‹ Histoire de RoyaumontChapitre 144 sur 263 · LIVRE QUATÛUZIÈMK · texte numérisé non relu

LIVRE QUATÛUZIÈMK

deux voyageurs, accoutumés aux gi*andes et exceptionnelles bibliothèques accumulées à Paris, ne panirent pas

frès-cnierveill('s de la bibliothèque de liovaumonl, soit qu ils ne Talent pas sulli>aiiiine!il parcourue en détail, soit que cette bibliothèque eût considérablement souffert pendant le quatorzième et le quinzième siècle, à cause des guerres avec les Anglais. « On dit, continue dom Martône, que saint Louis laissa sa bibliothèque à Royaumonl et aux cordeliei's. Un y trouve effective nieiit (ji:(;l(|ues luaunscrils qui viennent de ce suiutroi ; mais aujourd'hui, il en reste très-peu qui soient dignes de la libéralité de ce grand prince, car nous n'y vîmes que quelques ouvrages de saint Augustin, de saint Grî'goirc, de saiut Thomas, la Somme d'Estienne archevêque de Cantorbêry, et une Histoire de la maison de Laval^ écrite par Pierre Lerzan, il y a environ deux cents ans K »

SMl y avait des traditions dliospitalité à l'abbaye de Royaumont, antérieurement k l'abbé de Ballivières*, il y a lieu de isoupçoimei un deuxième élément d'intluence sur le seigneur commendataire ; c'est le voisinage de Chantilly qui, selon toute probabilité, dut être Pécueil mondain de Pabbaye de Royaumont, ou plutôt la cause première des idées d'agraiidissement de son dernier abbé commendataire. Il semblait difticile que M. de Ballivières ne se ressentît à aucun degré de ce va-et-vieut perpétuel de Paris et de Versailles à Chantilly, qui régna pendant tout le dix-huitième siècle. Chantilly excita rémulalion de nos abbés. Croit-on, par exemple,- que la passion de la chasse et des chiens quVurent toujours les Condé, n'ait pu agir en aucune manière, sur le pieux monastère du ' voisinage? Nulle part, la fêle de la Saint-Hubert, illustre et vénéré patron des chasseurs, ne se célébrait avec autant de pompe. C'est de i7i9 à 1755, que furent con-

' Voyage iittéraire, en 1713, H* paiiie, p. 153.

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struites ces splendides écuries de Chantilly, subsistant encore, qui forment un immense parallélogramme situé sur la pelouse, et dont Farcbitecture est grandiose. Or, une tyrannique coutume s'était établie, au dix-huitième siècle, pour les grands personnages, pour les étrangers de distinction qui venaient à la cour de i: rance : c eût été presque déroger que de manquer de visiter Gbantiliy et l'abbaye de Royaumont. L'usage consacrait une sorte de promenade de Longchamp à double objet : Royaumont était la station pieuse de l'excursion, tandis que Chantilly en était la station mondaine. La nécessité de voir les splendeurs des Condé, leurs écuries monumentales, leur château, décoré par les van der Meulen et Wattieau, leurs chasses, les féeries de leur jardin, de leurs étangs et de leurs canaux, rejaillissait sur l'ioyaumonl, où il était de bon goût de visiter le monastère qu'avait habité saint Louis. La nature immaine trouve un charme secret dans ces transitions du profane au sacré : ne serait-ce que cet épîcurismequi aime à diversifier les émotions par des contrastes, comme on accidente les jardins artificiels par des cascades de création humaine?

Ueiiuis que Louis XIV avait rendu au prince de Condé, en Idôl, la seigneurie de Chantilly, Chantilly n'avait plus cessé d'appartenir à bi maison de Condé. C'est à ces princes que cette terre devait sa splendeur, sa célébrité européenne et les beautés qui en faisaient un des plus remarmarquables ornements de la France, et qui y attiraient une foule toujours renaissante de curieux et d'étrangers. Le grand Condé, retiré vers 1665 à Chantilly, et occupé sans cesse des embellissements dé ce beau séjour, s'y était entouré d'une société, choisie parmi les lioiianeà célèbres du siècle de Louis XIV. Le maréchal de Luxembourg, le cardinal de Polignac. Bossuet, Molière, Lamoi* gnon^ Bourdaloue, la Rochefoucauld, la Bruyère, fioileau^ Racine, Corneille, Santeul, en étaient. C'est lui qui avait

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