‹ Histoire de RoyaumontChapitre 153 sur 263 · LIVRE QUATORZIÈME. m · texte numérisé non relu

LIVRE QUATORZIÈME. m

cher au tumulte du monde, pour venir se recueillir quelques jours dans ce pieux sanctuaire que saint Louis aima.

Un jour, le couvent des carmélites de Ponloise avait offert à la régente Anne d'Autriche une Réception digne d'elle. Depuis celle année 1648» le lieu du couvent où elle avait été reçue prit le nom « département de la reine. » C'est ainsi qu'à Royaumont, depuis 1785, oh appelait « appartement du rai de Sitède » la chambre qu'avait occupée le comte de Haga, nom souï> lequel voyageait le chevaleresque roi de Suède.

Gustave 111 avait fait un premier voyage à Paris en 1771 , pour veoir préparer, de concert avec Louis XV qui lui promit des subsides, le coup d'État du 19 août 1772, qui lui donna la coui unrie sans conteste. Il renversa la constitution de 1720, qui frappait d'impuissance le pouvoir royal, et perpétuait l'anarchie en Suéde avec les deux partis politiques des batinets et des chapeaux. Lorsqu'il revint en France en 1783, il était devenu trés-populaire par le rapprochement des liens diplomatiques. L'abbaye de Royaumont lui donna de son mieux rhospitalité. Peu importait que Sa Majesté le roi de Suède arrivât sans annonce et par suite sans préparatifs ; le cérémonial des monastères n'était pas susceptible de beaucoup de •modifications pour un prince. Gustave III s'était présenté à l'împroviste chez le roi Louis \V1, et les chroniques du leuips onl rapporté l'originalité de son introduction. « A sa pi emière visite chez la duchesse de Bourbon, Gustave 111 nous ra- . conta [c'estundesescontemporainsquiparle] ses enchante^ ments de Pâris, son arrivée, la façon dont il était descendu chez son ambassadeur, qui ne l'attendait pas sitôt, et qu'il trouva ayant pris médecine. Il fit ce récit avec un esprit remarquable de très-bon goût et tort piquant. Le principal défaut du roi de Suède me parait être la présomption, et c*est9 assure-t-on, à la suite d un défi que lui fit Catherine 11, qu'il introduisit dans ses Ëtats, à la

494 HISTOIRE DE ROYAUHONT.

cour et mèma ])armi les bourgeois, le costume théâtral adopté aijgourd'hui.

« Le comte de Haga est aiasi tombé à la eour comme une bombe. Le. roi était à la chasse à Rambouillet, la reine

le lit prévenir cii toute luitc, Sa Majesté se liàta ainsi de revenir et sans suite, pour ne pas être retardée. Les valets de chambre ne se rencontrèrent point là quand il le fallut; ils avaient emporté les clefs, on ne savait où rien prendre. Le comte de Haga était déjà chez la reine; le roi dans sa bonté ne voulait point le remettre ; des gens de la coLu aidén nt Sa Majesté à s'habiller, tant bien que mal, et de la iaçuu la plus singulière à ce qu'il parait. On était si pressé, que tout fut fait de travers sans qu'on s'en aperçût. 11 avait une de ses boucles de souliers en or et Tautre blanche, une veste on velours au mois de juin ; et ses ordres tout à rebout s ; il n'était bien poutli é qun d'un côté, et le nœud de son épée ne tenait pas. La reine en fut frappée et s'en contraria; quant au roi. nu jcontraire, il en rit beaucoup et en fit rire le comte de Haga, qui put juger ainsi de la bonté et de la sérénité de son âme* Louis XVI, ajoula-t-il, après nous avoir raconté tout cela, Louis XVI est le prince le meilleur, le plus bienveillant qui existe. Sqn àme a ujae sérénité qui rayonne. J'en suis dans l'admiration n

Il n'y a qu'à suivre à Royaumont Gustave III de Suéde, et Ton voit sinon poindre, du moins se corroborer définitivement le projet de Tabbé de Ballivières. li veut désormais une demeure abbatiale, où il puisse recevoir, en grand seigneur, les rois de l'Ëurope, cessouverains étrangers avec leurs ministres, qui, pris tous de la passion des voyages, accouraient tous à Paris et semblaient adopter la coutume d'encombrer le chemin de Chantilly et de Royaumont. On montre dans labbayc rappartemenl

' Mémoiféi de ia barmm drOùerkM, i. U, p. 97.

