‹ Histoire de RoyaumontChapitre 14 sur 263 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

gant nialérialisme scicnlifiquo du dix-neuvième siècle, une certaine petite contradiction, qui ne semble pas facile à dissimuler en logique. Si la mission de Thomme s'é* puise sur la terre, en ver(u de quel principe lui demandereï-vous de s'imposer une seule minute de sacrifice et la priva lion d'un seul uloiue de jouissance? Mais quel qu'ail été le résultat des discussions cisterciennes du quinzième siècle au sujet du maigre, toujours est* il qu'en proclamant à un degré quelconque la nécessité de dompter les exigences toujours croissantes de la vie animale par la macération, par l'ascétisme, par la mortification de la chair, les enfants de saint Bernard travaillaient avec une eriicacité bien plus réelle au triomphe des instincts de dévouement et de générosité dans Thomme envers rhomme. En soi, il fout admettre la loi de l'Histoire, qui montre toute exagération humaine, en matérialisme comme en idéalisme, entraînant à sa suite une nécessaire réaction. Néanmoins, ro4i aurait singulièremenl èlonné l'abbé deRoyaumont, si on eût soutenu devant lui qu'une tendance idéaliste très -prononcée en philosophie, en religion ou en politique, amènerait forcément avec elle un amour fortement accentué des jouissances matérielles, ' tandis que ce seraiL au contraire le matérialisme qui prétendrait produire les résultats opposés, formerait les peuples économes et laborieux, et excileiait à l'amour de la vérité et à la recherche de la science ^

cxcilalion; s'il n'y :i (pin dos iiiiproçf iniis pr 'fhiites sur nos centres nerveux par l'intermédiaire des Hens|la Ubre Penstfe du 21 octobre 1866);. si, entin, ia vertu, l'amour de la liberté, le courage, le ijainolisme sont exdusiTeraent produits por « la graisse phospliorée du cmeaU » ou par € la oomposition chimique du sang, » alors on comprend qu'on arrive à coiH dure que t l'homme n'est el ne peut être que l esclave absolu de 90m sang et de ses nerfs. » (V. la Ubre Pensée du 50 décembre 1866.)

*Le drame sanglant qui s'est dénoué, dans les premiers mois de 1867, derant la cour d'anifles du Ifar, n^autoriBO pas à penser que ce aoit le malérialismc qui fasse le monopole des bons sentiments de l'humanité. Est-ce dans le iii itérialisme ou dans le spiritualisme qu'ont été élevés ces enfants, Uonl le pénitencier de l'ile du Levant montrait naguère les tristes

HISTOIRE DE ROYAIMONT.

Cejpendant) à Royaumant, on s'occupait sérieusement a relever toutes les raines ; les droits seigneuriaux de i'abbaye étaient fermement affirmés par Jean de Merré^ à Ten-

contre d Antoine Lepere, écuyer, seigneur de Noisy. On contestait n Notre-Dame de Rovaunioiit le droit de se dire seigneur d'Asnières-sur-Oise et d'avoir toute justice, haute, moyenne et basse, dans les terres prés Aulnais, et en d'autres terres de la seigneurie d'Âsniéres. Une sentence des requêtes du Palais, h Paris, fut rendue le 6 mars 1402, entre l'abbé Jean de Merré et les religieux deRoyauiiiont d*nncpart,et d'autre part, Antoino Lepere, écuyer, seigneur de ISoisy \ Les archives décrivent les bornes de la seigneurie d'Asniéres, et le cercle territorial, dans lequel ' l'abbaye de Boyaumont pouvait faire exercer la justice par ses officiers, en tirer tous les fruits et autres productions végétales, et môme, d'après le droit

eiploite et la perversité exceptionnelle? Que les enfents d'un pénitencier

PiM'évollont; que, dans un moment d'exaltation el de furriir, ils mcltrnt le feu à leur pi ison, et qu'il y ait des victimes, cela peut se comprendre. Mais qu'iLs fassent entrer un certain nombre de leurs camarades dans un cellier, écartant les uns, laissant passer les autres ; qu'ils ferment ensuite la porte ; qu'ils brisent des tonneaux d'huile de pétrole et qu'ils y mettent le feu, afin de faire brûler vivnnts les malheureux prisonniers; qu'ils assistent froidement à celte épouvantable hécatombe: qu'ils écoulent sans émolion ces cris déchirants, que des témoins aguerris à la mort (un vieux marin qui a vingt ans de mer) ne peuvent se rappeler sans que leur corps tout entier en frissonne; qu'à l'entrée de ce foyer humain un enfant de treize ans se tienne le couteau à la main, repoussant les victimes et rejetant dans les ilanmies, à coups de couteau, un autre malheureux enfant de son âge, qui cherche à s'échiipper et à demander grâce, ce sont des faits .sans précé* dent dans Thistoire, devant lesquels un de nos écrivains fait entendre de chaleureuses el tloquenles protestations, et qui forcent à demander à tout homme de Ixinne foi si l'on doit accuser l'éducation matérialiste ou l'éducation spiritualiste et religieuse. Il faut avoir bien catégoriquement rompu avec toute espèoe de croyance et n'admettre exclusivement que le moment présent de la vie présente, pour pouvoir apporter tant dB cruauté et de 8Bng"fr'>i(i, -1 tr»'ize SUS, dans les crimes les jikis épouvantnblcs.

