LIVRE QUâTORZIÈMë
religieux, fatigué de son état, et en protégeant ceux qui désirent de vivre encore dans la religion, en conservant l'asile du cloître aux religieux jaloux d*y mourir sous la règle.
Une inorne stupeur planait sur Royaumont pendant qu'avait lieu cette célèbre discussion des abbayes à l'assemblée nationale. Ën vain Treilhard suggéra4-il au nom du comité ecclésiastique des miligations, et proposa-l-il de laisser à tous les religieux une liberté entière de quitter leur cloilie ou de s'y ensevelir. En vain lappelaif-il qu'on n'aurait rien l'ait pour ceux auxquels on permettait de rentrer dans le monde si on ne leur assurait pas le moyen d'y subsister, puisque morts à la société, les religieux n'avaient plus de propriétés, plus de successions à rédamer ou à attendre. En vain le comité ecclésiastique crut-il devoir proposer h l'assemblée d'assurer aux maisons conservées 800 livres pour chaque religieux, par an. La teneur elle-même de ces grâces qu'on demandait pour les habitants des cloîtres, signifiait avec une irré^ sistible évidence que leur cause était à jamais perdue. Royaumont ne s'y trompa pas. Le principe de la suppression, avait fait du chemin depuis le 5 novembre î 789 ; c'était presque fatal. Dom Iluard, prieur de Royaumont, et dom Rémy Canonne, procureur de l'abbaye, pouvaient juger des tendances de l'esprit public d'après l'assemblée provinciale de Senlis.
C'est que l'assemblée nationale de 1 789 ne se traîna pas dans les lenteurs ordinaires aux corps délibérants ; elle participait des convulsions frénétiques et de la ûèvre qui afîitait la nation entière. On entendit un grand nombre d'orateurs sur la grosse question ^ de la sécularisation
' Treilhard. l'abbé d'Altborourt, Lanjninais, dnm Gerle, Camus, Mirabeau, l'abbé Maury, l'abbé Giégnire, DupouL, Uubespierre, Darnave, Pétiou de Villeneuve, l'arger, le mai qui s de Foucault, Halouet, Duboifr>Craiicé, l'évêque de Clermont, 11. de la nochofoucauld, de Lamelb, GuilloUn, Thibaut» eoré
hU HISTOIRE DE liOYAUMOKT.
des abbayes et du sort à faire aux religieux, dans le pré» sent et pour l'avenir. Tout était emporté au pas de course; le peuple mettait une rage effrayante à suivre au Chôtelet
le procès de M. de Favras. Tandis (juc Louis XVI, sans qu'où l'atlendiît, s'étaitrendu, le 4 IV vrier 4790, à l'assemblée, pour y dissiper les préventions de l'ignorance et de là méchanceté, pour y déclarer son attachement à la liberté constitutionelle, et pour demander « qu'on éclairât sur seâ véritables int^éts ce peuple qu'on égarait, » une force inconnue poussait en avant; on s'obstinait à demander qu'on livrât à la publicité et à la malignité du public le livre roiuje, où se trouvait joint à diverses dépenses d'utilité publique le bordereau des pensions de faveur que la cour avait faites et faisait à différents partieuliet's ; en effet le livre rouge était jeté à la publicité quinze jour^ après. Partout se manifestait rèfTort pour pousser les si-' tualions à l'extrême. Un ouragan de logique entraînait hommes et choses. On ne s'inquiétait pas si l'on répandait de l'odieux sur l'exercice de l'autorité royale, particulièrement dans l'emploi des finances.
Dans cet état général des choses, rassemblée nationale, qui pouvait tout oser, ne crut pas devoir marchander avec le corps du clergé, le plus faible de tous. Ayant mission de découvrir des ressources pour dégager la situalion financière, et croyant trouver ces ressources dans les biens des abbayes, son parti était pris, sauf à salarier d'une manière quelconque ces dix^iiept mille hommeg, dont on remettait Pexistence en question. Dupont répétait en* core, dans la séance du 10 février 1790, que de la suppression des oi'dres religieux dépendaient la tranquillité publique et les (lULuices : « En abolissant les ordres monastiques, disait-il, on fait une opération excellente et
tic Souppes, Fréteau, Oclley d Agier, Mougins de Ro()ucforl , do Biauzat, etc., etc., prirent la parole dans cette discussion. (Yoy. le Moniteur deim^féTrier.)
