‹ Histoire de RoyaumontChapitre 15 sur 263 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

au commencement de ce livre immortel ; celui à qui la parole étemelle sufiU, e&t débarrassé d'une inûnilé d'opinions. »

Deux siècles après, Bossuet résumera ce besôin d'ac-

lioii qui s'cmpai a de tous à la fin du quinzième siècle, et dira le règne fécond de Louis XI, bien que la France n'ait pu absoudre ce roi d^avoir cru que tous les moyens étaient bons pour arriver à un but utile. L'historien aux fortes synthèses rappellera que Louis XI voyait, après vingt ans d'efforts et de diplomatie, « la maison de Bourgogne faible et impuissante; le duc de Bourgogne hors d'état de rien entreprendre et tenu en bride par le grand nombre de gens .de guerre qu'il avait sur la frontière; TEspagne en paix avec lui et en crainte de ses armes; l'Angleterre affaiblie et troublée elle-même ; TÉcosse absolument à lut; en Allemagne, beaucoup d'alliés, et les Suisses aussi soumis que ses propres sujets. » Ajoutons que onze provinces avaient élé réunies à la France, le Charolais, l'Artois, la Picardie, le Bourbonnais, le Maine, la Provence, l'Anjou, le duché d'Alençon, la Guienne, le Roussillon et la Cerdagne. Pourquoi, dans ce travail d'assimilation et de reconstruction générales Royaumont n'auriul-il pas fait acte de positivisme et de bon sens? Puuiquoi l'abbaye n'auiait-elle pas réglé ses intérêts d'ordre matériel avec ses voisins? Chantilly* exercera dans la suite une influence sur les destinées de Boyaumont par la communauté de quelques intérêts; il faut en dire les allures et les origines, d'autant plus que de grands noms, les d'Orgemont, les Montmorency, les Gondé

* C'est en 1483 que les villes de Creil et de Clermont furent distraites

du bailliage de Senlis et, dans la nu'inc année, uti arrêt do la chambre des aides contraifînail les habitants de laizarches à })rendn' leur provision de sel à la gabelle de Seiilis el non ix celle de Creil. lieciierch^ itist. sur Senlis, parBroisse, p. 53.

* Quelques savants, embarrassés de Tétymologic de ce mot CàmUUty {Cantiltacum en laiin], ont imaginé de le faire dériver du celtique CMf, quantité, abondance, et lie», eau, fontaine.

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• donnèrent à cette résidence une réputation européenne.

Au commencement, vers la fin du dixième siècle, Chantilly élail une vieille forteresse, fondée sur un roc, aut limites d'une immense forêt; cette citadelle gardait les vallées où les rivières de Ttiève et de Nonette promènent lenlemenl k ur cours stérile. « UulhooHs, dilledocleabbé Afiforty * dans ses Collectanedy HotiiooUs, de la maison de Senlis, était en 990 seigneur d'Ermenonville et de Chantilly ; Rothoolis qui comptait Charlemagne parmi ses aïeux, le dernier défenseur fidèle du dernier des Carlovingiens. » A la lin du quinzième siècle, Chantilly avait changé de maître, coniuie il avait change d'haliiludes, puisque les seigneurs de Chantilly, à l'exemple de leurs puissants voisins, ne se faisaient pas iaute, au dixième siècle, de guerroyer les moines, de rançonner leurs vassaux, et de mettre à contribution les pauvres voyageurs qui s'étaient égarés dans la forèl ou qui passaient au pied du redouta i)le chi\leau fort*.

On élail plus civilisé, à la fin du quinzième siècle. Cependant, le château de Chantilly, qui venait de passer dans la main des Montmorency, prit la physionomie militaire trés-accentuée des formidables forteresses de cette époque. Il raliait voir ce château lorsque, au soleil levant, ses galeries extérieures reluisaient des ai inurcs de ceux qui faisaient le guet, et que ses tours se montraient toutes brillantes de leurs grilles ^de fer; la porte se présentait toute couverte de tètes de sangliers ou de loups, flanquée

^ Coiiectanea Sylvanectensia, tome IV, p. 1740. Qiarles-François AiTorty, doyen de Saint-Rieul« né à Montigny-^ainte-Félicitë» le 5 février 1700, fuf Vun des commiBsaires nommés sous Louis XV pour la recherche des chartes.

n a formr, sous !o titre de CoUectanea Sylvanectemia, une collection de tous les titx'es déposés dans les :irchi\es des villes, maisons religieuses et lieux public? du diocèse de Seniis. Getic conipilaùuii précieuse, comprenant vingt-dnq volumes In-folio manuscrits d'une écriture sorrée, appartient atijourd'hui à la bibliothèque de Scnlis; elle va de l'an 900 à 1000. Afforly mourut en 1786 : laborieux exploi-ateur, doni r«'sp»V^ n'est pas commune, 'Senlis et CbantiUyf ancien et moderne, pai* M. Vaiiii, p. 204.

