‹ Histoire de RoyaumontChapitre 145 sur 263 · LIVRE OUATORZliMR · texte numérisé non relu

LIVRE OUATORZliMR

fait percer les roufcsdc la foret, et ouvrir lo grand canal long de trois quarts de lieue, canal admiré, assez droit pour les amateurs d'anciens jardins, assez courbé pour satisfaire les modernes ennemis de la ligne droite. Le prince Uenrî- Jales, fils du grand Condé, qui avait fait aussi ses délices de Chantilly, augmenla les embcUissemenls inlroduils par son père; il fit construire Féglise et exécuter ce qu'on nom itiait le parc de Sylvie. Ce fut ensuite Louis-Uenri-Jules de Bourbon, ministre du royaume, immédiatement après le régent qui fit élever Thépital et les écuries en 1735.

On passe vite Pépoque de ce Louis-Henri, duc de Bourbon, fils de Louis lïl de Bourbon et de 1 nuise-Françoise de Bourbon, fille naturelle du roi cl légitimée de France; on ne connaît guère ce Louis-Henri que sous le nom de Monsieur le Duc, mais il a une triste page dans l'histoire. 11 s'était montré le digne chef d'une noblesse dissolue. ' Nommé par le duc (FOrléans, chef du conseil de Régence, nprès la mort de Louis XIV, il était devenu premier ministre en 1725; mais le gouvernement de M. le Duc, durant les trente mois de son ministère,< ne furent que le gouvernement personnel de la marquise de Prie, la Pompadour du moment. Chassé des affaires et remplacé par le cardinal Fleuri, M. le Duc résidait continuellement à Chantilly, où il avait un train royal. C'est alors que s^clevèrenl ces fameuses écuries, pouvant contenir deux cent quarante chevaux. Les murs étaient ornés de têtes de cerfs. A la voûte étaient peintes deux chasses, l'une au loup, l'autre ausan* glier. 11 y a\ail à ensevelir dans le plus proload oubli le côté scandaleux de la vie privée de M. le Duc; on.ne se souvenait que de la brillante réception que Chantilly fit à Louis XV au retour du sacre en i 725, ainsi que des fêtes que M. le Duc offrit à Marie-Louîse-Élisabeth d'Orléans, duchesse de Beiry. L'abbé de Baliiviùres ne savait-il pas que ces fêles surpassèrent en magnitlcence les pompes du voyage de Louis XIY?

418 iliSrOIUË DE hoïâumont.

L'abbé de Ballivièi es n'était pas né lorsqu'on éleva ces splendides écuries de Chantilly; mais il les vit dans leur plein épanouissement; près de trois ceiils chevaux y avaient deTair « autant que sous leciel> et ipangeaient ravoine dans des auges de marbre ou dans la main des princesses; » ils s'y éveillaient encore « à la diane, sous des selles de velours et battaient de leurs sahots luisants la verte pelouse. » Mais l'abbé de Balliviéres fut personnellement en rapport avec les trois derniers Coudé' ; ce sera ici rinâuence la plus active dont se ressentira Tabbé Gommendataire. Comment être en relation avec ces trois princes, les trois derniers représentants de la race des Condé, de celle race dans laquelle il y avait « cet esprit à brûle-pourpoint, et celte séve nationale que la chanson du Béarnais immorlalise % » sans payer un tribut quelconque à la contagion du voisinage?

Chantilly avait acquis de la célébrité autant par les visi- ' tes que dès longtemps les rois y vinrent faire et par les fêtes qui leur lurent données, que par les trésors de tout genre qui y étaient réunis. On parle d'un voyage de Charles-Quint en i540. François de Montmorency y reçut Gbarles IX après le mariage de ce roi avec rarchiduchesse Marie d'Autriche. Henri IV y venait souvent visiter Henri de Montmorency, premier du nom. En 1671, Louis XIV vint avec toute sa cour, à Chantilly, pour ces létes magnifiques qui eurent lieu, notamment dans la forêt au lieu dit la Table^ dont madame de Sévigné a conservé le souvenir dans ses Lettres (avril 4671), et auxquelles se rattache l'événement si connu de la mort du contrôleur de la bouche Yatel, qui se tua, dit-on, parce que la marée n'arrivait pas à temps. Lors du sacre de Louis XV, en 1725,

• l» Louis-Joseph de Bourbon, prince d-.' Condé, liêr(»s de Jobaniiisherg; 2» Loui&-llenri-JuâepJi de Bouriton, prince do (londc;, fils du précédent; Tt" le duc d'EnglUeii, tils du précédeiil, tusillé plus Uirii à Vincennes.

