LIVRE QUÂTUaZIÈMË
Loais, afin que son nom y soit loué et exalté en siècles
des siècles. » Entre Millin et Gaignières, on trouve au sujet de Hoyaiimont toute la différence qui sépare l'esprit du dix-septième siècle d'avec celui du dix-huitième. II y a de Tesprit fort dans Millin, tandis que Gaignières eatun type de bonhomie fénelonienne^.
Vingt ans après Gaignières, deux autres visiteurs vinrent frapper à la [lorlc do Uawiumont, deux savants, deux membres de celte congrégation de Saint-Maur dont le nom est un nom éclatant, dans les lettres et dans les sciences historiques. Dom Edmond Martène* et dom Ursind Durand, furent reçus par les religieux de Royaumont en 1715. Royauinont était une des stations du giand voya-t" littéraire que les deux savants bénédictins entreprirent, par suite d'une résolution prise en 1708 au chapitre général de Marmoutiers. On les avait chargés de faire une excursion dans les monastères répandus sur tout notre sol, de visiter les archives des principale» ab* bayes de France, pour y recueillir les pièces nécessaires à la perfection de la nouvelle ou du nouveau GulUa ciiri6tiana, Dom Marténe et dopi Durand firent imprimer, en 1717, les notes recueillies dans leur voyage, sous le titre de : Voyage littéraire de deux jeunes bérMietins^ où l'on trouve leur impression relative à Royaumonf «Nous avions résolu, disent-ils, d'aller après Pâques travailler dans les électorals de Trêves, Mayence et Cologne; mais
* Un retombe nécessairement dans la Ihéorie de M. T;iino, vraie quand elle est contenue dans certaines bornes : a Nous arrivons ù [Hiser cette règle que pour comprendre une œuvre d'art, un artisiet un groupe d'artistes, il Tant se représenter avec exaciitude rétal général deTespritet des mœurs du temps auquel ils appartenaient. »
* Dom Nartène est célèlire par le Thésaurus novus anecdotonim, 5 volumes in-folio; Paris, 1717. Le (unie IV contient les actes des concile:» et les ehapitres généraux des plus illustres oongr(''^ations , notamment de . celles des beniardifts de Qteauz. Uom Hartène avait einquante-neuf ans, (;H;in<i il vint à Royanmont^ son compaj*non. dotn Durand, (lui appartenait, comme dom Marténe, à l'abbaye de Saint-Germain des l*rés de Paris, était plus jeune ; il avait environ trente el un âns.
AU HISTOIRE DE ROYÂUMûPiT.
la guerre qui porta les armes en Allemagne (commencement du dix-huilième siècle), nous obligea à changer de dessein. Ainsi, le jeudi 20 avril 1715, nous partîmes de Saint-Denis, par un temps fort incommode pour aller à Pabbaye de Royaumont. Mais la charité des religieux et le plaisir que nous eûmes de voir un des plus beaux nnomments di h piété de sabtt Louis, nous fit oublier tout le mal que nous avions souffert du froid, du vent et de la neige. Nous y vîmes tme fJes belles églises qui soient dans r ordre de Cîtemu:^ longue de 500 pieds, élevée de 86 et demi sous voûte, nous y vîmes la eiiapelle où le saint roi faisait ses prières, le lieu où il prenait la disdplinedans la sacristie, Fendroit où était sa chambre dans le dortoir des religieux, les lieux réguliers qui ressentaient nne magnifi' cencé vraiment royale, )ii — uUaffeclio)H{uc saint Louis avait pour cette maison, le porta à y faire enterrer quelquesuns de ses enfants, dont on voit encore les tombeaux avee celui de Philippe d'Artois décédé en i29i, et de Louis, fils du comte d'Alençon. »
Bien qu'on ne fut pas tenu à de grands frais vis-à-vis de ces deux religieux, Royaumont ^tait assez partisan deTégalité dans Vamabilité, et on y estimait que tous les hommes se valent du cùlé de la dignilè naturelle. Dans tous les cas, le seul mobile de la fraternité aurait inspiré de généreux empressements envers deux bénédictins, deux memljres de la même famille, envers deux collègues du cloître. Et, supériorité pour supériorité d'ailleurs, le talent , la science et le génie forment des distinctions personnelles et composent une auréole qu'on ne dédaigne pas dans les temps modernes, et auxquels les messieurs de Royaumont n'élaienl pas insensibles. Ils tirent le meilleur accueil aux deux touristes de Téi udition : si bien que dom Marléne et domrDurand en furent particulièrement touchés, et qu'ils ont consigné dans leur livre le témoignage de leur reconnaissance pour la charité des religieux. Les