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de tourelles et couronnée d'un haut corps de garde. Quand on entrait^ trois enceintes» trois fossés, trois pontslevis étaient à passer ; vous vous trouviez dans la grande cour carrée où étaient les citernes, les caves, les souterrains ; les prisons étaienl par- dessous ; par-dessus, les logemenls, les magasins, leslardoirs ou saloirs, les arsenaux; tous les combles étaient bordés de mâchicoulis, r de parapets, de chemins de ronde, de guérites. Au milieu de la cour était le donjon qui renfermait les archives et le trésor; il était profondément fossoyé dans tout son pourtour, et on n'y entrait que par un pont-levis presque toujours levé. Bien que les murailles eussent, comme celles du château, plus de six pieds d'épaisseur, il était revêtu jusqu'à la moitié d'une chemise ou d'un second mur en grosses pierres de taille ^

Jean de iMerrc n'eut rien à débattre avec les seigneurs de Chantilly qui, à cette époque, commençaient à jouir d'une certaine importance politique, puisque le château de Chantilly est compris par Monstrelet dans Ténumération des forts qui se rendirent à Charles VU, lorsque ce prinee eut repris Gompiègne sur les Anglais en 4429. Evidemment, à l'origine, les comtes de Senlis, prciiiicis maîtres de la célèbre résidence, habitaient tour à tour Senlis et Chantilly, ou plutôt, faisaient de Chantilly leur séjour de campagne. Au commencement du onzième siècle, Chantilly avait appartenu à la maison des Bouteillers de France *, maison qui tut la tige de celle des comtes de

* Y. Monteil , Hut, des Françttii de divers États au quatorzième sUeU» t. I.

. * C'est sous lesBouteiUen que les comtes de Senlii eommencèrent à devenir indépendants. Los Boufoillers dp Senlis devinrent Il^s grands bouteillers de France ; les grands ofliciers de la couronne avaient une juridiction Irës-élendue dans le royaume; le Panelier de France sur les boulangers et les pâtissiers; le Bouteiller de France sur les marcliandB ëe vin, liquoristcs. (Afforty, Collect. 5yliiail.,l6 toI., p. I armoiries changèrent en la maison qui portait auparavant le surnom de Senlis, el par :ipr* - à cause de l'oOQee de gjrand bouteiller de France qu'elle exerça longuement}

HISTOIRE DB ROTAUMONT

Hunlington et de Northainplon en Angleterre, et quo Tînm de Merré voyait s'éteindre en France, dans les dernières années de ce quinzième siècle. Les BouteiUers, après avoir possédé le domaine de Chantilly depuis l'année 1 000 , se virent oblif-és de l'aliéner dans la suite. Guillaume de . Bouteiller, quatrième du nom, que ses prodigalités et les malheurs de la noblesse de Tlle-de- France, sous le r^ne de Jean le Bon, avaient mis dans Timpossibilité de conserver ces terres, céda Chantilly au sire d'Esquery ^. Bes transmutations fréquentes de propriété s'ensuivirent'. Le sire d'Esquery avait passé Chantilly à son cousin, Jean de Laval, en 1561. Jean de Laval en avait transporte a son

retiiil celui de Bouteiller; car les seigneurs de Chantilly, ainés de cette ' fitmiitet prirent en leurs armes une croix chargée de cinq coupes cTor, pour marque de la dignité qu'ils tenaient en la maisun du roi, et laissèrent

l'êcu de leurs arme?, qui avnit été jusque-là écartelé d'or et de gueules, lequel leurs puînés, seigneurs d'Ermenonville, ne voulurent pas abandonner, et a toujours été porté par leurs descendants. (Alîorty, Coll. Sylv.t t. IV, p. 1733.)

Mahant, fllle aînée de Wallers, comte de iluntington, en Angleterre, et de Judith d'Aumale, nièce de Guillaume, roi d'Anfrleterre, ('épousa en premières noces Simon de Senlis, qui, k cause d elle, lui comie Uc iluniinglo ^etde Korthampton, vers Tan ilOO. (Afforty, CoH. Sylv,, t. IV, p. 1734.) a f On cite Jean de Guincs, vicomte de Veaux» qui épouse, en 1005, Jeanne . de Chantilly, surnommée la Bouteillêre; une aulre Jeanne rie f.liantilly, en 1501), épousa Mathieu, V« du nom, seigneur de Mculmorency ; en i lô41, Guillaume le Boulcilicr, IV'' du iioui, mari de iiiauciie de Montmorency.

En 1350, le parlement essaie de concilier les parties, soit l'abbaye de Sainl-Denis, soit le seigneur de Chantilly, pour des f!»Miis de chasse : ft l;aa l550 n été passé accord en parlement inler reUyiosos, abbalem et conventum sancium Dionysii in Fronda et Guillelmum Butieularii donmmn de CMtiHiMO mUUem : à savoir, que la garenne de Germay et la chasse appartiennent auxdits de Saint-Denis, seuls et pour le tout. El, au rep^aid de la commune de la prarenne et chasse de Chantilly-Gouvienx, elle sera commune à iceulx de Saint-Denis et audit chevalier en la façon, manière et condition que la chasse et garenne du bois de Landelu, tenant à la forêt de Chantilly. » (Afforty, Collect. Sylv., i. IV, p. 1731, 1139, 1733. Gilés par M. Rousseau -l.eroy, notice Chantilly, p. 4,5.)

• Le sire d'Esquery ne demeura pas longtemps propriétaire de Chantilly. L'an 1561, d'après la chronique, Jacques dit ilerpin, seigneur d'Esquery, donna à Jean de Laval, seigneur d'Attichy, et son cousin germain, ses terres et seigneuries de Chantilly et de Moncy-lc-Neuf, qu'il avait eues par transport de Guillaume lYf le Bouteiller, son cousin. » (Afforiy, ùftl> Sylv., t. IV, p. 1750,)

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