiiiiére heure: «Marquis, ((je me seîi^ en ce moment ^ animé (Vune impiralion pro- (( phétiqxte ^ » Mes constructions n'abriteront pas ma téle; je travaille à votre avenir ^. •
On verra que Tabbé de Ballivières aimait le jeu ; et * quand ce commendataire jouait son piquet chez madame de Polignac, si on eût jeté par exemple sur la table (lu jeu un livre qui allait paraître % intitulé : Mascaratles monastiques et reli^euseSy si les clercs et les moines en eussent lu quelques pages, s'ils avaient regardé les earî-
* ... Non me, quicuinque es, inulto, Victor, nec ioiiguin isctabcre ; te quoque fata ProspecUnt paria, atque eadem mox arra tend>it. ' HolbinkB, I am a prophei new inspired.
^ Voy. un travail lu par Henri Halford, vers 185Î, dans une séance du collège des chirurgiens de Londres, sur la Faculté de prophétiser atlri^ buée à quelques malades.
*Partt Fan l*' de la république, en 1792.
catures de la fin du volume^ ce& révélations de Tesprit public n'auraienUelles pas ébranlé' les placidités et Pas*
soupissement de cette société aristocratique et cléricale de In fin du dix-huitième siècle? On ne sait ce que lisait l'âbbé de Ballivières. Il ne put connaître sans doute le pamphlet de Giacomo Carlo Rabelii. L'abbé aura quitté la France au moment de la publication. Mais, cependant, était-il si difficile d'atteindre alors au rôle de prophète? Ne fallait-il pas s'attendre à un dénoûment fatal, qu'amèneraient inévitablement et Tagitation insolite des esprits et la révolte générale contre les abus judiciaires, administratifs, politiques, et les demandes de réforn^e qui retentissaient de tous les points de la France? L^ére (les prophéties poliliqucs n'élnit-cUe pas ouverte depuis le commencement du dix-huitieiiic siècle? Fénelon Bois-Guiliebert -, le marquis d'Argcnson ^, la duchesse de Ciiiàteauroux \ lord Ghesterfield '^y Rousseau % Voltaire ^,
* Féiieloii sonnait l'alarme en 1710 : c C'est une vieille machine délabrée qui va encore de l'ancien bà aale qu'on lui a donné, et qui achèvera de .se liriïer au ^^emiet dioc. »
* Il disait, dte 1697 : « Le procès va fouler maintenant mire ceux qui payent et ceux qui n'ont fonction que de recevoir. »
^ Le marquis d'Ai'genson réclamait, dans ses Considérations jSur le gouvernement de la France, écrites avant 1739, la décentralisation, l'abandon de toute Tadministration locale ft des conseils munioipaiix et cantonaux, la liberté du commerce, au dedans et au dehors, l'application du scnUin au choix des officiers royaux; il disait que « deux choses seraient principalement à souhaiter pour le bien de l'État : l'une, que tous les citoyens fussent égau:( entre eux; l'autre, que chacun fût fils de ses œuvres. »
* La duchesse de Chàteauroux, qu'on n'a pas à apprécier id, la seufe flamme qui aurait voulu sortir î.ouis XV de sa torpeur, c vojaît venir un grand boulcvers(Mnont, si l'on n'y portait remède. *
^ (( Tout ce que j'ai jamais rencontré dans l'histoire de symptômes avantcoureurs des grandes révolutions, disait lord ChesterSeld, existe ai^udiement en France et s'augmente de jour en jour. •
^ Rousseau rnvnii des pens effrayés; il fut consulté, dit-il, en 17G1, par un conseiller au parlement de Paris, sur le choix d'un asile en Suisse, il ajoute : a Cette lettre ne me surprit pas absolument, parce que je pensais comme lui et comme beaucoup d'autres, que la constitution déclinante menaçait la France d'un prochain délabrement » Deux ans après, le parlement de Rouen, disait au roi lui-même : < Les maux sont à leur comble et ^ésagent ravenir le plus effrayant. »
Voltaire écrivait, le 2 avril 1701, au mai'quis de Chauvelin : c Tout ce