LIVRE QUATORZIÈME
silions. Dans la première, il s'était pi oposé, avec son conseil de fabrique, de réunir et de loger les ecclésiastiques occupés au saint mimstèr^ dans l'église Saint-Ëustache. La seconde acquisition était destinée à une maison d^éducatipn pour les classes bourgeoises et populaires. Ce zélé curé était parent de Poupart de la Bletterie, maître des requêtes, et du président ToupaVl. L'abbé Poupart, confesseur de la reine et du roi, comptait, au nombre des paroissiens assidus à ses offices, le duc de Penthiévre et l'infortunée princesse de Lamballé, qui avait son prie* Dieu sous un dais dans le chœur de l'église ; le duc de Penlliicvre rendait souvent visite à M. Poupart, avec le chantre d'Estelle et Némoriu, le chevalier de Florian, attaché à sa maison. L'abbé de Ballivières, qui ne demandait pas mieux que d'aliéner les immeubles de Paris en vue des constructions de Royaumont, se prêta, le 17 juillet 1786, à donner par acte suii consentement au projet d'aliénation du petit hôtel de Hoyaumont, situé rue du Jour, au profit des religieuses de Sainte-Agnès, moyennant 78,000 livres* 11 s'engageait à aliéner cette maison en fàveurdela communautédes dames * et filles de Sainle^Agnès, et de M. le curé de Saint-Eustachc en sa qualité de leur supi'i i( iir unique cl immédiat. Col hôtel de Royaumonf tenait aux bâtiments de ladite comumnuulé. Une pièce de la cour des lettres-patentes du roi, donnée à Versailles, le mois de mai 1787,signée Louk (le roi), et puis le baron de Breteail, scellée du grand sceau, autorisait les impétrants la cortiniunauté de Sainte-Agnès el Jcan- hicques Poupart, curédeSainl-Eustache à acquérir, et Tabbe deballiviéi es à aliéner le petit hôtel de Royaumont. Il y avait dans cette pièce la clause suivante : on devra communiquer ces lettres-patentes au supérieur général de l'ordre de Giteaux,
* ^C'étaient des dames qui s'étaient réunies pour on pensionnat de travail où les filles dcsarti^ns, des bourgeois un peu aisés trouveraieiil une éducation modeste et convenable à leur état. (Carton de Versailles.) '
fi. 52
498 UlSTOlUi:; DE ROVAUMOMT.
à Hem i Éléonorc le Cornut de BalIWiêres, ainsi qu^aux prieur, sous-prieur et religieux de Royaumont, capitulairement assemblés, aux marguiliicrs et notables liabitanls àe la paroisse Sainl-Eustache, convoqués et assemblés de la manière accoatumée. Cette pièce fut donnée en parlement le 17 juillet 1787.
Ce qui est caractéristique de l'état des esprits à celte période de 1780 à 1780, concernant les cliangements radicaux qui se préparaient, c'est que déjà la révolution était dans Topinion; les anciennes idées étant jetées à bas, il y avait un universel besoin de changement, une sorte d-iinparnMice à supporter un ordre social qui n'était plus eu harmonie avec les lumières et les idées du temps. Nul ne pouvait se dissimuler qu'on marchait à un dénoûment irrésistible; lequel? on ne savait. Mais le pressentiment était dans l'air avant l'assemblée des états généi aux. Et cependanl voilà le signe de ce moment spécial ; malgré la conscience instinctive d'une transtormation violente ou régulière, soudaine ou progressive, qui se préparait, telle était la situation des âmes, qu'il y avait tout à la fois et une claire vision d'imminentes disloca- ' tiens et un aveuglement sans exemple pour s'immobiliser dans l'inertie. On allait à des précipices sans vouloir se l'avouer à soi-même et en continuant le lendemain les errements de la veille ; on verra, à vingt-quatre mois de là, le duc d'Orléans, en février 1789, se montrer d'une sécurité incroyable, et Necker s'absorber dans la béate contemplation de ce qu'il croyait son génie. Sans doute, onse demande si, au temps de l'abbé deBalliviéres, il était encore possible d'arrêter le cours des choses; mais n'y a-t-il point chez les plus ardents partisans de la révolulion française la conviction que « si la révolution était iné\ ilablts elle aurait pu toulefois se faire autrement; que • si elle ne pouvait èlrc empêchée, elle pouvait être modi-