‹ Histoire de RoyaumontChapitre 165 sur 263 · LIVRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATORZIÈME

ment du couronnement est on ne peut plus harmonique au système entier de l'édifice ; il a la onzième partie de la

hauteur qu'il couronne; c'est la proportion qu'a celui du palais Farnèse h Rome.

On arrivait dans les pièces principales par des perrons donnant sur les jardins. Un remarquable escalier conduisait au belvédère d'où l'on domine tout le bâtiment» et d'où Ton peut jouir du bel aspect de la situation. En un mot, rensemble et les détails de ce palais avaient été étudiés avec un tel soin, qu'aujuiud'hui môme les connaisseurs le présentent comme modèle à la méditation des gens de Fart et à celle des amateurs. On le reconnaît, le seul point qui prêterait à la critique serait* de n'avoir point respecté la loi d'unité et d'harmonie entre le palais abbatial et le plan général des vieux bâtiments 'dans le reste du niuiiastère; ce qui produit la confusion des ordres d'architecture, ou une architecture mixte. A part l'empire de la mode iuiposant de bâtir à Titalienne» qu'est-ce qui empêchait l'abbé de Ballivières de combiner l'ancienne architecture appropriée à un manoir ecclésiastique avec les nécessités du goût moderne? Pourquoi h'adapta-t-il pas, en même temps que les larges fenêtres, les angles nmltipliés, les coui bes variant la forme octogone des tourelles, les fûts de cheminée cachés par des armoiries, les festons mêlés à des losanges et à des trèfles, et les diverses autres exigences, en assujettissant ^édifice abbatial au style des autres édifices?

Quoi qu'il en soit de cette fusion du style gothique et italien, il faut entrer dans le détail des trois étages dont se cunipusait le palais abbatial, pour se convaincre qu'on se proposait de pratiquer l'hospitalité d'une façon princière, puisque du reste on n'avait voulu épargner aucun irais pour l'érection de ce palais ; et que, d'après les cartons de feu M. Louis le Masson, ingénieur en chef du corps royal des ponts cicliaubsées en 1784, il semble que

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les lauriers du célèbre abbé mondain de Pontigny, dom Ghanlatte, empêchassent de dormir Fabbé deBallivitos. A Pontigny aussi on avait fait disparaître, vers 1750, Pancien

logis abbatial pour lui en substituer un plus vaste et surtout plus somptueux « en rai)porl avec ce désir de recherche élégante et commode, caractère distinctit des habitations déjà construites sous la Régence. » L'abbé deBailiviéres "voulait-il rivaliser avec Pabbé de Pontigny pour l'élégance de la représentation? Voulait-^il hïre de Royaumont et de son palais abliatial le rondez-vuus pi ivilégié de la bonne compagnie et des grandes dames du monde? On le croirait, en voyant la disposition d'un palais réunissant l'élégance à la grandeur, et qui semblait destiné plutôt à éblouir qu'à édiûer les contemporains, et qu'on devait entourer d'une cour d'honneur pour ménager luie entrée splendide ^

Toutefois, M. df I^allivières avait commencé de se ralentir ; son ardeur au sujet de la construction de Uoyaumont s'était amortie longtemps avant le fait de l'émigration française. <«e changement d'allure datait du jour^où la famille Polignac était devenue impopulaire en France. Lorsqu'on vît M. de Calonne, ensuite Loménie de Brienne, prendre la place de Tuigot et de ^cckcr, lorsque ce nouveau clioix de ministres eut été reproché anièremenl à la reine par l'opinion publique, qui en attribuait Fœuvre au comité Polignac, l'abbé de Balliviéres, jusque-là insen* sible aux symptômes généraux d'une crise prochaine, fut firappé du coup qui l'atteignait dans le cercle de ses intimes, et se trouva froissé dans ses amis que la popularité abandonnait. Les constructions de Iloyauniont, qui jusque-là l'absorbaient entièrement, l'occupèrent de moins en moins* D'autres soucis venaient heurter à sa porte, jusqu'à ce qu'enfin ce fut un véritable sauve qui

* Cette cour aurait été, d'après les plans de M. le Masson, d'une forme ovale» et aurait eu une enceinte ; on ne l'a pas exécutée.

