LIVRE QUATORZIÈME
ne serait pas trompée^ puisqu'ils durent prévoir que Tadministration dc^ ces biens passerait en d'autres mains, si la nation, qui ne pouvait abdiquersa propriété, rentrait dans ses droits. • '
Le9 vdlgieux de Royaomont) émus des tendances radir cales de ces discours, ne furent point délivrés d'appréhension par la réplique de l'abbé Maury, qui se leva pour détendre les l)iens du clergé «.Maury n'admit pas que ce soit la nation qui ait ciréé le corps du clergé. « fille a reçu les ministres dans son sein, disait-il; nous possédions nos biens avant la conquête de Clovis. Depuis ce temps, nos biens sont sous la sauvegarde de la loi. » Il repoussa la distinction qu'avait iaitc Thourct avant Mirabeau entre les individus et les corps, et dans laquelle on insinuait que les corps n'ejListant que par ladoi, la nation avait le droit de . détruire un corps, el pfir. suite <aussi la possession de aes biens: « La suppression des biens .ecclésiastiques ne pourrait être prononcée que par le despotisme^ d^ire. » Maury sans doute reconnaissait qu'il y avait trop de bénéiices simples; mais pour remédier aux abus (run c orps, il n'étajit. pas nécessaire de Tétoufier* Les iiels sont des donations des hns; si Tontpeut s'eunparer des biens du clergé, sous ce prétexte^ pourquoi re^ecterait-on les autres fiefs? Tel était le fond de Targumentation de Tabbé Maury. Mais en vain l'abbé Maui y liit-il soutenu dans la séance du lendemain, samedi r>l octobri' i78i), par le duc de la liocheioucauld, par M, de Boisgeiin, archevêque d'Aix, qui chercha à prouver que le clergé était propriétaire d après les notions connues de propriété, par Tabbé Montesquiou et par Tévéque de Nimes.. En vain ces ora* leurs repoussèrent-ils la tlièse de Mirabeau , tendant à faire prévaloir ce principe : que le clergé n'était que simple dispensateur^ simple dépositaire de ses biens, simple administrateio'. . . n mesure qu'on approchait de la conclusion des débats, l'angoisse devenait grande.
C'est le 2 novembre 1789, que l'assemblée nationale, après avoir entendu de nouveau Mirabeau, Treilhard, Tablié Maury, l'abbè de Montesquieu, Thouret, Target, Dupont, Beaumetz, Chapelier, la Poule, Garât, Tabbé Grégoire, deCnstines, Tévéqued'Uzès, Talleyrand, et Férèque de Clermont, rendit son décret et mit tous les biens de l'Église à la dibpusiUon de la naliou *. La connaissant, e de ce décret, bientôt parvenue à Royaumont, produisit une sensation immense; on faisait table rase d'un passé de quinze cents ans. Quatorze siècles de possession, les capitulaires de Gharlemagne, les donations de Clovis, la sanction des rois, les services rendus, les pauvres secourus, la civilisation propagée et secondée, rien ne put arrêter le coup de massue qui tomba de tout son poids sur le clergé *.\ C'était un nouvel univers. Un publiciste, du reste, recueillant les circonstances historiques au milieu desquelles ce décret fut porté, croit pouvoir résumer les faits de la manière suivante. La vente des biens du clergé fut le premier objet auquel on appliqua Faction du cluli des jacobins. D'aboi d cette mesure, proposée lorsque rnssemblée siégeait encore à Versailles, avait été ajournée jusqu'au moment où l'on pourrait disposer des masses parisiennes On commença par organiser dans la presse révolutionnaire un système de diffamation contre le clergé. Les prêlres ne furent plus appelés que calotinSj et l'on multiplia les gravures représenf nt des intérieurs de monastères, où les moines, entourés de tonnes d'or, dansaient avec des courtisanes sous les treilles des cloîtres*. Ensuite on attira une masse de cluhistes autour de la salle des séances, et on les chargea d'insulter et de menacer
* 508 voiï avaient adopté la rnolion ; 3 40 la r€|ietaient.
* Voy. Dutillcul, llisl, cU s corpor. relig.
* Ferriëres» Mémoires, t. 1, p. 351.
*V«»lr notamment Camille Desmoulins, JMp0|. de Frmug, 1. 1, p, 450;
t. II, fk, 195, sas.