LIVRE TREIZIÈME
baye. On a entendu les noms de plusieurs des derniers moines cités avec éloge* par des personnes recommaadables qui les ont connus, qui les ont vus à Royaumont ; on estimait le P. Ganonne^ dom Huard, dom Beaugrand : Tëloge éttit sincère, complet, sans réserve.' Assurément, rien n'élalt préciséincMl au niveau du jioint do départ. Ce . n'ôtail point celte glorieuse haine de soi, ces grandioses mortifications des temps héroïques de saint Bernard; mais il y avait à Royaumont une régularité relative.
Il existe néanmoins des opinions moins favorables. Selon d'autres, il ne faudrait mettre aucunes bornes% au relAcliement qui aurait gn<ïné l'abbaye. Celle opinion qui, pour le moins, a un caractère certain d'exagération, a été mise en avant presque toujours par le reste de celte généraûon du dix-huitième siècle qui était loin de passer pour l'élite de nos pères , et qui demandait avec une insistance maniaque la supp;:ession des couvents. On peut
* Nous avons con<;i)ltô des personnes d'avant 1788, et qui habitaient encore le pays de Royaumont en 4803, 1804.
*.Nous atons voulu faire une enqiiêlc complète ; nous avons connu les chansons misérables qu'on fit contre le P. Canonne, contre dom Claude Luxeuil et les autres. On hausse les épaules devant cette méchanceté de bas étage, et I on continue sa marche, sans trop remuer dans ces souvenirs iangeux de ia liu du dix-huitième siècle, alors que la société semblait se précipiter dans rablme. Rappelons que dans une chanson qu'on fit contre les moines de Royaumont, parce que c'était la mode d'en composer, on faisait rimer, dans des vers aussi grossiers que inédiocres, des noms de moines :
Dom Luxeuil et dom tanonne Excellaient à s'empifArer»
iusqu'A aàiBt tout le fond de la tonne.
Peu s'en fàllait qu'on ne les fit chanter comme cert^iin héros de )3dran' ger, ou oomme ce moine trapu d'un drame bachique et absurde ;
Le vin est nécessaire; Dieu ne le défend pas!
Il eût fait la v('iidani£.'c ainér«.
S'il eût voulu qu'un ne bût pas.
La chanson est jolie et prouve à révidence, L'abbé) que Dieu n'est pas contraire ft la bombance^
452 HISTOIRE DE ROYAUMÛKT.
ne pas sentir le rôle social des monastères, y être antipa-
liuquc iiiLinc ; mais quand on a de telles docti ines répulsives, on n'a '^u('vc le droit de revendiquer pour soi la sérénité de Timparlialité; on ne saurait exiger d'être cru, quand on formule des jugements apprêtés au %ei voltairîen, sur le compte d'un couvent déterminé. Admettons que les messieurs de Royaumont, en 1784 cl 1788, ne fussent pas tous des personnes distinguées ou des saints; ce n^était pas une raison de représenter le mopastère sous les couleurs qu'une opinion a voulu lui donner. On a questionné le Camp des railleurs ; les vieillards ont été interrogés, et au triste plaisir qu'ils éprouvaient à décocher leur malice sur les nioinos, on devinait qu'il y avait, sous ces cheveux blancs et dans ces esprits forl^, la prétention de se réhabiliter soi-même» ou de se ven* ger, en rangeant tout le monde sous le commun niveau d'une commune immoralité. Ils faisaient naturefilement songer à ^ es galériens poétisés dans un célèbre roman denotre époque, et dans lequel les hommes du bagne prétèndent qu'il n'y a d'honnétcs gens que les Ibrçats.
Jusqu'à quel point la lenteur, pour ne pas dire la mollesse, avait-elle pénétré à Royaumont pendant le dix-huitième siècle, c'est ce qu'il serait difficile de préciser. Il est du devoir de l'historien, toutefois, de confesser que les bernardins de Royaumont s'étaient un peu ralentis de leurs primitives et saintes occupations, et qu'ils participaient plus où moins de la maladie universelle qui avait à cette époque gagné tous les rangs de la société, et spécialement, il faut le dire, beaucoup de niaisons conventuelles. Un aveu des écrivains de la Gallia Christiana est curieux comme révélation des mœurs cénobitiques du dix-huitiéme siècle. Il parait que les bénédictins de Saint-Georges de Bochervillc. près Rouen, étaient accablés, au quinziêinc siècle, par ilt' s;iiiiics occupations, mais par des occupations aussi muilipiièes que