‹ Histoire de RoyaumontChapitre 132 sur 263 · LIVRE TRETZTÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRETZTÈME

oui nti oxciiiplo de la légèiclr avec laquelle il irailnil les aiTaircs» dans le rapport qu'il fit sur le concile d'Uti^echt^ ' et qui fourmillait d'inexactitudes. Un arrêt du conseil, en 17(>6, nomma le vain et ambitieux Brienne membre (le la fameuse commission créée pour la réforme des ordres religieux.

11 était juste que le clergé s'inquiétât de la situation • intérieure des abbayes, afin d'y introduire les amélioralions nécessaires. Puisque la nation avait les yeux sur les . Mioiiastùrcs, coniinent Itîs hommes d'Église n'en auraientils pas fait un objet de sollicitude ? C'était le inouveraenl philosophique qui mettait surtout roreille à la porte des couvents. Puis un problème d'économie , politique se dressait devant tous les regards, chaque^ jour plus instant. Les abbayes frappaient l'attention publique par h'nr multiplicité, par leurs immenses pos.M.ssious Ici ritoriales, comme par la tiédeur des uioiuos. L'équilibre n'existait plus depuis longtemps dans les fmances nationales. On se demandait vaguement si la question des monastères n'avait pas un rapport avec l'état maladif du pays. Que faisaient les moines dégénères? les voi atimis ne diminuaient-elles pas? n'était-ce pas le temps de restreindre ces vocations claustrales? En les restreignant, ces grandes propriétés ne reviendraient^elles pas à l'État? N*entrevoyait-on point dans Tagonie calculée et systématiqnnment ap^f^ravée des abbayes, le salul et la rt'surreclion de la cliose publique? Bref, des historiens allriljucnl à la philosophie régnante, au crédit des ducs de Choiseul, des marquise de Pompadour, du maréchal de Riclieiieu, d'avoir fait créer la fameuse commission connue sous le nom de Commission pour les réguliers. Brienne fut dans cette commission ; Brienne était avec Turgot, avec les encyclopédistes ^ La marche des laits s'enchaina de la

• Torgot publia, en 1753, des lettres sur la ToWrance, composées, dit-on, amVabbé de Brienne.

manière suivante. Une assemblée du clergé eut lieu en 1765. Ce corps vénérable crut devoir fixer son attention

sur les besoins spirituels des iiiuiiastèros en France, et il est important de ra|)pelcr que cette attention légitime du clergé fut attirée par le fameux Brienne, archevêque de Toulouse^ frappé des abus qui s^étmmt introduits dans la plupart des ordres religieux. C'était Brienne qui voulait remédier aux abus ! L'assemblée prit ses plaintes en considération, délibéra le 50 septembre sur son rapport, et arrêta qu'il fallait incessamment recourir au pape pour le supplier de nommer une commission de cardinaux ou d*évèques ic qui, par son autorité, pussent y rétablir l'ordre et la régularité*. » C'était la voie canonique. L'assemblée écrivit en même temps au roi, pour le prier de ' faire appuyer par son ambassadeur les démarches auprès du souverain pontife, afin de le disposer à accueillir la demande respectueuse qu'elle se proposait de lui faire. Le roi Louis XY ne répondit que le 26 mai i766, et dit qu'il approuvait la délibération du clergé dans tous ses points; mais le roi ajoutait que, pour rendre plus ellicaces les sollicitations du clergé auprès du saint-siége, il avait, par son arrêt du 23 mai 1766, établi une commission, composée de prélats et de différents membres de son bonseil, chargée tle lui remettre sous les yeux un tableau des désordres introduits dans les ordres religieux. L'assemblée vit cette commission avec effroi ; elle ne se dissimula pas l'esprit qui l'avait conseillée au roi, ni les dispositions hostiles qui dirigeraient les opérations. Elle délibéra de nouveau cl décida de s'adresser directement au pape, comme au seul moyen qui put être cauumquement employé, et lit rédiger une lettre en ce sens pour être présentée en instance à Sa Majesté. Sous Louis XIII, sous Louis XIV, on avait eu recours au pape pour le même objet.

