LIVRE QUATORZIEME
les ecclésiastiques Enfin les tribunes furent txxupées par les bandes spldéès des jacobiAs, et leurs hurlements enlevèrent, le 2 novembre, le décret de spoliation
Ccpciidaiit la fermentation alliiit croissant, et aux dùlibératians de rasseJiil»lée ualionaie succédaient les événements et les émeutes de la rue ; raffaiblissemeni de la discipline dans l'armée devenait menaçant» attendu que plus d'une fois les chefs de corps militaires voulant iaire respecter Tordre, furent massacrés par leurs soldats. Il arrivait de tous côtés & Rassemblée des nouvelles de révoltes et d'assassinats; des provinces entières étaient en combustion. Enlin, cuinine de jour en jouron amoindrissait lautohté royale, qu'un resserrait de plus en plus, et que Louis XVI perdait chaque jour de sa propre liberté personnelle, pour n'être plus entouré que de geôliers, comme enfin de plus en plus la pression de quelques clubs faisait sentir leur ténéhreuso et féroce tyrannie, l'idée de quitter Paris et la France se lit jour, et \ émujraixon commença. I/ahbé conancndatairede Uoyaumont entra de bonne heure dans le système des l'ugitifs.
Pouvait-ii rester encore à l'abbé de Ballivières et aux religieux de Royaumont une lueur d'espérance? Et comment se faire illusion alors qu*on décidait de prendre les biens des moines, et qu'on leur disait : Du moment qu'on prend vos terres, vos abbayes, vous n'avez plus de raison d'être 1* Si on eût pu aborder les choses sous le côté patriotique et chevaleresque, si, comme dans la nuit du 4 août, on se fût contenté d'abolir les privilèges, de demander des sacrifices, il faut croiire que les monastères auraient cédé, connue on avait déjà cédé le sacrifice de la dîme. Ils auraient eu assez de patriotisme et de désintéressement pour contribuer à établir la balance entre les
* Acte% des Apôtres, t. V, n' 147, p. 63.
* Moniteur, t. II, p, 126, — et Granier Ue Cassagnac. des cause$ de te réwL pranç-t t. III, p. 181. ,
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revenus et les dépenses de l'État et pour libérer $a dettei mais depuis qu'on avait commencé, dés lanaH du l août^ à agiter la question délicate de la propriété du clergé, on
avait remarqué la progression des meneurs, des iiiipatients de rassemblée, on avait compris où Ton voulait aboutir avec un appareil de légalité par ces discussions sur la nature aï V origine des biens du clei'gé. 'Non-^eulement le trésor public devait trouver 170 millions' poàr Pextraordinaire de i 7€9, mais il' était vldible qu'oii alfait arriver à In suppression des abbayes. Royaumont avait pirdu sa justice seiL-'npuriale. 1! allait tout perdre. Le pnncipe de la destruction était volé. ■> Bés le lendemain de la prise de la Bastille, le comte d'Artois, le prince de Gondé et leurs fils avaient donné lé jsignal de quitter la France. 'Un certain nombre dés pre^ miers émigrés partirent pour ïe Canada, d'autre* Se dispersèrent dans les plus importantes capitales dù CoAti* nent, où ils portèrent leurs douleurs, leurs fidélités et leurs préjugés; mais les principaux par la naissance, comme les Polignac, le maréchal de Broglie, M. deLambesc, etc., s'attachèrent aux princes; le premier asile pour ceux-ci fut la ville de Turin, dans les États d'Âmédée m, beau-pére du comte d Artois. Là, se réunit une ardente émigration, que désapprouvaient Louis X\l et Marie-Antoinette. De Turin ils se transportèrent à Coblentz età Worms, au commencement de 1791 *- Pour la duchesse de Polignac, c^estlei 18 juillet 1780 qu'elle avait quitté Versailles pour émigrer en Autriche ; le comité Polignac ou la petite cour de Trianon avait compris que tout était perdu pour leurs idées, et que leur présence ne se-
* GusUve III se mêla beaucoup aux éiiiigi és. Il fournit iiommes et chevaax; il devait retrouver Tabbé de Balliviftres, quiravait reçu à Royaumont.
