‹ Histoire de RoyaumontChapitre 167 sur 263 · LITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

LITRE QUATORZIÈME

yaie conduisant à la plate-forme qui couronne le palais . abbatial. Les diffêreates pièces étaient sépai ées par des corridofft^ TeUe étail dpnc, dans son ensemble, la nouvelle résidence que Tabbé de Balliviëres avait rêvée avec ses divers embellisemenls, et qu'il avait commandée avant les dernières complicn fions de la royauté, avant la ruine totale du crédit public. Mais, même à la date de 1 7?i5, c^étàitbien la lièvre avant-courrière de la fin» On n'a des goûts pareUs, quand on est chef d^abbaye, que dans ces heures qui préioèdent Theure suprême àe la perte. . L'âbbaye de Royaumont n'était pour rien dans Timpopularité de la duchesse de Polignac , qui retomba sur l'abbé de Ballivières; mais les jours les plus mauvais «étaient venus néanmoins pour Tabbaye ; et en présence 4ftC8 quiva advenir, le regard se retourne involontaire- 4ai^nt si& cents ans en arrière, pour interroger Tombre de saint Louis^ et lui demander s'il ne se trompa pas en promettant l'immortalité à son cher monastère. Tout ce qui reste à dire n'a pour objet que de constater jou!- par jour, comment on coucha à terre, après des iorlunes diverses, un célèbre ouvrage qui durait depuis six siècles. L'assemblée nationale aborda pour les trancher, dans les séaneei» des 10, 11, 13, 16, i8,19 février 1790, les énormes questions de la sécularisation des abbayes, de la suppression des vœux monastiques -, du traitement à laiiv aux moines qui resteraient dans le cloître ou qui en sortiraient, de la différence à mettre pour ce traitemeiU entre les abbayes rentèes et les abbayes non rentées ; Treilhard, dans son rapport à Tassembléê nationale,

' * Si les événements ont empêché l'abbé de Ballivières d'accorder, dans ce palftia, atMune hoq^ttlité, ses. suocwreors se sont imposé de fiiire larga^ moit les twnneurs de cette belle résidence. La Uvdition s'y est ëtabiio, et s'y continue chaque jour, d'inviter, avec ce goût qui charme et cette aA'abi- Uté qui attire et retient.

^ Les vœiu furent provisoirement suspendus ; on ne permettait pas tVm émettre de nooTeaui. Une M du mtit d'octobrt i190 les supprima définitivement.

HISTOIRE DE ROYAUHONT.

était chargé de verser de riuiilc sur la plaie, toul en faisant l'oraison funèbre des monastères de France et leur disant: « Vous êtes agonisants, tous êtes morts; il ne vous reste qu'à vous coucher de bonne grâce dans le cercueil; nous allons y effeuiller quelques roses ^ » C'était grave, disait ce membre de rAssemblée coiistituaiite, d'avoir à délibérer sur le sorl de cette partie nombreuse du clergé régulier qui se glontiait de devoir sa première existence à l'amour de la perfection, dont les annales présentaient tant de personnages illustres et vertueux, et qui comptaient de si grands services rendus à la religion, à l'agriculture et aux lettres. Mais Treilhard ajoutait aussilot unirait piquant que les messieurs de Royaumont durent croire à leur adresse. Tel est le sort de toutes les iustitutions humuines, disait Toruteur delà Constituante, qu'elles portent toujours avec elles le germe de leur destruction. L'humilité et le détachement des choses terrestres avaient presque partout d^énéré en une habUude de paresse et d'oisiveté qui rendent actuellement onéreux des établissements fort édiliants dans leur principe. Partout avait pénétré V esprit de tiédeur et de relâchement qui fmit par tout corrompre. La vénération des peuples pour ces institutions s'était convertie, pour ne rien dire de plus, en un sentiment de froideur et d'indiflérence. Treilhard aborda ensuite un autre ordre de considérations; il déclarait que l'opinion publique, forleinenl prononcée, avait pi (jduii le dégoût dans le cloître, et que les soupirs des pieux cénobites embrasés de l'amour divin n'y étaient que trop soûvenl étouffés par les gémissements de religieux qui regrettaient une liberté dont aucune jouissance ne compensait aujourd'hui la perte. De ces divers considérants, Treilhard concluait à la sécularisation ; l'assemblée, disait- il, prouvera sa sagesse en venant au secours du

1 Rapport fait sur les ordres religieux, au nom du coniitt- (ecclésiastique, et lu dans la séance de l'assemblée nationale du il lévrier 1190.

Page 1