LIVRE OLiATOU/JÈàlE
les cérémonies usitées dans les couvents à la mort d'un frère. La cendre et le cilice ne furent pas oubliés. Saint
Benoît et saint l'irmin rayonnèrent de cierges. La cloche lit son devoir; on ne lésina sur aucun détail. Le iende- ' main, on l'enterra dans le cimetière du couvent, et sur la pierre de sa tombe, on se garda bien d'écrire ses titres nombreux à la postérité, on y grava seulement : Ici repose . frère Antoine-François Prévost (l Exile^ moine indigne de Saint-Firmin ^ . » A l'époque de rabl)é de Ballivières, on était, aussi bien qu'aujourd'hui, de force à noyer un ligdt dans une fantaisie d'auteur. Ce n'en est pas moins la diminution regrettable d'un épisode qui, dans l'histoire, • offre une situation émouvante. Que Pon se disputât la renoniiii M' littéraire do l'abi)é Prévost, cela se concevrait. Son roman de Manon Lescaut, qu'il ne iaut i)as louer sous ' • tous rapports absolument, passe pour un chef-d'œuvre de la littérature française, par la manière 4ont sont rendus le naturel et la passion ; il place son auteur au rang des prenfiîers prosateurs de son époque; mais l'individualité de Fahbé Prévost, dotée d'un riche talent, était nulle du côté du caractère ; et il n'eût été ni convenable ni prudent pour rhonneur d'une abbaye de revendiquer un personnage dont l'existence avait été si excentrique, et dont les niœnrs vagabondes excitèrent riniprobation non-seulenicnl des pnl)licistes mais de ro[»iiiion entière en Europe. Ce qui est sûr, c'est que l'abbé Prévost donna, dans ses jeunes années, l'exemple d'une mobilité étrange,
• Jjes Châteaux de France, par Léon Gozlan, 2« série, édit. 1857, p. Ci.— Antoine-François Prévost d'Exile$ était né le l"'août 1697, à Hesdin (Artois). U étudia à Paris; essaya d'être jésuite, se fit soldai, rentra au couvent;
changea, revint; reprit sa liberié; revint au uiélier dos ormes. Il vint ensuite dans un couvent «îo bi'ni'fîiclins; prononça ses vœux en 172(J; fut fiait prêlre pur 1 évèque d .\nuens, prèclia u Èvreux. travailla à la Gallia Chriftitma; voulut ensuite passer dans l'ordre de Cluny. — Ici, commencèrent d'autres excentricités plus graves : il erra en Hollande, en Angleterre; rentra en Franco, ot monrnt en Mfh».
Lenslet-Oufresnois lui reprocha ses aventures romanesqjues, et Voltaire l'appelait mmie iié(roqfu'.
HISTOIRE D£ ROÏJIUHONT.
entrant dans nn couvent, le quittant pour en lier comme volontaire dans les rangs de 1 armée, et puis retournant au cloître, il en sortît une seconde fois pour y rentrer ensuite; il accepta la prêtrise, pour se dégoûter derechef. En 1727, on le voit fuyant en Hollande, où il écrivit ses romans pour .subsister. Grâce à l'appui du prince de Conti et du cardinal de liissy, il lui J'nt permis de reparaître en Fr$mcc, en 1754. Un jour, sa paupière se ferma. Et pourquoi donc dégrader sa dernière heure par une fie- ' tion de mauvais goût? L'abbë Prévost était né en Artois, en 1697. L insloire aime mieux le contempler regrettant, dans les années de son âge mûr, les fautes de sa jeunesse, achetant une petite maison à Saint-Firmin près Chantilly, pour y consacrer son temps à des travaux plus conformes à sa première vocation. Laissons l'abbé Prévost mourant à l'abbaye de Royaumont ; une mort tragique et imprévue arrêta Teffet de sjes intentions pieuses. Comme il traversait la forêt de Chantilly, pour se rendre à la petite campagne qu'il avait, il fiit frappé d'évanouissement. Trouvé au pied d'un arbre et. rapporté sans connaissance, il expira sens le scalpel d'un chirurgien de village, le 23 noveui])re 1 765, à l'âge de soixante-six ans. La seule controverse est de savoir si l'abbé Prévost expira à Royaumont même ou à Saint-Firmin, et M« de Ballivières toudiait aux fraîches origines de la tradition locale qui désigne Fabbaye de Royaumont comme théâtre de cette mort tragique. Réduite à ses termes les plus simples, l'histoire de l'abbé Prévost se résumait en ce que des paysans ayant apporté son corps à Fabbaye, la justice fut appelée et le chirurgien procéda à l'ouverture du corps. Un cri du malheureux qui n'était pas mort, glaça d'effroi les assistants. Le sort spirituel de celui qui, durant vingt ans, s'était fait un jeu des serments les plus sacrésS éveilla
* L'Europe étoit ébahie de ce que l'écrWaiD de Manon Lescaut avait été rainasser, dans la fange des grandes villes, deux êtres aussi dégradés que