‹ Histoire de RoyaumontChapitre 131 sur 263 · LIVR£ TREIZIÈME · texte numérisé non relu

LIVR£ TREIZIÈME

été excités, dit-on, à Tédat qu'ils auraient fait par un homme en place qui aurait dû ôtre des plus ardents h les

en détourner; le mauvais esprit, le germe des divisions, étaient semés à dessein dans ces contestations malheureuses par des hommes qui voulaient y trouver un motif pour réduire un corps si longtemps célèbre par la piété et le savoir. Cette influence fût du ihoins soupçonnée dans le temps; et d'ailleurs la pliilosophie n'avait-elle pas trouvé depuis longtemps des adeptes jusque dans les cloîtres?

Les philosophes, en France, s'étaient fait des patrons et dans le.clergé et dans une partie de l'aristocratie; le prince de Beauyau, le duc de la Rochefoucauld, le duc

de Nivernais, et tapt d'autres souienaient les idées libérales et leurs organes. M. de Ségur exprime très-naïvement dans ses Mémoires Pespèce de séduction que les idées nouvelles exerçaient sur une partie de la noblesse. « La liberté, dit-il, quel que fût son langage, nous plaisait par son courage; l'égalité, par sa commodité. On trouve du plaisir à descendre tant qu'on croit ' pouvoir remonter dès que Ton veut, .et, sans prévoyance, nous goûtions tout à la fois les avantages du patriciat et les douceurs d'une philosophie plébéienne^ » Les idées libérales, soit! mais on enveloppa, dans un é^al anathème, les idées chrétiennes et certaines vieilles idées . politiques.

Il y a des hommes funestes qui ne semblent créés que pour précipiter le naufrage de la barque prête à sombrer. Il suffit qu'ils veuillent mettre la main à l'œuvre de sauvetage, pour que le coniraire arrive; la perte esl assurée, quand on a de tels sauveurs 1 Tel fut le fameux Étienne- Charles Loménie de Brienne, cardinal, archevêque de Toulouse en 1765. Cet ecclésiastique, né à Paris de Til-

* J. Barni, Hisl. des idées morales et politiques au dix^huitième siècle.

m HISTOIRE DR ROYAIIMONT.

lusliv ramillo Rricnuo, finit par acquérir une vôrifahïo renommée. La Fayette lui-même le regardait « coinme uu homme d'un caractère élevé et doué de talents brillants.», Brienne avait assez de talent pour séduire^ assez peu de principes, de mœurs et de croyances, pour ne pas emr pôcher la décomposition. Sous la dictée de l'opinion, Louis XVI en fera un ministre, mais ce sera le plus malheureux des choix. Il devait arriver au pouvoir, précédé d'une immense réputation. C'est que sous Louis XV^ on Pavait cité comme un évêque administrateuTy sorte de ' mérite dont on faisait alors beaucoup de cas : et cela, parce qu'il s'était un peu appliqué aux affaires et aux intérêts de la province du Languedoc. On fe verra à l'œuvre; comme ministre, il devait accélérer la ruine de la monarchie; homme d'Ëtat, il n'avait de plan arrêté d*aucune espèce ; « arrogant et faible, il se laissera aller coup sur coup à une série de mesures maladroites et violentes, qui loin d'imposer à l'opinion ou de la satisfaiir ne serviront qu'à l'irriter et à l'aiguyionner ; il eût voulu pousser à la révolution qu'il ne s'y serait pas pris autrement^ » Voilà le futur ministre de Louis XVI. Mais, sous Louis XV, son prétendu talent d'administrateur le fit nommer de toutes les assemblées du clergé, où il acquit malheureusement trop d'influence. Brienne était, comme homme, aventureux et léger. Attaché dès sa jeunesse au parti philosophique, il avait commencé sa carrière d'une manière qui faillît être scandaleuse, en soutenant à la Sorbonne, en 1 / T)! , une thèse étrange que celle de l'abbé de Prades fit depuis oublier. Le malheur dos temps voulut qu'un homme de cette trempe ait été appelé à devenir le médecin de Finstitution monastique, au milieu du dix-huitième siède. Brienne venir sur les brisées de saint Bernard, n'était-ce pas le comble de l'ironie? On

* li; de Urey. Etudes gur iauk XVi et lê» auceeueurê de Turgoî. [CorreipoMlmti de mars 1K67,)

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