‹ Histoire de RoyaumontChapitre 140 sur 263 · LIVRE QUATORZIEME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATORZIEME

l'ulilc. Ce n'était point uu projet peu audacieux, que d'oser loucher à un monument dont tant d'autres abbés s'étaient contentés avant lui. il est possible qu'après six cents ans les détériorations fussent telles, qu'il lut devenu plus utile de tout refaire à neuf; mais Messieurs de Lor- . raine, Mgr de Pontchartrain et Mgr de Rosset de Fleuri avaient bien respecté des murs vénérés où avaient vécu tant de pieux et saints abbés. La témérité marclie souvent de front avec la médiocrité. Les abbés commen* dataires qui avaient paru avant M. de Balliviéres pendant le dix-huitième siècle , n'osèrent pas ce qu'il osa ; leur était-il supérieur du c(Mé des traditions de famille, ou par des qualités personnelles?

Quand le prince de Lorraine, François-Ârmand, avait pris possession de l'évéché de Bajeux , il y avait eu des manifestations réservées aux grands personnages. Le concoure des populaLiuas, le canon du château de Bayeux*, les compliments du chapitre, les feux d'arlices, les naïfs cadeaux oiferts par la spontanéité populaire*, les chants poétiques composés à Toccasion de son arrivée, rien ne manqua : a la flatterie ne lui fut point épargnée, dit un historien; il appartenait à une famille des plus iluslres, et, quand il voulait édc agréable, il exerçait sur ceux qui l'entouraient une séduction presque irrésistible ^ » line se permit pas cependant , quoique grand seigneur, de toucher au logis abbatial de Hoyat^-* mont. Charles-Henri Phelyppeaux de Pontchartrain* avait également une illustration par lui-même et par sa famille; la ville de Blois, le berceau des premiers Pheiyp-

1 HaUieureaMmeiiti une ée& pièces éclata, et quatre jeunes gens furent

tués sur les remparts.

* Un matelot, au sortir de la messe, offrit à l'évAquc un poisson monstrueux. (Manuscrits de l'abbé ficziers, cités par l abbé Luffetay, liislorieii de Bayeux.)

5 Ibid.

* La l'amille rtielyp«aux-Potitchartrain s'est éteinte en

JiiSÏOiaK D£ KÛYAUMONT.

peauX) se félicitait de recevoir pour premier pasteur et

pour évèque, un de ses descendants; elle s'apprêtait à fêter chaudement sa bienvenue, quand une mort inattendue enleva ce jeune prélat, si rempli d'avenir. Mgr de . Pontchartrain ne toucha pas davantage au logis abbatial de Royaumont; lui cependant le frère de ce fameux comte de Maurepas, qui toucha à trop de choses, qui fut tour à tour minisli c de Louis XV et de Louis XVI, qu'une épigramme contie madame de Pompadour avait fait disgracier» et qui reparut au ministère sous Louis XVI, pour en être le mauvais génie par l'indolence et la légèreté de son caractère. Et quel abbé de Royaumont surpassait par le lustre Mgr Henri -Bernardin de Rosset de Fleuri S abbé commendatan e , immédiatement avant M. de Ballivières? Ne fut-il pas entouré toute sa vie d'un édat que sa modestie voilait? Lorsqu'il fit son entrée à Cambrai, le 7 août 1775, accompagné de son frère, l'évêque de Chartres, les habitants de Cambrai rivalisèrent entre eux pour augmenter la magnificence de sa réception\ Or , i archevêque de Cambrai respecta,

« la famille de Rossot de Fleuri 6*est éteinte en 1805.

* Vers la porte Sai'r.t-Sépulchre, par où Mgr de Cambrai entra dans la ville, M. Henricy. avocat fiscal de rofficialittî, avuit placé ce double rlironogramme, exprimauL 1 année 1775, celle même de la venue de lui oxevéque à Cambrai :

rUYaY CcmDlT H bInGtatIo, tanObN alomrVs s VU aGGbssIt fILIIs ûl Iffi îniii.imIï' m r mîiÏHÏÏ T tï iioiM T Imî

SO

UVR£ QUATOAZIËNS. 465

comme ses prédécesseurs, Tinviolabilité de l'édilice affecté au logement de Tabbé de Royaumont.

