‹ Histoire de RoyaumontChapitre 156 sur 263 · LIVRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATORZIÈME

constructions de bâtiments, lorsque les esprits qui avaient le sens du réel, discutaient avec une sorte de fièvre les

constructions d'une nouvelle organisation sociale. Le commendataire de lioyaiinionl n'(''tait-il pa^ i Tétai de rêveur? Assurémenf, l'histoire accordera que l'abbé de fiallivièred méritait, dans une certaine mesure, le surnom donné au commencement du seizième siècle au cardinal Antoine Bohier. Ce cardinal, qui fut abbé de Saint-Ouen, de Fccamp et de Saint-Georges de Boclierville, est en effet qualifié, dans un ancien manuscrit, de (jrand bâtisseur. Il est vrai que ce personnage mil la dernière main à un des chefs-d'œuvre de Tarchitecture religieuse de France ; il acheva la nef de la belle église de Saint-Ouen, de Rouen. L'opinion publique désigna M. de Ballivières du nom de grand bâtisseur^ elle aurait dii dire, furieux bâtisseur. Mi\r y quand la fermentation était de toutes parts, quand Loméiiie de Brienne achevait d'aigrir les esprits, quand le parlement de Paris protestait, en 1787, contre les nouveaux impôts, quand le royaume se mettait à faire de la résistance au roi, élait-ce le moment de rêver architecture? La philoso[>iiie matérialiste de l'art explique, aujourd'hui, le caractère des peuples, leurs faits et gestes, leurs qualités morales par les dehors physiques de la contrée. « De l'air humide des Pays-Bas, de la nourriture abondante fournie par ses plaines fertiles, où s'étalent partout de grands troupeaux agenouillés dans les herhes ou mangeant à pleine bouche, » on a prétendu de nos jours tirer l'explication du tempérament llamand avec son naturel flegmatique et son contentement continu^; ces théories

*Vo7. Jfitl. de la littérature anglaUe, et phUetephie 4e Vart, par

H. Taine. Est-ce pour cola qu'on lit ces Ters d'un ûpéra-comtqiief dans la bouche de ra^ludant fiitiermann ;

l.es Flamands, I«8 Sanms

Sont cift's pour Inir hic'rf*; .

^ais les plus grands cruchons n les trouve en Bavière...

502 HISTOIRE DE ROYAUMOiNT.

posilivisles expliqueraient-elles les propensions du dernier abbé commendataire de Royaumont, originaire de la Normandie ; et le climat de cette province, qui abonde en

calliéLlrales et en édilîces gothiques, serait-il propagateur du goût des eonstructions? On rfa pas, dans une certaine tradition, présenté toujours M. de Ballivières, comme un homme d'un grand poids intellectuel. Il importe, avant de se prononcer et de le juger, de rappeler les opérations préparatoires aux états généraux, qui eurent lieu dans la contrée de Royaumont c{ dans le bailliage de Senlis.

D'après les hîltres du roi, (pii avait convoqué à Scnli^ les trois ordres, clergé, noblesse et tiers état des six juridictions suivantes : bailliage principal de Senlis, chàlellenie de Gompiégne, châtellenie de Pontoise, châtellenie de Greil, bailliage deBeaumonl-sur*Oise, châtelleniede Gbambly, on se réunit à Senlis en assemblée générale, le 11 mars 1789, dans réjrlise des capucins, pour procéder à la rédaction des cahiers des vœux, doléances du clergé, de la noblesse et du tiers état du bailliage provincial de Senlis et pour nommer les députés aux éfais généraux. Gaston-Pierre- Marc, duc de Levis, mestre de camp de cavalerie, seigneur d'Ennery'et Livilliers, capitaine des gardes de Monsieur, frère du roi, et grand bailli d'épèe, qui était le président de l'assemblée, ne laissa pas ignorer riinniense portée qu'auraient les états généraux, etconséquemmentl'imporûmcedes assemblées provinciales chargées de préparer les éléments qui devaient représenter la nation : « Messieurs,' diMl, au discours d'ouverture, vous êtes appelés aujourd'hui, par le roi, à remplir la plus noble cl la plus auguste des fonctions de Tordre social, vous allez soutenir et réparer cet antique éditicc de la constitution française, qui subsiste avec gloire depuis tant de siècles, et qui, sans votre secours^ semble prêt à s'ccrouler. »

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Il n'y avait donc plus d'illusion sur la gravité de Ja situation de la France.