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pent (lovant le cataclysme universel. Rien, pendant qu'on achevait le palais abbatial» a'était aussi mélancolique que l.e contraste entre les mesquins détails d'une conception çl'architecture civile combinée en vue des exigences usuelles d'une part, et d'autre part les démolitions 1^fe▼olutionnaires qui s'annonçaient de tous cùtés à l'horizon. M. de Baliivières ne }i(jiivait être dans l'ignorance depuis les séances du bailliage de Senlis de mars 1789; la noblesse, qui nomma député le duc de Lèvis, était libérale; le tiers état, dans lequel AL de Girardin, vicomte d'Ermenonville, s'était présenté plutôt que devant la noblesse avec l'espérance d'être nommé, avait écarté cette candidature pour élire députés Chailo.^-Clnistuplie Lt lihinc, conseiller au présidial, un curé de Senlis et Nicolas-Picrrc-Anloine Delacour, cultivateur à Ableiges, dans le bailliage de Pontoise.

Outre le caractère de ces nominations, certaines nuances d'idées, qui se faisaient jour dans le discours de tous,

indiquaient la révolution déjà accomplie dans les esprits. M, Mignet a raison , sauf correctii , quand il affirme que lorsqu'une réforme est devenue nécessaire, et que le moment de Taccomplir est arrivé, rien ne 1 empéclie et tout la sert^ M. de Baliivières, qui n'était pas désintéressé puisqu'il représentait un parti, était dans Timpuissance d'entendre que si les uns voulaient céder ce qu'ils avaient de trop et les autres se contenter de ce qui leur manquait, la ré.volution se ferait à l'amiable. Toutefois, peutêtre était-il assez entouré de lumière, au moment où la nation s'assembla à Versailles, et comprit-il que « les états généraux ne firent que constater une révolution déjà laite*. » Le lieutenant général civil, Paul Deslandes, n'avait-il pas dit, dans l'assemblée préliminaire du tiers état du bailliage de Senlis du 2 mars 1789, en présupposant

> llist. de la HàfoUàlkn firançalu, par Nignet, 1. 1» introdnctiOD.

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Tunionqui unirait les trois ordres : « Avec un tel esprit de concorde, que ne doit-on pas attendre de la révolution qui se prépare? Elle avance, et vous en commèncez aujourd'hui les préliminaires. Un nouvel ordre de choses va

s'établir dans toutes les parties de l'administration; la nation va fonder la prospérité de TÉlal et le roi le bonheur de ses sujets. » Le prince de Condé, représente par le vicomte de Pons, et le prince de Gonti, représenté par de Bourgevin-Vialart de Saint*Morys, n'avaient pas dissimulé à l'assemblée de Senlis les alarmes que leur causait Tesprit d'innovation ^ Il .y eut surtout les discours véhéments de l'abbé de la Roche-Tillac, qui étaient vivement révélateurs de l'état des esprits dans la majeure partie du clergé des juridictions composant le bailliage provincial de Senlis. « Malheur au siéde, s'était-il écrié, où le clergé croyait former un État particulier dans le sein de la nation qui lui fournissait sa subsistance I Ânathéme à ceux de nos prédécesseurs qui, plus pieux sans doute qu'éclairés, ont prétendu soustraire les possessions ecclésiastiques aux charges que l'État a droit d'imposer à ceux qu'il nourrit et protège l i» L'abbé de la Ïloche-Tillac s'élève ensuite contre les abus qui font gémir l'Église galhcane ; il déplore la misérable situation faite aux curés, et n'ayant communément qu'un modique revenu de 500 à 600 livres. * Il foudroie « les grands décimateurs ecclésiastiques qui dévastent les paroisses, laissent à peine aux pasteurs des haillons pour se vêtir. » 11 veut qu'on détruise « cette nombreuse cohorte d'abbés commendatah^es, de prieurs, de chapelains, cette foule d'autres sangsues qui dévorent sans rien faire le patrimoine ecclésiastique. Il pense que les fonds considérables provenant de la suppression des bénéfices simples suiliront pour li(|uider la dette de l'État, et s'il arrivait que ces moyens ne fussent pas assez

*■ Galiiers des Toèiix, doléances de l'assemblée dv bailliage de Sentis, en 17S9, par H. G. Beqardins» p. 3i(8.

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