* Voy. aittoire deê trûU derniers prmcee 4e Coudét par Crétineaa'Joly.

LlVllE QUATORZIÈME. 479

Louis-Henri d*e Bourbon le reçut avec une magnificence dont le souvenir est encore conservé dans ce lieu.

Le séjour de Chantilly était à celui de Versailles sous Louib XVelLouisXVI, ceque le iioiii de Condé était à celui de Louis XIV. Aussi le roi de Danemark, Chrislian VU, qui parcourut rÀUemâgne, la Hollande, l'Angleterre et la France, fréquentant les académies et les sociétés savan* tes, Gustave ÏII, roî de Suède, voyîgeanl sous le nom de comte de Haga, Joseph îï d'Autriche, et le comte du Nord, qui lut Paul 1" j)etrovitch de liussie, viment-ils successivement rendre hommage au duc Louis-Joseph de Bour* bon, prince de Gondé, et à sa famille. Les excursionnistes de Chantilly, faisant comme il a été dit une halte inévitable à Uoyauinont, l'abbaye célèbre par son liospilalité se piquait de ne pas démériter de sa vieille réputation. N'est-ce pas dansée sentiment que se découvre l'explication et l'origine première des goûts detconslruction dont fut saisi Tabbé de BalHvièresdès l'année 178^? Gomment être en rapport de voisinage avec ces princes, « patriarches de la gloire, traversant nos annales, enseignes déployées? » Comment fréquenter à Versailles et à Chantilly «t ces diables à quatre » comme on a appelé les princes de Gondé, sans contracter quelques goûts , sans être tenté d'imiter de loin les méthodes de princière réception? Le prince Louis-Joseph do Bourbon avait alors quarante-iieul ans ; Pabbé de Ballivières n'assista pas aux fêles du 20 septembre et du 27 novembre 1762, données à Ghaniilly au retour du prince de Condé d*une campagne heureusement terminée. M. de Ballivières était trop jeune alors cl n'élail pas encore abbé de Royaumont. Mais les vieillards il Asoicres et de Viarmcs se souviennent encore de Louis-Josep^l, prince de Condé, de celui-là même qui avait vaincu le prince de Brunswick en 1762, a Taffaire de Johannisberg. Fils de Louis-Henri et de la princesse Caroline de Hesse-Rheinfels, Louis-Joseph de

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BourboD éiail spirituel et bme ; il avait à vingt ans rejoint Farinée française en Allemagne, il avait combattu et triomphé à Johannisberg, et suivi toutee les péripéties de

ce grand drame militaire qu'on appelle la ffuerre de Sept ans. L'abbé de Ballivières \it assez de fêtes sans assister à celles données' à[ Paul V de Russie et a\i roi Louis XV. On ne doit pas omettre surtout une des visites reçues par Royaumont au di^^huitiéme siècle, parce qu'elle olfre un épisode très-étraii<:e, que l'on s'accorde à laUacher à l'abbaye de Royaumont et qui plaisait à l'imagination de Tabbé de Ballivières. C'est que cette fois le visiteur auquel Tabbaye donna l'hospitalité, avait une célébrité littéraire et romanesque si prononcée, que de nos jours encore il inspire de renthousiasme aux maitres de la critique au dix-neuvième siècle Celui qu'on recevait était le poétique et aventureux auteur de Manon Lescaut et du Doyen de iâ/imne, dont les pieds avaient remué plus d'un scandale. On Ta dit, pour le talent, Tégal de le Sage, plus grand écrivain que Racine le fils, que madame de Lamberl, elle chancelier d'Agucsseaii . Mais lorsqu'on frappait à la porte de Royaumont, l'abbé Prévost était mourant; on venait demander secours au cbîrurgien de l'abbaye, et par une horhble méprise, au lieu de donner des secours intelligents et opportuns, on causa accidenlellement la mort de rillustre romancier.

La singularité d'un ex-moinc, qu'on rapporta à l'abbaye tout malade et mourant après une attaque d'apoplexie qu'il avait eue dans la forêt de Chantilly, était trop saisissante, pour que les amateurs d'aventures Feussent passée sous silence. On s en est emparé avec la joie d'une piquante découverte propre à divertir le public avide d'émotions dramatiques. On était en 1765^ l'abbé Prévost vivait, vers les derniers temps, dans une solitaire habitation

• Voy. Yillcinain et Jules Jaiiin

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