L'abbé de Royaumont eut» dans les séances et dans Itô discussions de Senlîs^ un rôle qu'Uiaut rapporter :

Il s'agissait de \idcr une question préliminaire, importante el délicate, parce qu'elle louchait aux rivalités des trois ordres du bailliage, il fallait décider si la nplilesse, le clergé et le tiers-état procéderaient conjointement ou diirisément à la rédaction de leurs cahiers et à l'élection de leurs députés pour les états généraux. Le libéralisme comptait des adeptes dans les hautes classes, l'esprit de conciliation ne faisait point défaut à la noblesse, ni au clergé de la contrée ; le besoin de trouver un remède aux maux de la France contribuait à ramener les cœurs sur un terrain commun. Cependant, Mgr de Roquelaure, évéquo de Senlis, fut la causa qu'on finit par voter à Sentis pour la séparation et Pisolement des trots ordres, malgré les tentatives du 12 niar.s 1789, dans lesquelles la noblesse, prenant l'initiative, avait délibéré : 1" de proposer aux autres ordres de rédiger leur cahier en commun; 2*' de faire, quant à elle, « le sacrifice entier et sans réserve de tous ses privilégespécuniaires.» Combien d'hommes plus ou moins célèbres l'histoire ne rencontre-t-elle pas, pour lesquels la poursuite d'un intérêt el d'une ambition personnelle, prime la queslioii des intérêts publics? Mgi Jean- Armand de Bessuejouls de Roquclaure, évoque de Senlis depuis trente-cinq ans, n'était pas insensible à la perspeo* tive d'être nommé député aux états généraux. Qu'importe qu'il fût âgé de soixante-dix ans? Le désir de la prééminence dans son propre pays flatte toujours un citoyen, l'amour du pouvoir est inextinguible dans le cœur humain; et d'ailleurs, quand on était d'une famille noble du Kouergue (non point de la famille des Roquelaured'Armagnac), premier aumônier du roi, commandant de l'ordre du Saint-Esprit, conseiller d*Ëtat ordinaire, abbé

m HISTOIRE DE BOYAUMONT.

coiDiiicndalaire de Saint- Germer, seigneur de Montrtvéque, etc., quand surtout on était, depuis 1770, membre de l'Académie française, où Mgr de Roquelaure succéda au fauteuil de Moncrif, il semble qu'il était naturel de vouloir prendre place dans. une réunion où le pays allait assembler tous les citoyens d'expérienqe et de lumière pour délibérer sur les intérêts publics.

Les journées du 15 et du 14 mars furent employées en délibérations de chaque ordre dans ses chambres respectives, en démarches de la noblesse et du tiers^état vers le clergé, en députation du clergé vers le tiers-état et vers la noblesse. Les négociations n'aboutirent qu'à des impossibilités. Après deux journées de propositions acceptées la veille, rétractées le lendemain, il fallut conclure à Sentis, comme à Beauvais, à Chaumont, à Clermont, à Grépy, où le principe de la séparaUon des ordres pour la rédaction des cahiers et Félection des députés avait été adoptée de prime abord et sans discussion S A quel personnage fait-on remonter la cause première du dissentiment? D'après une brochure anonyme du temps, qui donne des détails sur les discussions qui s'élevèrent à Toccasion de la double motion de la noblesse, brochure du reste manifestement rédigée dans un esprit hostile à Févéque de Sentis et à ce que Ton appelait alors le haut clergé y ce serait Mgr de Roquelaure qui, dans l'espoir d'être nommé député s'il parvenait à isoler son clergé, aurait travaillé, conséquemment à ses prétentions, à empêcher la réunion des trois ordres. Le 15 mars, l'èvèque ouvrit l'assemblée particulière des ecclésiastiques par un discours dans lequel « il prétendit prouver que les intérêts delà religion exigeaient que l'ordre du clergé demeurât

* Nous tirons ces documents denotes'inérlitcs qui nous ont élrt obligeamment communiquées, à la prélecture de l'Oise, par H. Gustave Desjardius, ardiiviste du département de rOise, bien avant qn'il les livrât à l'impreftsiOD» pour VÂmwmrê itaHtiique et oânMifatifdu département de VQitet de 1867.

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