LiVAË QUATORZIÈME. 495

qu'occupa le roi Gustave 111 de Suède ^ On .garda longtemps le lit oftorl à Sa Majesté ^ Du roi de Suède on est amené à la conslruction d'un pavillon florentin à Royaunionl, cl de cette construction aux grandes affaires de 17S9. L'abbé de fiallivières s'occupant de bâtisses au moment de la grande et gigantesque révolution, paraît un anachronisme choquant. Ce n'était pas des alignements de pierres et des élégances d'ameublement qu'il fallait à de sérieux réformateurs d'une maison qui allait s'éteindre. Des hommes éminents en sainteté, en détachement • d'eux-mêmes, jen talent, en génie, en charité, de grands caractères, de grandes âmes^ voilà ce qui aurait régénéré et sauvé Royaumont. Au lieu de cela, l'abbé de Balliviéres demanfieimplanàM. leMasson, architecte, pouravoir à Royaumont un palais dans le goût de ceux de. Florence, espérant sans doute y goûtqr de longues et de molles années. On travailla à ce palais depuis 1784 jusqu'en 1789'.M. de Balliviéres chargea, en 1788,1e frère de' l'architecte, M. François le Masson, qui était sculpteur, de faire la sculpture de deux bas-reliefs aux deux façades principales du nouveau palais% en même temps qu'il commandait, à Paris,

* Cet appartement devint, plus tard, rappartement de madame la marquise de Travannet.

* Cet appartement 'qui fut pris dans la maison des hôtes, au premier étage, ^ comprenait ce qui forme ai^jourd'hui le salon avec tes chambres adjacentes,

à gauche. Le lit qu'on donna au roi était en bois peint en Idanc et diHré aux extrémités; il était capitonné en satin rose et blanc (blUnc siir rose vif, aujourd'hui solférino). Ce lit fut vendu, sous la Restauration, par madame la vicomtesse de Travannet.

' L'état des dépenses, depuis le mois de septembre 1784 jusqu'en août 1789, montait, d'après le devis de Farchîtecte, tf. le Masson, à 160,(3à7 Uv. 18 s. 5 tf. Rien n'était payé en 1791 et 1703. L'arcliitecte dcmaiidu à être mis nn ryiiL' *îes créauclei s de la nation, l'abbé de Balliviéres, ayant quitté la France à celte ('poiiue. et la nalion ayant profité, par la vente, des dépenses de construction, 11 réclamait le payement des honoraires qui lui étaioit dus pour les plans, élévaUms, coupes, conduite des travaux

* Le sculptf;ur n'était pas payé complètement en 1791 . Une pièce, datée de l'aris, du 4 ventôse, an 111 de la république, qui est à Versailles, mentionne la créance du citoyen François le Masson, sur la d'avanie eP/baye de Jto^

m ' UISTOIRË D£ ROYAUMOMT.

la menuiserie et Fébénisterie pour la manse abbatiale *•

Les constructions entreprises à Royaumont nécessitèrent fie faire des ventes ù Paris, afin de ne pas charger le budget d'une manière impossible ; Ton fut ainsi conduit, à aliéner ce qu'on appelait ïhôtel de Royaumonij rue Raoul-Ruissole, près Saint-Eustache^ que rdtbaye possé* dait depuis la fin du treizième siècle. Une pièce du iO oolobre 1 78.) contient l'acte de vente passé entre Henri- Éléonoi e le Cornu deBallivières, prêtre aumônier ordinaire du roi, abbé commendalaire de l'abbaye de Royaumont, dont la manse abbatiale aurait en partage, depuis ilO% cet hôtel de Ra^mant^ situé à Paris, près Tèglise Saint- Eustache d'une part; et Jean-Jacques Poupart, prêtre, licencié en lois, curé de Saint-Eustache, MM. Alexandre de Neuville et Charles Suutiily, les deux derniers, marchands de bois à Paris, etmarguiUiersde la fabrique et de Téglise Saint-Eustache, d'autre part*. On constituait, d'après cet acte, à la manse abbatiale de Royaumont 5,500 livres de renie annuelle et perpétuelle.

On fut entraîné à d'autres ventes. Vis-à-vis Vhôtel de Royaumont se trouvait ce qu^on appelait le petit hôtel de Royaumont^ comprenant assez d'espacé avec plusieurs dépendances. L'abbé Poupart pensa à compléter ses acqui-

Hvières. Le Prix convenu était 2,4(>0 livres. Le sculpteur n'avait reçu que 1,800 livres. Il réclama le restant le 15 mai 1791.

* Jacques Leboiteux, menuisier à Paris, Charles el Jacques Bouquet, serruriers à Viarmes» travaillèrent pour le palais abbatial, le premier rëclamait, en 1792, une somme de 9*20 livres pour travaux de soit état. On l'avait pavf" jusqu'au 10 janvier 1789.' La somme réclamée par les seronfi<; ('tnil de 1 ,IHHI livres. — 11 y avait au logement abbatial uu concierge, nomme Grégoire; l'abbé de Bulliviéres le payait, en qualité de concierge, 1,200 livres par an. Ce Grégoire réclamait, le 30 mai 1791, cinq mois de ses gages, montant i 500 livres. [Y. aux archives de Seine-et-Oise). — Le fondé de pouvoirs de l'abbé de Ballivières était le sieur Ilatni.

* On a souveut mentionué, dans cette histoire, cet hôtel de Royaumont, qui existe encore; la maison donnait, par devant, sur la rue du Jour (ancienne rue Raoul-Euiaaole), dit une pièce des Archives ; par éerrUre^ tant au mur septentrional latéral de l'église Baint-Eustachc qu'au passage découvert qui donne accès de la i-ne Montmartre au portail septentrional de ladite église. (^Archives de Seine-et-Uiso.)

Page 1