‹ Histoire de RoyaumontChapitre 139 sur 263 · LIVRE QUATOKZIÈMË · texte numérisé non relu

LIVRE QUATOKZIÈMË

règlement, qui n'admettait les vœux qu'à vii^ ans, cette révélation devait porter des hommes sages et attentifs à

réfléchir sur la situation, puisque la diminution, si la progression devait continuer, conduirait au désert et à l'annihilation totale des maisons religieuses. Pour Royauraont, il était réduit au chiffre bien amoindri de neuf ou dix religieux à Tépoque de Louis XVI. Le mal est que l'abbé de Ballivières, jouait chez madame la comtesse Polignac, ne paraissoit pas réfléchir infiniment sur les moyens d'obvier aux graves diiliculiés du temps; il riait sur le volcan qui devait l'engloutir. 11 allait aux grandes chasses de Louis XVI; mais que lui importait la question débattue par les moines, dont les réclamations appelaient, comme remède à la décadence, le retour de Pancienne constitution, en vertu de laquelle on pouvait émoUre les vœux à quin:^ ou seize ans ? Les moines se trompaient sur la portée de la mesure qu'ils proposaient ; nous pensons que le mat était plus profond que cela ; qu'il tenait à toute une désorganisation de la société française, laïque et ecclésiastique, et que, par conséquent, à des maladies enracinées il fallait des remèdes tout autrement énergiques. L'abbé de Ballivières n'en est pas moins un symptôme du temps ; la léthargie avait ôté au malade le désir de la guérison.

Quant aux moines qui vécurent à Royauniont à la fin du dix-huitième siècle , et que de vagues calomnies n'ont pas épargnés, l'histoire, a-l-il été 'dit au livre précédent, doit se montrer modérée, circonspecte et juste à leur égard. La famille bernardine avait pâli certainement. Comment n'aurait-clle pas ressenti indirectement cet air vicié dans lequel toute la société française était plongée? Jadis, on avait vu la société monastique* recrntée parmi les races malheureuses et vaincues, recueillant l'héritage de la civilisation romaine, domptant les lacos jeunes des louyueux conquérants, les

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façonnant au grand art de vWre et de se gouverner, leor enseignant même à cultiver les champs et peupler des déserts, offrant un asile à tous les cœurs froissés, un

écoulemciil à toutes les larmes. Moins fertile à ia lin dn dix*huitièine siècle, Royaumonl n'oftVaitpas des prodiges de vertus, ni des héros exceptionnels. Le reproche que Ton peut exprimer sans parti pris, doit porter sur une certaine oisiveté et sur une immortification relatives; 1106 iiKiines s'étaient afl'ianchis de quelques gènes dans le costume, par exemple de porter de la laine pendant Tété^ Le travail corporel était trop délaissé et abandonné aux paysans. Ënûn on doit regretter qu'ils ne fussent qu'un peu plus que d'honnêtes citoyens, et qu'ils soient restés seulement à peine au-dessus du niveau des chréliens ordinaires et stricts, à 'peine quelques degrés audessus des personnes réputées honnête^ dans la vie civile* Ce n'est pas cependant qu'isolément, quelquesuns des bernardins de Royaumont ne donnassent au dixhuitième siècle le spectacle d'une grande puissance de renoncement à soi-même. Mais voilà la teinte gêné i aie du tableau et le fond sur lequel se détachait l'étrange ligure de labbé de Ballivières, dont la iantaisie et l'insouciance légère formaient Toriginaiité. *

Il n'y avait pas un an que M. de Balllvières était abbé de Royaumont, lors qu'il conçut une entreprise assez hardie, relativement au logement abbatial. L édifice qui servait depuis six cents ans à loger les abbés de Royau- ■ mont lui parut insuffisant ; il eut l'idée de Tabattre pour en reconstruire un autre, et cette idée entrée dans son esprit n'en voulut plus sortir que par des effets. 11 fit appeler M. Le Masson, architecte du corps des ingénieurs, (ingénieur en cliei de Seine-et-Oise), et lui demanda un plan de palais qui joignit Télégant et l'agréable à

1 C'ciitce que racounaissait le P. Ciiiioiiiic, ancien moine de Uoyaumottti qui a vécu dans la contrée, jusiiues à la fin de la Restauration.

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