La jrii'^n 0 r uropéenne allait commencer; mais Gustave périt assassiné, le lu mars 17U2. — Vot/. riutéressant u-avail de M. Geffroy, Henue des Deux Mondes, aimées lS04-l»0û, intitulé ; Gustave UJ, roi de Suède, et la cour France,
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mit qu'un empêchement dans la voie où Louis XVI ^tait ^ entré. A son tour Tabbédefiallivières fut un des plus empressés à conseiller l'émigratioii dans sa famille. Ne se rendant pas assez compte de la gravité des circonstances, il se décida brusquement à suivre à Tétranger ses amis de la cour. Son départ eut une imprévoyance et une précipitation désastreuses ; loin de penser à s'assurer de6 ressources suffisantes, il persuadait, avec sa légèreté habituelle, aux membres de sa (timille, que ce n'était qu'une absence temporaire. Chose remarquable! lorsque l'abbé de Ballivières quitta la France pour aller rejoindre la i'amille de Polignac, à Vienne, Je palais abbatial de Royaumont était terminé; mais par une cruelle ironie du sort, il l'avait fait construire pour ne l'habiter jamais peut-être. Il y aurait fait cependant une belle figure; il était mieux pliysiquement que son frère le commandant du régiment du roi, qui élak petit, bnm et assez laid. Au dire d'un vieil et spirituel paysan, l'abbé de Ballivières était un grand bel homme, et quand il était hors de l'abbaye, non-seulement il avait la solennité d'un grand seigneur, mais son élégance était même recherdiée et mondaine. '
On voyait en arrivant à l'abbaye de Ilovaumont ce beau palais florentin, achevé depuis quelques jours, dont on peut discuter le goiit, mais qui, en définitive, est une spleudide résidence. Un large escali^ en pierre de pluaieurs marches, construit devant la principale façade, semble un appendice nécessaire de sa forme carrée. Quand on est à l'intérieur, on ne peut s'empêcher d'admirer la savante ordonnance et la distribution aristocTaliqu(i de celte demeure; un beau et vaste salon, a forme circulaire, orné de colonnes, semblait attendre des réunions brillantes el choisies. L'abbé de Ballivières dit adieu à fioyaumont au moment où ce palais s'achevait. Les plans de Tarchitecte lui-même, dont rhistorien de Royaumont a eu communi-
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cation, permettent de consid^er les grandeurs de ce monument et de mesurer toute la cruauté de la fortune qui
le laissa achever a l'heure triste où le propriélaire s'en éloignait à regret.
On aurait pu désirer que l'abbé de Ballivières eût fait donner à sa résidence un caractère plus monastique;^ mais, en sa qualité d'abbé suzerain, il semblait vouloir rivaliser en magnificence avec les barons du voisinage; et il crut devoir adopter une architecture d'une nuance exclusivement civile, se propnsf^nt bien de faire fleurir l'élégance et l'aisance dans son oasis. Il est seulement regrettable que le seigneur abbé n'ait pas tenu compte des grandes lois de l'unité et de l'harmonie en architecture. Quand il s'agissait d^une construction à ajouter aux constructions d'un monastère édifié dans le style gothique, il fallait se coiiloi iuer au style général de TÉglise, point centrai des bàliments conventuels auxquels on devait assortir tout le reste. Mais il y avait longtemps que l'imitation du style d'architecture italienne avait envahi la France et l'Angleterre. Ces réserves faites, on doit dire que Ton avait su imprimer à Fénsemble et à la façade principale ou d'entrée du palais abbatial un véritable aspect de grandeur, et que le inuiiument répondait à sa destination spéciale, simple dans sa richesse ; les perrons latéraux lui donnaient cet aspect pyramidal qui ne man- • que jamais de produire de l'effet ; tout d'ailleurs dans ce palais annonçait que son auteur avait vu Pltalie; et de nos jours des bas-reliefs modernes, tels que ceux de PIndustrie, de la Marine, tin Connnerce, etc., décorent li mur et constituent la récente alliance du passé et du présenté L'ensemble de la façade du levant, opposée à la façade d'entrée, et qui en dilfére parles percés du milieu de l'étage, a été calculé pour compléter l'effet total. L'entable-
* H sont dus au propriétaire actuel M. Pitat, qui a introduit, dans le palais, quelques modifications de bon goût.