‹ Histoire de RoyaumontChapitre 162 sur 263 · LIVRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATORZIÈME

clergé ne fût battu en brèche depuis des années, qu'il ne

fût calomnié et conspué de toute façon, en vers et en prose, dans l'histoire et dans les romans? L'évôqne iFAutun, saisissant l'esprit du moment, exposa et développa à l'assemblée nationale sa fameuse motion àu 10 octobre 1789 y' portant qu'il fallait déclarer propriété mUaruUe tous les biens du clergé, les confisquer et »'en servir pour éteindre la dette publique.

On n'a aucun désir de cunlcster ou d'amoindrir les belles et grandes choses qui ont été pensées ou faites depuis 1789, ces principes fondamentaux de notre ordre civil, qui ont été dégagés des 'mélanges hologènes de l'ancienne société, ce régime d'égalité qui a été inauguré, cet ordre civil que la révolution a constitué, et en dehors duquel nous ne concevons plus une autre existf»nce, cet amour eiitin du progrès et du travail qui est le signe des générations modernes. Cela n*empèchera pas de reconnaître que les délibérations auxquelles se livra l'assem« blée nationale sur la question des biens du clergé furent à moitié sérieuses, dans ce sens qu'avant toute discussion, la majorité était décidée à s'emparer de ces biens. Les séances des 23, i4, 30, 7)\ octobre et 2 novembre, mirent de l'euipliase et de la solennité oratoire à un vote qui n'était qu'un expédient ^ La thèse, que l'éloquence de Thourel et de Mirabeau était chargée de défendre, n'avait d'autre objet que de rassurer la conscience

* îl faut dire qu'on était à l'entrée d'un nouveau monde, et qu'à|n«po6 de ces biens, qu'il eût été sans doute héroïque au clergé d'abandonner trvtalement et spontanément en sacritice à la nation, c'était « la révolte iiitîme de la société nouvelle contre le pouvoir moral du christianisme » qui ae personnifiait dans Hinibeau. Vn légiste s'exprime de la manière suivante : u Le pouvoir moral du clor^jô séculipr et du clergé régulier, des rct-lésiastiques et des moines, avait causé, justifié même, jusqu'à un certain point, leur pouvoir social; l'estime avait donné la richesse ; il n'y a pas de coiporation estimée qui ne devienne nécessairement riche. Leur pouvoir moral tombait, leur pouvoir social disparaissait, leur richesse s'éclipsait : rien de plus nuturol. ' E Dutilleul, avocat à la cour royale do Paris, 1846, Uist. des corporations^ p. ôiâ.j

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nationale sur la spoliation qu'elle allait décréter; i) y eut

des joutes de dialecti([ue, même des emprunts a ia métaphysique, alin de prouver à la France qu'elle pouvait preudie les propriétés des abbayes sans se faire de vains* scrupules.

Lorsque rassemblée nationale s'était réunie» le vendredi 50 octobre 1789, pour discuter la motion de MirabcMU'

sur les biens ecclésiastiques, les muiiios de Royaumont avaient attendu avec une vive anxiété i issue tl une discussion qu'ils ne prévoyaient que trop. Le discours du grand orateur, nullement rassurant» cherchait à dégager la vente des biens du cTergé des caractères odîMx quv pouvaient s'y' attacher. Il prétendait qu'en s'en emparanty on ne violait la propriété de personne ; que le clergé n'avait jamais été propriétaire ; que ce qui appai tenait au clergé appartenait aux citoyens. Mirabeau avait posé une question dont on avait senti prolondément ia portée à Royaumont , parce qu elle portait tout dans ses flânes. Mirabeau demandait : « Des fondations doivent-elles inévitablement continuer d'exister? » Il distinguait trois' sortes de fondations : 1" celles laites parles rois; 2 celles qui étaient l'ouvrage des corps et des agrépilious politiques; 3** celles qui venaient des simples particuliers. 11 déclarait que les deux premières n'avaient pu être f ni (es qu'au nom de la nation ; que c'était la propriété de l'État; que les nations sont héréditaires des rois ; qu'on ne dota jamais une église, une congrégation, que par un démembrement de l État, et pour aviser à un service public, le service du culte. Enfin, j)our les tondalions des partiailiers^ Mirabeau, redoublant de subtilité, s attachait à faire comprendre que dans une nation bien organisée, le clergé ne pouvait pas être propriéUdre; qu'en acceptant des biens de ses fondateurs, il ne les acceptait que pour la religion, les pauvres et le service des autels. 11 ajouta que V'nttention de ceux qui donnèrent les biens ù 1 Église el aux abbayes^

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