‹ Histoire de RoyaumontChapitre 148 sur 263 · LITRE QUATORZIÈME. 48S · texte numérisé non relu

LITRE QUATORZIÈME. 48S

Prévost s était lait recevoir moine à Saint-Firiuin^; caractère ihéologiquement indélébile% mais dont il n*aiinait guère à se prévaloir, comme si le repentir eût suivi presque aussitôt la détermination. Soit que déjà la société du temps ne respectât plus beaucoup les oï di es monastiques, soit que lui-même eût honte d'avoir cherclié sa place ailleurs que dans l'humilité religieuse à laquelle il s'était d'abord voué : par pudeur pour lui ou par respect humain, Tabbé Prévost n'osa jamais avouer pendant sa vie qu'il était moine et de la règle de sainl Benoit. Mais son ordre le savait, c'était un sujet dont il fallait tirer parti ; comme gloire ou comme scandale, l'abbé Prévost appartenait à l'ordre. U eut beau s'effacer derrière un renom littéraire, se perdré dans le tourbillon du monde, se brouiller avec le ciel, on gardait soigneusement, et avec toute la haine lente des cloîtres, dans le monastère de Saint-Firmin» son nom inscrit sur le livre d'aftiliation et sa discipline pendue au clou. A l'office du soir, on l'oppelait trois fois par son nom*. A la prière du matin, le portier faisait la siniagrée de l'éveiller par ces mots répétés dans la longueur des corridors : a Frère Antoine-François « Prévosty... les Matines ! »

Cette mise en scène n'a rien à voir avec l'histoirei elle est complètement fantastique. Malgré la haine lente des cloîtres, on n'appelle pas les individus par leur nom ; il n'est pas d'usage de fane entendre des cris assourdissants le long des corridors conventuels. Cela ne s'est fait Jamais dans aucun monastère depuis rétablissement des ordres religieux. Mais le reste de la caricature n'est pas moins ridicule et a droit d*étonner sous la plume d'un écrivaiii de quelqnc consistance. « Si des étranj^ers visitaient le monastère, on dirigeait leur attention sur la

* D'où tire-l-on que l'abbé Pn-vost rAn\\ moine île .Saint-Firmin ?

* Quelle est cettt Uicologie qui ea^ieigne le caractère uidéltl/ile du moine ? > LéOQ Godan a rêvé tout cela.

m IIISTOIRK DE UOVAliMONT.

stalle du réfecipire où se lisait gravé dans le chêne le nom européen de Pabbé Prévost ; par une raillerie presque chrétienne, on le citait comme le frère le plus humble aux offices, le plus slrict sur les inacérci lions. Bien des années s^écoulèrent, et la tradition maligne des moines ne se perdit point. Les jeunes la reçurent des vieux. Elle serait allée jusqu'à la fin du monde si les moines avaient dû aller jusque-là, et surtout Vabbé Prévost. Mais Tabbé Prévost vieillissait; il senlit le besoin de respirer Pair natal. Ses médecins lui conseillèrent de revoir Sainl-Firmin. Lui, qui ne se souvenait plus d avpir été moine une pauvre fois dans sa vie, qui avait même oublié qu'à défaut il était resté abbé, n'imagina aucun inconvénient à revoir Saint-Finnin. Les moines apprirent bientôt son retour : les moines se réjouirent. Pour les vieux, c'était une vengeance à accomplir, pour les jeunes, une légilimc à toucher. Ce fut fête au. monastère. On secoua la discipline, on brossa la haire; on cria de plus fort : Frère Antoine- François Prévost, descendez, les Matines sont sonnées ! Frère Prévost, voilà l'onice de niiuuit ! I ràê Prévost, c'est aujourd'imi jeûne! Frère Prévost par-ci, frère Prévost par-là. On eût dit qu'il était le seul moine de Tordre.

«i Au dehors, on le guetta comme une proie. »

Combien ces machines de roman sont puériles et ridicules! et il faut demander pardon à la dignité de l'histoire d'oser les évoquer ici. Ce qui suit est le comble du grotesque; ii fallait imaginer une scène où l'on se disputât le cadavre de l'abbé Prévost ; il fallait que, dans cette scène', il y eût du moine, parce que, dans les conditions modernes de certains succès littéraires, il s'agit moins de rester dans le vrai que de caresser les appétits et les préjugés d'une classe de lecteurs. La scène inventée par le romancier se passe entre un moine et un curé ; mais Von se demande ce qui domine le plus dans ce passage, ou l'absence complète de goùl, ou la basse trivialité. « Et

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