‹ Histoire de RoyaumontChapitre 152 sur 263 · LIVRE QUATORZIÈME. 49i · texte numérisé non relu

LIVRE QUATORZIÈME. 49i

C'est à causede son intimilc* avec la famille dcsPolignac, que l'abbé de Ballivicres était des piaisiis agrestes de Trianon, de ces lacs, de ces pelouses, de ces amusements tout innocents sans doute, mais dans lesquels, à travers ces enfantillages du sentiment, les fbrtes mœurs devaient s'obliléi ei . En tout cas, la loi du respect et le prestige de la royauté devaient infailliblement s'y affaiblir. La reine Marie-Antoinett,e s'y déguisait en laitière deMarinontel; la duchesse de Polignac s'y amusait à traire les vaches et à pécher les Iruites^du lac* On ne sait ce que pouvait être en ce lieu un abbé de tiàllivières ; malheureusemènt, il en rapporlait des goûts de luxe et de tnvolilé pour Royanmonl . Ff, comme si ce n'était pas assez de la légèreté et de la dépravation publiques, le goût du jeu avait pris avec frénésie à Versailles. Tandis que Louis XVI jouait un petit écu aux échecs, autour de la reine on taillait un pharaon ruineux; l'abbé de Ballivicres était un de ces joueurs. Millin, dans ses Antiquités nationales^ mus apprend que l'abbé de Royaumont avait cette réputalion. Le duc de Levis, qui se rencontrait avec Tabbé de Ballivièreschez les

Polignac, le confirme dans ses Mémoires.

On a déjà indiqué Chantilly, voisinage immédiat de Royaumont, comme un foyer d'élégance et de fôtcs mondaines, dont les habitudes durent créer des tentations à Tabbé commendataire. Le prince Louis-Joseph de Gondé était original ; il alliait à la bonté du cœur un caractère impérieux et hautain. Nul paysan ne l'abordait sans ressentir les effets de sa munificence-, comme aussi nul seigneur n'était ù Fabri de ses sarcasmes et de ses caprices. Il aimait la chasse, et en sa qualité de grand veneur, il avait l'habitude de ne respecter ni clôture ni barrières. Les vieillards d'Asnières et de Viarmes racontent l'avoir vu venir plus d ime fois à la Saint-lluberl prendre un repas de chasse à l'abbaye de Royaumont; ils disent qu'ils étaient généralement vingt, vingt-cinq, trente

chasseurs. Le princevenait avec le duc de Bourbon son fils* ; la pommade, selon nos observateurs campagnards, coulait

sur les habits des chasseurs, cxceptéîe prince de Condé, qui avait, disent les témuius oculaires « les cheveux tapés el rareSf iiés derrière sa tête. » Ces vieillards le voient encore^ dans son costume de chasseur; il portait des guêtres ; ils ajoutent, comme trait de mœurs, que le prince qui renouvelajl tous les ans les habits à ses domestiques, portait, quant à lui, toujours le même habit.

Le prince Louis- Joseph de Condè* valut à 1 abbaye de Royaamont une cle ces.visites illustres qui contribuèrent, selon toute probabilité, avecleplusdepuîssance,àladéter-» mination de FalibédeBâllivières. En 4 782, le prinee avait donné des chasses splendîdes dans la forêt de Chantilly, h Toccasion du duc de Russie, qui voyageait sous le nom de comte du Nord. Le cerf sefit courir trois heures et forcer dans la têtedu canal qu'il traversa suivi de toute la meute. Le coup d'œil, dît la baronne d'Oberkirch, était superbe, et les chasseurs enchantés*. En 4785, ce fut le tour du roi de Suède, Gustave lll. La célébrité de Tabbaye de Koyaumont, en même temps que la célébrité de Chantilly, attirèrent le royal voyageur sur les bords de l'Oise* Les (prands de la terre éprouvaient un grand charme à s'arra-

« Oe duc de Bourbon est Ltmis-fieiiri-Joscph, né en i196, dont U aété

déjà question, et dont le fils, Louis-Antoine-Hoiride Bourbon, ducd'EDgtiien,

fut fusillé le 21 mars 1804, à Vincennes.

- En 1779, Louis-Joseph de Bourbon, dit une pièce, qui est aux cartons de Versailles, est admis à acquérir des religieux de Royaumout la terre et sei^urie de Ganneville, près de Greil ; il passe, le 96 février 1179» avec le$ rdigieui un acte, auquel accéda rarchevôque de Cambrai, alors abbé de Boyaumont, et l'abbi* de Cito[iux, supérieurmajeur; les lettre»-potOltes du roi furent données à Versailles, au mois de juillet 1779.

^ Le duc de Bourbon, Louis-ltenri-Joseph, marié a quinze ans a la princesse Batbilde d'Orléans, en 1761, se sépara d'elle. (Une séparation édatante en 1780.) Ayant eu un dod avec le comte d'Artois, on les envoya tous deux, au mois d'août 1782. au camp df Saint-Roch devant Gibraltar; le duc de Boui'bon écrit de ce camp, au prince de Condé, son père : t Je suis bien aise qu'il y ait de gros cei*£s dans Chantilly. »

* Mânairei 4e h àarmme éPOberMrekt 1. 1, p. 298.

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