LIVRE QUÀTOKZlÈMi
états généraux... J'ai ua pressentiment que tout cela tournera mal.^ »
Il n'est rien déplus difticile, sinon impossible, (jiie de faire rebrousser chemin à un mouvonieut national d'opinion. On peut contester la pureté de là première iuipulsion qui a déterminé) dans un pajs, une certaine manifestation d'idées^ on peut soutenir que sa naissance, au liea.d*étre sincère et spontanée, a été créée artificiellement et artificieosement, mais quand le courant deTopinion existe, qui le repoussera? Lorsque les élections des députés pour les étals ^^énéraux se tirent par les trois ordres du bailliage de Sentis, le clergé ne nomma pas Mgr de Roquelaure, malgré les discours de Tabbé de Eallivières. La pluralité des suffrages ecclésiastiques se réunit en faveur de Massieu, curé de Sergy, diocèse de Rouen , qui devint plus tard l évèque constitutionnel de l'Oise. 11 s'était formé un parti des curés ^ plus ou moins lancés dans les idées nouvelles, qui était en désaccord avec les prélats et les cliels d'abbaye. Comment disconvenir que les revenus de beaucoup d'évéques et de beaucoup d'abbés oommendataires ne fussent exorbitants? On n'apprécie point ici Tabbè de Ballivières du côté de la moralité de son caractère et de sa conduite ; il s'ap^it de sa portée intellectuelle, et il est incontestable qu il eut un rôie à Sentis, en mars 1789. On le juge ici comme ayant une valeur relative au sein du parlement ecclésiastique. Mais quant à modifier ces mouvements qui entraînent une nation entière, Tabbé de Ballivières n'était qu'un pyginée; eût-il été le plus régulier des moines, eût-il été un saint Bernard, il n'aurait pu changer le cours des choses.
Il est des situations où tous les éléments, dans les diverses sphères sociales, sont trop avancés ; les ressorts du pouvoir sont trop détendos, les idées de révolution ont
* Uùt. de èîadame Éluabetti de trance, sœur de Jjouis XVl, pur mudame Guénard, Paris, iSOS, p. ISâ»
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' trop progressé, pour qu'aucune individualité humaine puisse tenir tète au mouvement ; tout manque à là ibis aux
chois des Étals, tout disparaît sous leurs mains : la discipline mililaire, la fuieliU'î des cœurs, runiforinité des idées de conservation pour le passé. Depuis un siècle, les idées s'étaient transformées, lesphilosophesavaientpn' paré les voies d'un monde nouveau ; la noblesse, le dergé, la bourgeoisie, tous se prêtaient à une transfoimation; des abus, de longs abus, avaient pris des proportions fâohew-ses dans les hautes classes, dans les mœurs pub]ii|iies, comme dans qucl(]u«'s monaslùres ; et la perturbatuai inteiieciueUc et morale étant flagrante, tout ce qui arrivera dans la rue ne sera que la manifestation de tout ce quiétait entré de nouveauté dans les esprits et dans les cœurs.
Il n'est pas douteux qu'on n'eût pariai Icment compris, à la petite cour de Trianon et à Tabhoye de Royaumont, ce qu'il y avnit de signification dans le fait de la convocation des états généraux îTabbé de Ballivières, dom Huard, prieur claustral de Royaumont, et dom ftemi Ganonne,) ayant fait partie de l'assemblée de Tordre du clergé à Senlis, ne pouvaient ignorer les dispositions des esprits'. Si nul ne soup(,uimail qu'on allait changer la France en république, tous voyaient qu'on touchait à une révolution, et qu'on entrait dans l'inconnu. D'ailleurs la journée du 14 juillet, la nuit du 4 août et la journée du S octobre, auraient ouvert les yeux aux plus aveugles. La prise de la Bastille, la proclamation de la déchéancè des coutumes* de l'ancienne société féodale, la ii au^laLion du roi, amené de vive force de Versailles par une foule en fureur, qui lui . imposa le séjour de Paris, tous ces iaits qui avaient ixitenti
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* On pouvait prévoir, par les cahiers, dit Henri Martin, Hist. de France, t. XVI, p. 030, que le clerg**, non plus le clerfîé aristod'atique âa^ anciennes assemblées triennales, mais le clergé démocratique des états généraux, favoriserait la première phase de la révolution.