* Inventaire de la marne conventuelle. Archives de Seine-et-Olse.

*Pour les limites de cette seigneurie, on prenait, en Wdl, depuis la porte Sloysel jusqu'au port des Aubint, et depuis ce port jusqu'au ^orTaux-Anglais; et dudit port à une table de pierre, qu'on appelle lerepth «otr; et depuis cet endroit jusqu'à la croix d'Aussy-^Honcel et à la porte Pierre-Aubry. Iment. mut. coiiv, ibid.

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UVRÈ NEUVIÈME. S7

féodal, faire prendre les bestiaux qu'on aurait trouvés commettant du dégât près du territoire seigneurial ^

Un étonnement s'empare quelquefois du lecteur méditatif qui, allant tour à tour des préoccupations d'un per*

sonnage particulier ou d'un groupe restreint à celles d'une association plus vaste, compare la grandeur des événements qui s'accomplissent sur un point, et la petitesse relative du cercle d'idées dans laquelle on s'agite sur un autre point. Les grands faits qui avaient modifié la France et l'Europe depuis l'année 1455, date de la prise de Constiiiitinople par les Turcs, ainsi que de la fm de la guerre de cent ans, forment un contraste assez prononcé, avec Tordre de faits, de controverses et de préoccupations qui se développèrent dans les différents centres de cisterciens en Europe et notamment en France, à la fm du règne • do Charles Vil, et pendant le règne si important de Louis XI. Cependant, il n'en saurait être difi'éremment, et il serait puéril d'exiger que des événements héroïques arrivent à heure fixe chez les particuliers et dans les compagnies, en même temps que de hautes et d'éclatantes actions s'accomplissent dans la sphère des gouvernements, dans les rapports internationaux, dans le domaine de la .vie de l'Europe ou de la vie d'une nation.

Le monde ne marche que par des idées et des intérêts. Loi pour les peuples. Loi pour chaque individu. Dans Tintervalle de temps entre 1453 et le règne de François I*', Royaumont cherchait à réparer les pertes provenant de la'guerre de Cent ans; et Tordre de Cîteaux en général se débattait dans le problème d'une régénération intime à effectuer dans son propre sein, en la combinant avec les nécessités et les faits des temps nouveaux. Le moyen âge et la féodalité avaient fini avec Charles VII, Louis XI avait ouvert les temps modernes.

*■ L'abbaye pouvait condamner à Taniende ceux à qui appartenaient ces bestiaux.

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Or, non loin de Royaumont, grandissaient quelques localités qui devaient avoir dans les âges nouveaux un

certain rotentisseinent, telles que Phiimble Monlatairc et le spl( lidide CItuntilly. Koyaumont sVH cuperaà terminer de modestes affaires avec les localités du voisinage. Laissons chaque jour et chaque heure produire Touvrage qui y correspond. On avait suivi à Royaumont, peAdant le treizième et le quatorzième siècle, cette grande lutte, cède grande gymnastique intellectuelle, où étaient entrés Abailard, Guillaume de Champraux, Roscelin, S( ol Ki igône, et qui est connue sous le nom de dispute des réalistes et des nominalistes . Au fond, il s'agissait d'une question capitale, d'une question de logique transcendante, d'une question de méthode souveraine; il s'agissait de la théorie ellemême de la connaissance Immaino; on voulait déterminer ce qu'il y a de valeur dans les idées générales, ce que nos idées représentent de réalité. On demandait si nous sommes capables d'une affirmation absolue sur les choses ; en d'autres termes, on touchait au mécanisme de Penfendement humain. Sans doute ces controverses illustres avaient eu leur grandeur à leur heure mais à la fin du quinzième siècle, l'activité européenne était sollicitée par les intérêts pratiques phit'it que par les investigations de la philosophie ; et le célèbre livre de l'ImUathn de Jésus- Christ, quoique écrit au point de vue contemplatif, semblait indiquer Tére nouvelle de l'action, pour terminer une ère de spéculation philosophique : « Qu'avuub-nous à faire des disputes sur le genre et sur i espèce t est-il dit

* Notre docte et cher collègae de la lladelein«, V . Eug. Nichaud, a fait

revivre celte grande querelle philosophique du réalisme et du nomtnaltsme, dans des articles du Correspondant, que le public a justemerrt appréciés pour leur sagacité et leur science de bon aloi, et nui ne pdiiî qu'uu extrait d'un ouvrage paraisâaal en ce tuonieiit sou;> le titre de Guillaume deCàampettMX et les mteieimei Éeolet de Périt, traYail coosciencieiix et approfondi, qui révcMc un heureux talent, uii^esprit pénétrant et plein de Ane cntique. ^ est-ce pas un nouveau et brillant diampion ifui s'annonce pour nos polé» miijueAcouteinporainof ?

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