‹ Histoire de RoyaumontChapitre 130 sur 263 · LIVRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TREIZIÈME

entrèrent la bourgeoisie, la noblesse ainsi que les rois de l'Eiiropo, tandis que dans les rangs du clergé, on no rencontrait que tâtonnements et manque d'idées unitaires. 11 y avait du reste absence totale de grands hommes. Faut-il ajouter qu'à côté de qi^elques pieuses âmes, il y avait stérililé au point de vue des saints? Gomment surtout réagir contre l'esprit du temps qui rendait le moine si profondément inipupiilaire? Il y avait chez le laïqiiti un vif évoil de curiosité qui portait à sonder le fond des croyances religieuses et politiques, pendant que le clerc se faisait remarquer par là stérilité d'invention et le sommeil delà pensée. Les hommes d'Église n'avaient que Bergier et Nonnolle, . pendant que les idées nouvelles s'autorisaient des, Montesquieu, (les liuffon et des Voltaire.

il est de petits i'ait^ qui sont immenses de signification : comptez de ce nombre le dégoût qui s'empara du public pour le costume monacal* Un mouvement se produisait au dix-huitiéroe siècle, en sens inverse d'un autre mouvement qui se remarqua an onzième siècle. A celte époque du moyen âge, on vit un moment les populations en masse, saisies d'une ambition sainte, se plaire à se recouvrir du costume monacal qu'elles aimaient. Au femps de Voltaire et de Diderot, le contraire avait lieu; on prenait en antipathie jusqu'à Xhahït lui-même des moines. Un abîme se creusait entre les nouveaux goûts des sociétés modernes et les costumes qui rappelaient un âge de foi ; on y devenait étranger, puis hostile. On se souvient que dans les siècles reculés, l'opinion généralement répandue que le monde allait finir avec Tan 1000 avait frappé la f'énéralion d'alors d'une vèritnltle stupeur. Après que 1 heure fatale eut sonné sans emporter le. monde, la génération s'était relevée subitement, comme échappée tout entière à la destruction, et c'est alors que, dans un mouvement de reconnaissance, on vit du no'rd au midi, rois et peuple se précipiter au pied des autels. Ce fut à qui se

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surpasserait dans une lullc pieuse, en construisant des églises, en ibndanl des monastères, en étalant des costumes de moines, a On eût dit, comme parle un témoin oculaire, que le monde en s'agitant, eût rejeté ses vieux vêtements pour se couvrir dW blanc manteau d'église ^i» Mais celle popiilaiité du onzième siècle s'était convertie •au dix-huitième siècle en dé^affeclion Irès-caractérisée. On ne se faisait plus honneur, à cette époque, de ce qui faisait jadis l'orgueil de Guillaume le Conquérant» disant avec contentement à son lit de mort : «Depuis que je gouverne le duché, dix-sept couvents de moines et six de • religieuses uni été bâtis. »

Des efforts furent tentés assurément pour empêcher le siècle de s'égarer à l'endroit du courant qui entraînait hommes et choses,idées, sentiments et principes. Pas assez puissants pour dominer les forces contraires, mille causes paralysèrent ces criorls. Du sein du clergi partirent des vœux de réforme, et il faut convenir que, dès 170,'), bien des faits ne pouvaient laisser errante Taitention du clergé. 'N'avait-on pas vu des membres de la famille dégénérée des bénédictins donner un véritable scandale? En 1765, vingl-liuil bL'iicdiclins de Saint-Germain des Près, à Paris, avaient présenté au roi une requête contre leurs règles. Ils y demandaient à être débarrassés de leur habit, qui était selon eux singulier et avili aux yeux du publie^ à n^ôtre plus astreints à dire leurs matines à minuit, à être affranchis de Pobligation de Pabslinence. Le roi leur fit témoigner son ind'Kjnation^ le public gémit, et les supérieurs, ainsi que la plus nombreuse partie de la congrégation, s'élevèrent contre la requête. Cette réprobation presque générale oocasiohna de la part des vingt-buit une rétractation entre les mains de l'archevêque de Paris, mais ne changea rien à leurs dispositions ; 11$ avaient d'ailleurs

^ € Erat enim ut si imindas ipse excutiendo semct, rejecta wtustate, pusimcandidam eoctesiarum vestem indueifet. • (Glaber Radulph.}

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