Une raison pourrait, sinon servir de circonstance atténuante en faveur de l'abbé de fialimère&i du moins donner la clef de sa conduite ; et cette raison exige qu'on rappelle ici la manièredontFabbaye de Royaumont exerçait Thospitalilé. Depuis cent ans, K s moines dclioyaumont avaient reçu à différentes époques d illustres visiteurs, venus, les uns à titre d'exploration scientifique, littéraire et historique, les autres par motif de pèlerinage. Longtemps les monastères furent comme les' hôtelleries, non-seulement du pauvre, qui y recevait toujours d'abondantes aumônes, uiais encore de la royauté et de la noblesse. « Plus d'une fois, comme Tobserve un historien, Gluny ouvrit ses grilles pour recevoir les cours de Louis IX, du roi de Navarre, de Rome, et presque toutes les tètes couronnées et la noblesse européenne des treisième et quatorzième siècles. Clairvaux, Saint-Denis, Royaumont, et beaucoup d'autres, flrent de même. La rigide piété des cloîtres s'en alarma quelquefois. Mais il y avait acquit de consdence dans cet acte hospitalier, c'était un devoir de justice de la part de la religion. Ne devait-elle pas à la libéralité des princes et des nobles la dotation et même la création de la plupart de ses maisons de retraite? Du reste, si la conscience timide des habitants de la solitude avait lieu de s'affliger du tumulte^et de la dissipation qu'amenaient nécessairement avec elles ces grandes vbites séculières, la pensée d'avoir pu édifier le monde, d'avoir peut-être inspiré à leurs visiteurs le mépris de tout ce qui passe et le désir de ce qui est éternel, était bien de nature à les consoler^ » N'est-il pas juste d'ajouter queRoyaumont était, entre toutes les abbayes, peut-être la plus renom* mëe pour l'hospitalité? L'Ârioste aurait pu l'appeler,

» Recherchei hi$tcriqiteif tur la ville de PMloise, par 1 abbé Trou. 1840.

HISTOIRE DE ROYAUMOliT.

comme Tabbaye de Vallombreuse , près de Florence,

« riche et belle, courtoise aux visiteurs' ». Il est à croire que les précédents de Royaiuiiunt à cet épfard, connus assurément par M. de Ballivières, exercèrent quelque influence sur cet abbé. Il y aurait à retracer pour ainsi dire la long^ue histoire de l'hospitalité à Royaumont; on se bornera à Tèpoque qui précéda immédiatement M. de Ballivières, c'csl-à-dire depuis la fm du dix-septième siècle jusqu^en 1782. Les goûts du nouvel abbé commendataire ne se comprendi'aient guère , sans ce regard rétrospectif; c'est que c'était une vieille tradition à Royaumont de Recevoir les étrangers, et on y recevait volontiers de la manière la plus cordiale, et presque dans des proportions somptueuses. Si l'on peut appliquer quelque part l'étrange théorU des miJlMUX ' qu^on formulait naguère avec tant de sang-froid , pour expliquer le développement des facultés de Thomme, s'il y a une température morale qui explique telle production de l'esprit humain, l'apparition de telle espèce d'art, le développement de tel caractère, de telle sociabilité, de même qu'on prétend expliquer par la température physique l'apparition de telle ou telle espèce de plante, dès lors les précédents de riiospitalité pratiquée de fout temps à Royaumont sontle milieu très-inflnenl qui dut agir d'une manière souveraine sur M. de Ballivières. Reconnaître ce point, avec les tempéramenls convenables, n'est point admettre le fatalisme naturaliste. Qu'il suffise de rapporter ici un témoignage, Irés-désintèressé du reste, de la renommée qu'eut Royaumont de tout temps pour la pratique de Phospifalité :

C'est après i 789, que M. Millin s'en expliquait, avec l'intention manifeste d'ailleurs de ne point flatter l'abbaye.

* La poétique Vallombreuse. pmliip dans ses verdoyants massif de 81pins, a (Hé chantce par l'AriostP, par Miltoii et Lamartine. ' Doctrines exposées récemment pai- M. H. Taine, PAf7. de l'art.

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