* Procès-verbal de rassemblée de 1705, p. 436

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Cinq prélats de rassemblée, y compris Brienno, avaient été choisis par le prince pour composer la commission. Ces eamnnsidmmires envoyèrent-ils au pape la lettre de leurs confrères, de laquelle ils craignaient FeilTet? On a lieu de croire que cette lettre ne fut pas envoyée ^ Quoi •qu'il en soit, cette commission royale, qui semblait n'être chargée que d'indiquer les abus, étendit bientôt ses di'oits jusqu'à réformer elle-même, sans trop s'embarrasser si elle dépassait les bornes de sa compétence. Elle amena un édit célèbre, l'édit du mois de mars 1768, qui portait dans ses flancs d'énormes choses et produisit une juste émotion. Brienne était le principal agent de la commission, et on prétendit retrouver dans l'édil le rellet de ses désirs et de ses antipathies contre la multiplicité des abbayes. Il est positif que Fédit était conçu de manière h produire efficacement la diminution des vocations monastiques, et à restreindre d'une manière ijiiiélinie le nombre des habitants des cloîtres. Qui veut la lin, veut les moyens. Revenant sur les disposition^ du concile de Trente, devenues règle en France depuis Tordonnance de Blois, on recula l'époque d'âge où Von pouvait s^engager et faire les vœux de profession, les vœux de religieux et de religieuse-. Le nouvel édit portait encore suppression des couvents où il y aurait moins de quinze religieux, et statuait que le même ordre ne pouvait avoir plus d*une maison en chaque ville. En un mot, il était visible que les dispositions de cet édit, tout en annonçant l'envie de réformer, renterinait en même temps un certain désir de détruire, dont les esprits sages et attentifs furent émus, A la réunion quinquennale de i770 et à sa réunion de 1772, le clergé delà province de Paris prépara des réclamations, pour les adresser à l'assemblée générale, qui

* Voy. l'Histoire continuée ttes ordres religieux, par llélyot, édit. l^fignc. ^ L'édit de 1768 ne permettait plus de ll^reMs vceuz de religieux, avant l'âge de vingt et un ans, ni aux religieuses avant dix-huit ans.

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se tint la même nnnée, et qui fut présidée par le cardinal

do la Rophe-Aimon, archovAqiie de Reims ; le clorj^é se plaignait dans cette réclamation de ce que a depuis l'époque de rétablissement delà commission (des réguliers), 1 esprit d'indépendance et de révolte, d'irr^ularité et d aversion pour les saintes pratiques de Pétat religieux , de . goût et d'attacliemenl pour les choses du siècle, paraissait sï'tre emparé de presque toutes les congrégations dos religieux, et même de chaque maison particulière. » La commission, peut-être satisfaite du bot secret qu'elle poursuivait, avait donc en fait déjà occasionné plus de mal que de bien. L'assemblée générale, par déférence ou trop de complaisance révérencieuse envers son président, membre de la fameuse commission, n'osa s'occuper sérieusement de cet objet; mais Pun des présidents, parfaitement instruit des vœux de rassemblée, fit part aux ministres des justes inquiétudes qui alarmaient le clergé, et les ministres [uumirent de Mipprifoer la commission dans le cours de Tannée. NéarmiMins elle subsista longtemps encore. Nouveaux eltorts, en ITTri, de l'assemblée provinciale de Paris pour éveiller l'attention de rassemblée générale sur un objet si intéressant pour le bien de l'Église. Il ne fut plus possible aux archevô(|ues de Reims et lie Toulouse de distraire l'attention de l'assemblée générale des plaintes si^ souvent réitérées de l'assemblée provinciale de Paris; mais on fit jouer assez de res* sorts pour en reculer l'examen jusqu'aux dernières séances de cette assemblée générale, qui se vit par conséquent forcée de l'effleurer. Le préambulede l'edil de 1 7()8, très-spécieux en soi, faisait l'éloge de la vie religieuse, et même avouait qu'elle présentait encore chez nous d'excellents modèles de vertu dans un grand nombre de ses membres. Mais que le dispositif était loin de répondre à ce bean début!

Du temps du règne abbatial de M. de Ballivières, on

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pouvait remarquer après 1778^ que ce fameux édit com-* • mençait à produire ses résultats intentionnels, et à réaliser en partie le but des « astucieux prélats » delà commission, comme les désigne un écrivain. On avait vuulu que les admissions dans les monastères fusseul beaucoup moins mtnbreum : ce qui eut lieu. Empôclier de songer au cloitre avant un certain âge, c'était tourner la vocation des jeunes gens vers d'autres directions. Une autre disposition hostile de Tédit défendait d'admettre dans nos rloKrt's des religieux non i^ rançais, ou des Français qui auraient tail profession dans des pays étrangers. Ledit réglait aussi d'une manière nouvelle* révacuation des monastères supprimés, relativement aux biens et à leur possession, qu'il laissait aux décisions de Tautorité civile ; cl c'était le roi seul que la commission rendait juge do la validité des causes qui devaient amener une suppression, sans s'astreindre aux formalités préparatoires exigées jusque-là par les canons ecclésiastiques.

