LIVRE TK£1Z1ÊH
avaient bien exprimé des pressentiments, des alarmes ou
des vœux sur les prochaines deslinccs sociales de la . France , de nature à ouvrir les yeux des inoins clairvoyants. H n'y a aucune raison de soupçonner que l'abbé de Ballivières ait manqué d'apercevoir ces symptômes avant-coureurs d'un grand changement. Une lettre du roi de Prusse à Voltaire, du l'2 juillet 1777, était assez sinistre'; i'abbé de iiuyauïuont était intéressé à en mesurer la portée, à en poser tous les termes; Frédéric y annonçait la prochaine fin des moines, la sécularisation des abbayes et des couvents.
Est-ce à dire, que Ton ne prévît rien, dans le cercle des intéressés? Les habitants des cloîtres s'étaient-ils fermé les yeux, lorsque parut Tédit de 1749, déclarant que, désormais, aucun nouvel établissement monastique ne se formerait sans Tautorisation du pouvoir politique? S'endormaît-on dans Foisive ignorance, qui laisse grossir le danger sans prendre de précautions? S'imtuobilisnilon dans cette torpeur détestable, compagne assidue du relâchement, présage des catastrophes et de l'immoralité qui les prépare? Était-on les derniers, à Royaumont, à s'apercevoir que la lassitude, à l'endroit des maisons conventuelles, montait dans les régions otticielles de l'autorité 2 Enfm, l'abbaye de Royaumont dans le dix-
que je vois jette les semences d'une révolution qui arrivera immanquablement, et dont je nîaurai pas le plaisir d'être témoin. Los Français arrivent lanl à tout, mais enfrn iis arrivent. La lumière s'est tellement répandue, de proclic en proche, qu'on «Vlatora h h promière occasion, et alors ce sera ' un beau tapage. Les jeiiiies gens sont bien heureux; ils verront de belles choses. » c4 belles choses furent mêlées à d'affreuses choses, qu'on aurait pu prévenir, dit un historien de notre temps (M. V. Duruy), « en cédant plutôt à fisf- v(rux l(V'itimp>. n Voy. son Uifitoire des temps modernett qui signalé les aiiiuiiKO> de la pi eiiiii'ic n-volution.
* Le roi de Prusse éci ivail à Voltaii e ; « Le pape et les moines finiront sans doute; leur chute ne sera pas l'ouvrage delà raison; mais Ils périront à nic.sui*e que les fmancrs des grands Ktats se dérangeront. En France, quand on aura épuisé tons les expédients pour avoir des espèces, on sera lorcé de séculariser les couvents et les abbayes. »
4S8 ' HISTOIRE DË ROYAUMONT.
huitième siècle, ajoutait-elle, par ses exemples, à ce qu'on
a appelé le scandale des monastères? Y était-on déchu à ce point d'avoir contrilKié au discrédit doiif les nioines furent en générai frappés durant cette période uéiàste de nos annales ?
L'histoire doit porter ici son témoignage réparateur; et les derniers moines de Royaumont méritent, au mémé titre que tout le inonde, la justice et l'indulgente modération. Il faut le dire, au momenl uu les longues traînées de poudre, semées de la main de Voltaire, allaient dans une explosion terrible faire voler en éclats les anciennes institu* tions . Si le msA)mX\t€^ d'abord , a un sens parmi les hommes, il devient nécessaire de préciser et de circonscrire lu portée de ces grosses expressions de désordre et de corruption des monastères^ dont on ne cessait d'assourSir les oreilles dans le dernier siècle. Généralement, quand le clergé et les hommes d'État parlaient des désordres des cloîtres, de la décadence des institutions monastiques, on entendait le plus souvent signaler de simples infractions à la discipline du cloilre, mais plus rarement on voulait désigner de ces désordres qui font un attentat à la morale publique. Pour un moine, un désordre c'était tout ce qui s'écartait de la rigueur de son institut ^ de la sévérité primitive de la rèf^le, tandis que, dans le langage ordinaire du monde, un desordre signifie une transgression grave de la loi morale, ou des préceptes de rÉvangile. L'un n'était qn'une déviation de la perfection claustrale, qui, par elle-même n'était obligatoire pour personne; l'autre est une atteinte essentielle poi'Icc à la loi divine qui oblige tous les hommes. Qu'on examine quels sont les faits pour lesquels, généralement, saint Bernard criait de son temps au relâchement, et dénonçait des désordres intolérables? C'est que des religieux tempéraient un peu Teffrayante rigueur des jeûnes uioiiastiqucs, et qu'en certains jours et à quelques repas, au lieu de se contenter