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pressante pour l'humanité et pour les finances. » Néanmoins, le ieademain de cette séance, Févêque de Clermont faisait encore entendre, le 11 février 1790, des pro» testations impuissantes, mais courageuses ; il était chargé par son cahier, disait-il, de demander, non-seulement que les ordres religieux ne fussent pas supprimés, niais encore qu'ils reprissent leur ancienne splendeur. 11 comprenait que l'autorité publique voulût condescendre à la faiblesse de quelques religieux qui gémissaient des pri* valions imposés par le cloître, mais il ne reconnaissait pas qu'on eût le droit de briser desbaméres qu'on n'avait pas établies. A ces considérations, TAssemblée opposa son oiiiiiipotence ; elle vota, jusqu'à nouvel ordre, la nullité des vœux monacaux, quant à l'effet civil, remettant à une autre époque den discuter la suppression absolue ; elle promit un revenu annuel de 800 livres pour chaque religieux qui resterait dans son monastère. L'Assemblée nationale décréta aussi qu'il serait payé annuel* lement à chaque religieux qui ferait la déclaration de vouloir qHtitcr sa maison^ savoir : aux mendiants 700 livres jusqu à bO ans, 800 livres jusqu'à 70 ans, cl 1 ,000 au delà; aux religieux non-mendiants, 900 livres jusqu'à 50 ans, 1,000 livres jusqu'à 70 ans, et 1,200 livres au-delà ^ On a dit que lorsque Louis XVI, sous la pression des dangers dont la haine populaire menaçai! le comte d'Artois et la reine, qu'elle accusait d'être les ennemis du progrès, se rendit, le 15 juillet 1789, avec ses frères, à pied, sans cortège, sans gardes, à l'assemblée nationale, et qu'y parlant debout et découvert, il prononça ces mémorables paroles : et Je me fie à vous, je ne veux faire qu'un avec ma nation, et comptant sur l'amour et- la fidélité de m^ sujets, j'ai donné ordre aux troupes de s'éloigner de Paris et de Versailles, » on a dit que ce jour-là, le roi
* MimUeur unmrtelt du ixwrdî 20 février 1790.
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avait abdiqué, a Désormais, ajoute M. Tliiers, la nation, maîtresse du pouvoir législatif, par l'assemblée, de la force publique, par rorganisation de la garde nationale, pouvait réaliser tout ce qu^elle croirait utile à ses intérêts. » Il y eut une autre abdication en France, en février 1790, celle des ordres religieux; l'assemblée nationale vota elle-même leur mort, non rvpc la colère du bourreau, mais avec la forme sereine de la protection. On a abdiqué, du moment qu'on n'existe plus que sous le bon plaisir d'un nouveau maître qui vous impose ses conditions, vous taie la quantité de lumière et de soleil, soumet votre respiration à un contrôle restrictif, en un mot ne vous permet d'exister que dans une faible mesure.
Ce ne fut pas sans une indicible émotion, que les habitants de Royaumonl virent arriver la municipalité d'Asniéres, le 19 mai 1790; elle venait exécuter un décret de rassemblée nationale du 20 mars et du 20 avril 1790* Il était dit dans l'article 5 de ce décret : « Les officiers municipaux se transporteront dans la huitaine de la publication des présentes, dans t ou les les maisons des religieux de leur territoire, s y feront représenter tous les registres et comptes de régie, les arrêteront et formeront un résultat des revenus et des époques de leur échéance; ils dresseront un état et description sommaire de l'argenterie, argent monnayé, des effets de la sacristie, des bibliottu (J11CS, livres, manuscrits, médailles et du mobilier le plus précieux de la maison, en présence de tous, les religieux. i> Après que la municipalité eut donné lecture de ce décret, véritable programme d*un vainqueur dans un pays conquis, dom Ga nonne, qui était le procureur de ■ l'abbaye et qui n'avait qu'à s'incliner devant les sommations du congrès national, conduisit les messieurs d'Asniéres à la procure; il leur représenta . 1° un registre contenant les comptes généraux des années 1787, 1788 et 1789, arrêtés et signés par la communauté, le