La jeunesse de Tabbé de Ballivières avait coïncidé avec , ces années orageuses, et la iraiclieur de ses vingt ans s'était ilclrie au souttle aride de ces démêlés et de ces mesures d'amoindrissement des abbayes françaises par voie indirecte de diplomatie. Il avait entendu accuser M. deBrienne tl'avoir attisé des divisions dans les monastères, excité les inférieurs contre les su]iéri(*iirs, el con- Irihué à dégoûter de leur état des hommes que l'esprit du siècle eu éloignait déjà.

La conscience catholique ne laissa pas de faire entendre des protestations. Les assemblées du clergé de 1773, de 1775 et de 1780 s'étaient plaintes de ces efforts sourds et obstinés; quelques parlements même avaient reproché à lu commission des régidieis de s'être arrogé une autorité excessive, et de n'avoir su que détruire, tandis qu'elle avait été créée pour conserver.

On essayait bien de barrer le passage au torrent ; mais

que pouvaient quelques faibles bras devant l'impétuosité des Ilots débordés? On publia en 1780 un livre, œuvre de deux anonymes^, qui portait pour titre: De Vétat rdifjieux. C'était une défense des moines contre les projets de spoliation ([u'i étaient déjà alors en pleine voie d'exécution. A Royaiuiioiif rdiimio ailleurs, nn applaudissait à ces travaux, tout eu regrettant leur insuiEsauce. Est-ce que en quelques années avant TAssemblèe constituante» seize cents monastères n'avaient pas été supprimés en France? N'en était-il pas résulté une grande désorganisation dans les autres? Des milliers de moines n'avaient-ils pas été sécularisés, et l'institution monastique tout entière frappée d'un discrédit qui écarta d elle toute vocation sérieuse'? Il n'y àvait point dans ces faits de quoi conclure à la ti^anquillitè et à Tinsouciance'.

Une leçon providentielle ressort hautement de toute

* C'étaient UN. l'abbé François Lambert de Bonnefoî de Bonjon, vicaire général et officiai d'Angouléme/ei Bernard de BrlndeUea, eedéaiastiqueda

diocèse de Besançon.

* Extrait dn VÉlat religieux, c'ûô. par M. Martin, de l'académie de Ghambéry, dans k^i Moinrs et leur influence sociale^ p. 259.

3 Joseph II, empereur d'AOemagne, écrivait, en octobre 1781 : c Les prin* cipes du monachisme, depuis racôme jusqu'à nos jours, sont entièrement contraires aux luniii rr s de la rriison. » — On disait alors aussi en France) ce que lo journal protestant le Semeur répétait de nos jours (15 octobre lSi7) : c Les moines el les nonnes ne sont que des fainéants engraissés aux dépens du peuple. • Le^ messieurs de Royaumont n'ignoraient pas les conséquences qui sortaient chaque jour de l'édit de 1168, ces mécontents des monastères, qui s'autorisaient de l'édit pour secouer le joug de Tobt'issmro ot (]p \:\ rt'j^iilaril^. et qui, en portant leurs plaintes aux prélats de la commisiiiuii, ou devant les tribunaux séculiers, aggravaient le relâchement et la décadence générale. M'avaienUils pas vu, du temps de Mgr de Rosset de Fleuri, la fameuse conunissîon fonctionner dans son œuvre de réforme, en supprimant ou détruisant plusieurs ordres religieux, tels que les chanoines i^'-niHers de Saint-Ruf, le cliapitre del or lr'- lîf Sainte-Croix-de-Ia- BretoniK i le, l'ordre des célestins, la congrégation Ucs bénédictins, appelée congrégation des Exempts, Tordre de Grandmont, etc.t C'est alors qu*bn canoniste savant et judicieux s'éoriait : c Comment les religieux ne seraient-ils pas portés à l'ennui, au dégoût, à l'indifférence, lorsqu'ils voient un si grand nonibi e de confivres, liés par les mômes eng-a^cments, rendus au siècle avec des pen^iions plus ou moins fortes, qui, sous les auspices de la CommtMtt det RéffuUers, ont quitté leur habit, abandonné le cloHre, et par là se aont affranchis de la vie commune et régulière? >

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